‹ Les ascensions célébres aux plus hautes montagnes du globe (volume 2)Chapitre 33 sur 53 · L'ELBROUZ · texte numérisé non relu

L'ELBROUZ

ASCIi.\SIU.\ DE MM. GAUUINIir,, WA.LKER ET GROVE (1874).

Le 25 juillet, à une heure du matin, nous partîmes de notre bivouac, MM. Walker, Grove et moi, avec notre guide suisse Peter Knubel. Le froid était vif et le vent très fort. Du point où nous avions passé la nuit, le double sommet de l'Elbrouz n'était pas visible ; mais après une montée de quelques mètres, nous le vîmes distinctement par un brillant clair de lune. Le pic de l'est était presque en face de nous; celui de l'ouest, à notre gauche et plus éloigné. Les deux pics sont séparés par un col d'environ 450 mètres plus bas que la cime, et d'où il fut décidé que nous donnerions l'assaut. Plusieurs heures se passèrent à gravir péniblement des pentes de neige qui semblaient interminables. La neige était heureusement dans d'excellentes conditions, mais le froid était vif; le vent, quoique violent encore, n'augmentait pas. A l'aube, la vue fut d'une splendeur inexprimable. Aussi loin que l'œil pouvait atteindre, le panorama s'étendait parfaitement clair, sans un seul nuage ou le moindre brouillard. A l'est, les brillantes couleurs d'un lever de soleil d'Orient annonçaient le jour, tandis qu'à l'ouest le spectre merveilleux de l'ombre immense de l'Elbrouz se projetait sur le ciel

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ot sur le reste de la chaîne baignée dans la lumière de la lune; nous étions bien payés de la peine que nous avaient donnée ces ennuyeuses pentes de neige. Avec le lever du soleil, l'air devint un peu plus chaud, mais pas beaucoup plus, et à chaque halte nous sentions bien que nos chaussures et nos gants étaient gelés. Un peu après huit heures, nous atteignîmes le col et nous nous trouvâmes au pied de la paroi qui flanque le pic de l'ouest. A partir du col, à l'exception de quelques pas à tailler et de quelque ennui dans les pierres croulantes, aucune difficulté ne se présenta; mais Grove, Knubel et moi, nous souffrîmes tous plus ou moins de l'anhélation, qui nous obligeait à des haltes fréquentes et nous donnait ce que j'ai entendu décrire par un guide suisse comme « un coup aux genoux. » Walker saigna du nez, mais il n'éprouva pas d'autre malaise. Arrivés au haut de la pente, nous nous trouvâmes sur le bord du cratère d'un volcan éteint; une grande partie du côté sud-ouest s'était écroulée et le cratère s'était changé en un grand champ de neige.

Le sommet est un petit pic sur la partie ouest du pourtour circulaire, à l'opposite du point où nous étions arrivés; détachés de la corde, nous traversâmes le champ de neige et atteignîmes bientôt la cime de l'Elbrouz. Nous y étions à dix heures quarante minutes du matin et, suivant la carte russe, à 5486 mètres d'altitude. Le col entre nous et le pic de l'est nous était caché ; mais le pic même était bien visible et, sans instruments plus précis de nivellement que ceux dont nous disposions, il était impossible à l'œil de décider lequel des deux était le plus élevé. Toutefois, suivant la carte russe, notre sommet est de 28 mètres plus haut que celui qui fut atteint par l'expédition de 1868. Le temps était magnifique, et de notre poste élevé nous découvrions parfaitement la vue. L'Elbrouz est loin au nord de la grande chaîne qui s'étendait

devant nous, avec ses murailles formidables et ses rochers inaccessibles en apparence ; à l'est, on voyait le Kasbeck, à l'ouest, la mer Noire. Au nord, le contraste est frappant : à la région montagneuse succèdent tout à coup des pentes ondulées, qui se confondent insensiblement avec la grande steppe. L'ascension de l'Elbrouz est très pénible, et nous souffrîmes beaucoup du froid et d'autres causes de malaise. Mais, en présence de ce merveilleux panorama, qui s'étendait sous nos yeux de tous côtés, nous avions tout oublié; nous étions tout au bonheur de notre succès.

La descente fut rapide; le froid, que dans la matinée nous considérions comme notre ennemi, était maintenant un ami qui préservait la neige de l'action du soleil. 11 était environ quatre heures, quand nous rejoignîmes notre campement.

(Extrait de VAJphie Journal, tome VIL)

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