I.E CERVIN
un bloc do rocher. Lo pauvre Croz avait posé son piolet à côté de lui et, pour assurer davantage la marche de M. Hadow, il lui tenait les jambes et mettait ses pieds l'un après l'autre à la place convenable. D'après le mouvement de leurs épaules, je pense que Croz, ayant fait ce que je viens de dire, se retournait pour descendre lui-
Catastroplic du mont Cervin.
même d'un ou deux pas; à ce moment M. Hadow glissa, heurta Croz de ses deux pieds et le renversa. J'entendis Croz pousser un cri d'effroi, et je le vis glisser avec rapidité sur la pente ainsi que M. Hadow. Presque en même temps, Hudson fut eutraîné ainsi que lord Douglas. Tout Il cela fut l'affaire d'une seconde. A l'instant où nous enten-
dîmes l'exclamation de Croz, Pierre Taugwalder et moi nous nous cramponnâmes aussi solidement que le permettait le rocher. Taugwalder se trouvait juste au-dessous d'un roc en saillie qu'il étreignit de ses deux bras. La corde était tendue entre nous deux, et le choc nous atteignit comme un seul homme. iNous tînmes bon, mais la corde se rompit à moitié de la distance entre Taugwalder et lord Douglas. Pendant deux ou trois secondes, nous vîmes nos infortunés compagnons glisser sur le dos avec une rapidité vertigineuse, les mains étendues et cherchant à se retenir au rocher. Ils disparurent un à un, et tombèrent de précipice en précipice sur le glacier du Cervin, 1200 mètres au-dessous de nous. Du moment que la corde était rompue, nous ne pouvions plus leur donner aucun secours.
Pendant une demi-heure nous restâmes immobiles à nos places. Les deux guides, paralysés par la terreur, criaient comme des enfants et tremblaient tellement que nous étions menacés à chaque instant de partager le sort de nos compagnons. Enfin Pierre Taugwalder parvint à attacher une corde au rocher, son fils se décida alors à descendre et nous nous trouvâmes réunis tous les trois. Je demandai immédiatement à voir la corde qui s'était, rompue et, avec surprise ou plutôt avec horreur, je reconnus que c'était la plus faible des trois. Comme les cinq premiers hommes s'attachèrent pendant que je dessinais, je n'avais pas remarqué la corde dont on se servait, et maintenant je devais croire qu'elle avait été employée de préférence aux autres. On a dit que la corde avait cassé par suite de frottement sur le roc. Il n'en est rien; elle se rompit sans autre contact que celui de l'air, et le bout qui restait ne présentait aucune trace d'altération antérieure.
Pendant les deux heures qui suivirent, chaque instant me parut devoir être le dernier de ma vie, car les