‹ Les ascensions célébres aux plus hautes montagnes du globe (volume 2)Chapitre 37 sur 53 · L E SI NAI · texte numérisé non relu

L E SI NAI

28 février. — A midi, nous arrivons au pied du groupe de rochers où se trouve le Sinaï. Ce nom est ordinairement employé pour désigner l'ensemble du massif, et celui d'IIoreb pour désigner le pic où la loi fut donnée.

Après im peu de repos, nous nous dirigeons vers le couvent dont l'aspect extérieur n'a rien de religieux. On n'a devant soi que des murailles crénelées, formant un carré irrégulier de 245 pieds de long sur 204 de large, et construit en blocs de granit hauts d'environ un demimètre, sur une largeur un peu plus grande. De petits bastions avertissent les Bédouins qu'on pourrait au besoin repousser leur attaque avec de l'artillerie.

La grande porte du couvent est murée; on ne l'ouvre que lorsque le véritable supérieur, l'un des quatre archevêques indépendants de l'Église grecque, vient du Caire, à de longs intervalles, honorer les moines de sa visite.

Fondé, dit-on, l'an 527, par l'empereur Justinien et son épouse Théodora, sur l'emplacement d'une tour élevée par l'impératrice Hélène, ce monastère fut protégé, au siècle suivant, par Mahomet lui-même, qui mêla une grande partie du christianisme à sa doctrine nouvelle. En 1405, un traité, conclu entre l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et le Soudan d'Egypte, mentionna parmi les droits à prélever sur les pèlerins de la Terre sainte ce qu'on pou-

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vait percevoir sur les visiteurs du couvent du mont Sinaï. Vers cette époque, les bâtiments furent réparés et agrandis. 11 y avait alors au Sinaï beaucoup d'autres monastères, (( aimés de Dieu et dignes de tout honneur, » selon ce que dit l'empereur Marcien dans une lettre. Le général Kléber, lors de son passage, a fait relever quelques parties des murailles du couvent.

Nous sommes impatients de pénétrer à l'intérieur. Le long du mur, pend une corde qui tombe d'une poterne. Notre guide s'appelle Mouça. Les Bédouins et les voyageurs donnent toujours ce nom de Moïse au portier du couvent, quel qu'il soit.

Un moine parait au haut de la poterne, nous attachons à la corde notre lettre de recommandation. Après une demi-heure d'attente, on nous introduisit, non plus comme on aurait fait autrefois, c'est-à-dire en nous hissant dans un anneau de corde ou dans un panier jusqu'à la poterne, mais par une petite porte de côté, basse et bardée de fer. L'appareil des verrous et des serrures est formidable. Ces précautions ne sont bonnes qu'à dissuader de pauvres Bédouins de l'idée d'une invasion. Une douzaine de nos soldats prendraient d'assaut cette forteresse en un quart d'heure.

Le supérieur vient à notre rencontre, et se met à notre disposition pour tout ce qui peut nous être agréable : l'utile, nous l'avons sous la tente. Il nous conduit dans toutes les parties du couvent. Cet intérieur est un amas confus de constructions irrégulières, disposées sans ordre, sur les différents plans d'un terrain inégal et accidenté. A travers un labyrinthe de petits passages, de corridors, de cours, nous visitons des cellules communiquant avec des galeries extérieures en bois, des cliambrettes modestement meublées et réservées aux étrangers, des celliers, des ateliers de petites fabriques pour les choses nécessaires à l'existence des religieux et à l'entretien du

couvent; la grande église dédiée à sainte Catherine, vingt-quatre chapelles, et, ce qui nous étonna le plus, une ancienne mosquée qui s'élève au milieu de l'enceinte : le supérieur nous dit qu'on l'a élevée pour l'usage des Arabes employés dans le couvent; probablement aussi ce fut une concession obligée à l'autorité musulmane: c'est une sorte de palladium contre les tribus de la presqu'île sinaïtique. Extérieurement, l'église est plus que modeste; à l'intérieur elle est richement décorée. Elle est divisée en trois nefs, séparées par des colonnes de granit, qui supportent un plafond de bois peint et semé d'étoiles d'or. Le sanctuaire est fermé par une boiserie sculptée et dorée; l'autel, en marqueterie d'écaillé et de nacre, est chargé d'œuvres d'orfèvrerie, offertes par de richecroyants; le siège de lévêque est en bois sculpté et doré; le pavé est fait de marbre, de serpentin et de granit. Le supérieur nous fait remarquer quelques peintures byzantines, les médailles des fondateurs, Théodora et Hélène; à l'abside une mosaïque représentant Moïse, jeune, beau, imberbe, à genoux devant le buisson ardent, et, dans une autre scène, recevant des mains de Dieu les tables de la loi. La place même où était le buisson s»trouve, dit-on, à gauche du maître-autel; on l'a enferma-»' dans une chapelle où l'on ne peut entrer qu'après avoir ôté ses chaussures, non, sans doute, comme on le répète souvent, par imitation d'une coutume musulmane, mais en mémoire de ces paroles du Seigneur à Moïse lorsqu'il l'appela du milieu du buisson : « Otez les souliers de vos pieds, parce que le lieu où vous êtes est une terre sainte. »

Cette église est sous l'invocation de sainte Catherine, dont le tombeau, orné et entouré de lampes et de cierges toujours allumés, attire un grand nombre de pèlerins.

Dans la bibliothèque, on nous laisse entrevoir plutôt que voir des manuscrits trpecs et arabes, au nombre.

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