AU SERVICE DE LA FRANCE
plus grand nombre d'Allemands, mais l'exemple de Balsley est particulièrement remarquable lorsqu'on songe qu'il quitta tout, méprisa son avenir, celui des siens, pour réaliser son rêve !
Il commença à piloter un avion -canon, puis passa bientôt sur biplan de chasse. A la suite d'un apprentissage rapide, il allait prendre sa place au front. Il y était depuis un mois, avait déjà soutenu plusieurs combats, OLi il avait fait preuve d'un courage et d'une énergie rares, lorsqu'il fut victime de sa trop grande hardiesse.
Le i3 juin 1916, il était parti en reconnaissance offensive à cinq heures du matin, avec les regrettés héros Norman Prince et Kiffen Rockwell, qu'accompagnait le chef français de l'escadrille, le capitaine Thénault.
Soudain, le quadrille américain, si j'ose me permettre cette déplorable plaisanterie, apercevait un groupe de Boches et se hâtait vers lui. 11 le rejoignait et fonçait parmi les avions qui, d'ailleurs, ne semblaient pas d'humeur à reculer. Chacun choisissait son ou ses adversaires et commençait la lutte.
Balsley se heurtait à un Aviatik qui se Uouvait sur le liane gauche. 11 arrivait à une
vingtaine de mètres par derrière. L'ennemi, trop occupé par la situation de ses camarades aux prises avec les assaillants, ne le voyait pas arriver. Le succès semblait certain.
Le jeune Américain, en position favorable, s'apprête à tirer. A la première balle, sa mitrailleuse s'enraye. Juste à ce moment, l'adversaire se retourne, aperçoit le Nieuport et ouvre le feu.
Balsley, ne pouvant se défendre, se dégage aussitôt et part en glissade sur l'aile; il est sauvé. Non, il n'a plus à craindre cet Allemand; mais quatre autres se précipitent et l'entourent. 11 est à 12 kilomètres à l'intérieur des lignes, la situation semble critique. Il s'efforce de ne pas perdre de hauteur pour pouvoir se sauver sans être obligé d'atterrir en territoire ennemi. Il cabre pour échapper à l'encerclement; mais les autres se groupent, se resserrent autour de lui, virent sans relâche.
Soudain, une balle explosive l'atteint à la cuisse, lui brise le fémur. Plus de quarante éclats s'incrustent dans la chair du malheureux.
Il est à 3.5oo mètres! Il s'évanouit sous l'influence de la douleur. Il tombe en vrille.
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ne revient à lui qu'à i.ooo mètres du sol. Il a l'impression d'avoir la jambe arrachée. Il la tâte pour voir si elle est encore là.
Dans un sursaut d'énergie, il reprend le contrôle de son avion. Il se rend compte de ce qui se passe. Et ce qui se passe est loin d'être rassurant. Derrière lui, un Boche est là qui ne l'a pas quitté et le mitraille sans répit. Balsley souffre le martyre, il est dans un état lamentable, un voile obscurcit sa vue. Au point d'interrogation qui se pose au sujet de la fin de son vol, s'ajoutent cette attaque atroce, cette grêle de balles qui essayent de l'abattre définitivement.
Il est obligé de songer à éviter l'attaque suprême : malgré sa blessure d'où le sang coule à flots, il doit recourir à nouveau aux finesses de son art pour échapper. Il fait un retournement sur l'aile et pique jusqu'à 200 mètres pour distancer son rival. Et c'est à cette hauteur qu'il repasse les lignes. A la mitrailleuse de l'avion succèdent les mitrailleuses de l'infanterie. Il franchit l'étendue de feu et de fonte et se pose en hâte sur un champ qu'il aperçoit entre les premières et les secondes tranchées. Les forces l'abandonnent complètement, maintenant qu'il est
loin des Boches. Il capote à ratterrissage.
Incapable de se mouvoir, il reste ainsi une heure et demie sous un bombardement terrible qui cherche à le pulvériser et ne l'atteint pas, par miracle.
Finalement, il est sauvé par quatre vaillants poilus qui n'hésitent pas à traverser et le transportent au poste de secours. Jusqu'alors, il était resté enfoncé sous les débris de son avion.
Dès qu'il commençait à parler, il prononçait ces paroles :
« Je suis tout de même content, les Boches n'ont pas eu mon appareil. Tout ce que je cherchais, c'était à le ramener en France. Mais comme je suis navré de l'enrayage de ma mitrailleuse; jamais, si elle avait fonctionné, mon adversaire n'aurait pu échapper. »
Le surlendemain, Ghapman, venant lui rendre visite par la voie des airs pour lui apporter des oranges, livrait un combat en cours de route ; il était tué, sans doute par le capitaine Boelke*.
Balsley, dont on redouta longtemps la mort, reçut la médaille militaire. Il restera sans doute estropié, mais il conserve sa belle hu-