L'ARARAT
ASCENSION DU GKNKRAr, CHOnZKO (1850).
Au commencement de juillet 1850, le personnel qui devait m'accompagner fut réuni à Aralitch. Il se composait de MM. Khanikoff, le capitaine Alexandrolf, astronome, le colonel Ouslar, Moritz, directeur de l'observatoire de Tiflis, Scharoyan, attaché à la triangulation, Sidoroff, topographe, et de soixante soldats ou cosaques.
Entre les deux cimes du Grand-Ararat (5156 mètres) et du Petit- Ararat (3 921 mètres), au milieu de pâturages ol au pied d'un bosquet de bouleaux, jaillit une belle source d'eau potable, nommée Sardar-Boulakh. (Test là, à 2 290 mètres d'altitude, que nous établîmes notre camp, le 51 juillet. Les jours suivants furent employés à divers préparatifs. Le 6 aovit, trois soldats escaladèrent, sans grandes difficultés, la cime orientale, où avaient eu lieu, en 1845, les observations de M. Abich.
Le 11 août, nous partîmes à midi, emportant sur des bétes de somme notre mince bagage et nos instruments. Nous dressâmes nos tentes à 5 507 mètres, dans un pré voisin des neiges. Cet endroit prit le nom de Camp météorologique.
15 août. — Départ à six heures ; beau temps. Des mulets et des chevaux portent le bagage et les instruments ; quatre
'KYl LES ASCENSIONS CÉLÈBRES.
traîneaux sont tirés par des cosaques; les membres de l'expédition montent à pied. Arrivés aux neiges, il fallut renvoyer au camp les bêtes de somme, dont les charges furent réparties sur les traîneaux, attelés chacun de six hommes. On arriva le soir à l'altitude de 4-519 mètres. Là, des rochers trachytiques s'élèvent majestueusement au-dessus du sol. Nous espérions atteindre le sommet le lendemain; mais, pendant la nuit, survint un violent orage qui mit à néant nos espérances.
Le 14, on part à 6 heures du matin. Les difficultés augmentent à chaque pas. A une heure, nous atteignions une crête neigeuse de rochers escarpés, au pied desquels je fis dresser une tente pour les hommes qui devaient rester à ma disposition pendant mon séjour sur la cime. Bientôt, dans la prévision d'un orage, nous fûmes obligés de nous arrêter sous les derniers pics de rochers, à l'altitude de 4675 mètres, sur une corniche de 4 mètres de longueur et de 50 centimètres de largeur. Un tapis, soutenu par des alpenstocks, forma le toit de notre campement de nuit ; heureusement nous étions à l'abri du vent. Khanikoff, Ouslar, Moritz, Alexandroff, Scharoyan et moi, nous nous assîmes sur la corniche, serrés les uns contre les autres. Quelques-uns de nos hommes trouvèrent à s'abriter dans des fentes de rochers; le reste fut renvoyé au camp, avec ordre d'être de retour à l'aube et d'apporter deux tentes, destinées à ce refuge qui reçut le nom de Camp terrible. A dix heures l'orage éclata; les éclairs, qui ont ordinairement l'aspect d'une ligne mince, formaient de larges bandes qui se succédaient sans intervalles; ils étaient immédiatement suivis du bruit du tonnerre. A une heure du matin, un bloc de trachyle, frappé de la foudre audessus de nos têtes, se détacha de la masse et tomba avec fracas dans le précipice. Le vent diminua peu à peu, mais la neige et l'orage continuèrent.
Le 15 août, à deux heures seulement, les soldats arrivé-