‹ Les ascensions célébres aux plus hautes montagnes du globe (volume 2)Chapitre 21 sur 53 · L'AVALANCHE DU PIC DE MORTERATSCII · texte numérisé non relu

L'AVALANCHE DU PIC DE MORTERATSCII

éiiorgio désespérée, d'enfoncer ses pieds dans la glace.

Durant cette chute, je n'entendis que sa voix criant * « Halte! Seigneur Jésus! halte! » Cette sorte de mémoire condensée, que décrivent les gens qui ont failli se noyer, je l'éprouvai alors. Notre effort avait été trop soudain et l'excitation trop intense pour laisser place à la terreur. Comme l'escarpement devenait moins raide, la vitesse était sensihlement ralentie, et nous crûmes que nous allions nous arrêter. Mais l'avalanche traversa l'éminence dont j'ai parlé et reprit sa première vitesse. Alors H... passa son bras autour de son ami, comme si tout espoir était perdu. Pour moi, j'étreignis ma ceinture et luttai un instant pour me détacher. Ne pouvant y parvenir, je concentrai toutes mes forces sur la corde, pour aider à ralentir le mouvement. Ma participation dans le succès fut, je le crains bien, infinitésimale. Mais le puissant effort de traction développé par Jenny se fit sentir. Servi par un léger changement d'inclinaison, il réussit à nous arrêter tous à peu de distance des crevasses.

Aucun de nous ne fut blessé gravement. La pression de la corde laissait des bandes noires sur mes bras, et tous nous éprouvions une titillation aux mains qui persista pendant plusieurs jours. Je trouvai un bout de ma chaîne de montre pendu à mon cou, et l'autre bout dans ma poche; quant à la montre, elle avait disparu.

Cela se passait le 30 juillet. Deux jours plus tard, je descendais en Italie, où je restai dix ou douze jours. Le 16 août, j'étais de retour à Pontresina et tentais une expédition à la recherche de l'objet perdu. Comme moi, mes deux guides pensaient que la neige devait être fondue maintenant au-dessus de la montre. A cause du faible pouvoir absorbant de l'or pour les rayons solaires, je présumais que si, après la chute, la cuvette s'était trouvée en l'air, la montre avait dû rester à la surface.

Je fus accompagné au haut du glacier de Morteratsch

par cinq amis, dont je ne puis assez louer la contenance. L'un deux, entre autres, membre du parlement, montra, malgré ses soixante-quatre ans, un courage et un calme admirables au milieu de passages très difficiles.

Deux de mes compagnons seulement vinrent avec moi sur le lieu de l'accident, mais aucun de nous ne s'aventura sur la portion de la glace où l'avalanche avait pris naissance. Comme nous posions le pied sur les débris de cette même avalanche, un roc du poids de plusieurs tonnes se détacha, sous l'action du soleil, d'un talus de neige situé au-dessus de nous, et fut précipité le long de la route que nous avions suivie en glissant. Quelques fragments de corde retrouvés nous confirmèrent que nous étions vraiment dans le sillon de l'avalanche, et l'investigation commença.

Elle n'avait pas duré vingt minutes, lorsqu'un hurrah de l'un des guides — Christian-Michel, de Grindelwald, — nous signala que la montre venait d'être découverte. Nous la trouvâmes sèche, et parfaitement en état; elle s'était maintenue à découvert, ainsi que nous l'avions conjecturé.

Gomme je l'agitais à mon oreille, espérant à peine l'entendre me répondre, la petite créature donna à l'instant signe de vie. Elle avait séjourné dix-huit jours au milieu de la neige. Un tour de clef suffit à lui rendre aussitôt le mouvement. Depuis lors, elle a marché avec une régularité invariable.

J Ty.ndall.

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