LE PIC D'ADAM
Le pic d'Adam est situé dans rintérieur de l'ile de Ceylan, à environ 15 lieues de la rade de Colombo. Sa forme caractéristique le fait aisément reconnaître. C'est un pèlerinage méritoire que de gravir ce cône escarpé, élevé au-dessus du niveau de la mer de 12 420 mètres; au terme de l'ascension se trouve l'empreinte du pied du Bouddlia, qui, suivant les livres bouddhistes, avant de monter au ciel, jeta, du sommet de cette montagne, un dernier adieu aux humains. Mais les musulmans ont changé les personnages de cette fable, et du pied de Bouddha ils ont fait celui du premier père, Adam; ils ajoutent qu'avant de monter en paradis, Adam demeura sur cette cime à pleurer ses péchés, jusqu'à ce que Dieu lui en eût fait remise.
Le pèlerinage ne peut avoir lieu que pendant la saison sèche, de janvier en avril. L'ascension est difficile, fatigante et périlleuse; ce qui n'empêche pas que des milliers de Cingalais, vieillards, femmes et enfants, ne viennent faire leurs dévotions devant l'empreinte sacrée. Le roc, en certains endroits, est tellement à pic, qu'on ne pourrait le gravir sans l'aide des chaînes de fer qui y sont attachées. La partie inférieure s'avance parfois audessus de la base de la montagne, et l'œil du voyageur aperçoit la vallée au-dessous de lui à plusieurs milliers de pieds.
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Le soininet du mont est terminé par une plate-forme (le 70 j)ieds de long sur 22 de large, entourée d'une petite miiijulle de pierre, haute de 5 pieds; le point culminant de cet enclos est ini rocher situé au milieu et dépassant de 6 à 7 pieds le sol environnant; c'est là qu'est le pas sacré Çri-Pada, objet de la vénération des sectateurs de Bouddha. L'empreinte est profonde, longue d'environ 5 pieds sur 2 i/2 de large; elle est ornée d'un rebord en cuivre enrichi de pierreries, et surmontée d'un toil tendu d'étolTes de couleur; tout le rocher est couvert de Heurs qui lui donnent un air de fête.
Un peu plus bas que l'empreinte, sur le même rochei", il y a une niche dédiée à Samen, divinité gardienne de la montagne; dans l'enclos, une petite hutte sert de demeure au prêtre officiant. Sur la partie est de la montagne, on admire un bosquet de rhododendrons que les naturels regardent comme ayant été planté par Samen aussitôt après le départ de Bouddha; ils ajoutent que cet arbuste ne se trouve en aucun autre point de l'île ; mais Davy eut occasion de reconnaître qu'il est commun sur les hautes montagnes de l'intérieur de Ceylan.
Pendant que ce voyageur était sur le sommet du pic, il vit arriver une compagnie de pèlerins, hommes et femmes, parés de leurs plus beaux habits. Le prêtre, en robe jaune, debout devant l'empreinte sacrée, leur récita les articles de foi de leur religion et les devoirs qu'elle prescrit. Durant cette oraison ils étaient à genoux ou pieusement inclinés, les mains jointes.
Une scène d'épanchement et de tendresse suivit l'oraison; les femmes présentaient avec respect leurs hommages à leurs maris, les enfants à leurs pères, et les amis s'embrassèrent. Une vieille femme commença à faire ses saints à un vénérable vieillard, en versant des larmes et se prosternant à ses pieds; puis d'autres personnes moins âgées l'imitèrent; enfin, ils se saluèrent tous les uns les
Oi'jO LES ASCENSIONS CÉLÈBRES.
autres, et échangèrent des feuilles de bétel. Le but do cette cérémonie est de resserrer les liens d'amitié et de famille.
>'ous ajouterons à cette notice, extraite d'une description de Ceylan par le major Davy, quelques détails empruntés à l'ouvrage du major Forbes, que son séjour de onze ans a mis à même de parcourir l'île en tous sens.
En gravissant la montagne du côté de Katnapoura, on arrive, après quatre heures de marche, à Djillemallé: ensuite, on franchit encore en montant la distance de quatre milles et demi avant d'atteindie Palabadoulla, dernier point habité sur ce versant; au-dessus, le chemin commence à devenir très dangereux, surtout à cause des précipices que le feuillage épais et les troncs d'arbres cachent souvent aux regards des voyageurs. La différence de la température est très sensible : la route n'est plus formée que par des lits de torrents à sec; dans la saison des pluies (avril et mai), lorsque les torrents descendent des montagnes, un grand nombre de pèlerins, ne pouvant plus ni avancer ni reculer, ni trouver de refuge, périssent misérablement. X quatre milles de Palabadoulla. à peu près à la même distance du pic, est situé Diabetmé. A cet endroit, on jouit d'une vue magnifique; les trois quarts d'un vaste cercle présentent à l'œil du voyageur toutes les variétés et toutes les teintes du plus riche paysage. Aux arbres d'un beau feuillage vert, qui dominent dans cette immense forêt, se mêlent des arbrisseaux aux teintes rougâtres, brunes, vert clair et vert pâle. A l'est, se dresse le pic Samanala (pic d'Adam), et c est à peine si à cette distance on peut distinguer le petit temple qui en couronne le sommet. On s'arrête à Diabetmé pour reprendre haleine, et en montant toujours on arrive au torrent appelé Sitaganga (rivière froide), où les pèlerins font leurs ablutions et changent leurs vêtements, pour en revêtir de
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plus l)oniix on rhonncui" du sniiil dont ils vont révérer le monument. A un mi Ile de là, on voit le tombeau d'un saint mahométan. La pente devient ensuite plus rapide; deux ou trois chaînes on fer, scellées aux gros arbres, aident le voyaiceur fatijxué à ,![rravir le sommet, que des arbres toulTus dérobaient quelques instants auparavant à ses yeux.
Au centre est un bloc de granit, haut de neuf mètres, sur lequel se trouve l'empreinte sacrée. Les bouddhistes revendiquent ce monument on l'honneur de Gautama Bouddha, le fondateur du culte le plus répandu sur la terre. Les légendes ayant cours dans File de Ceylan attribuent l'empreinte aux quatre différents Bouddhas ou sages, qui auraient successivement choisi pour le lieu de leurs pieuses méditations un jxjint de la terre si propre à élever la pensée au-dessus des choses de ce monde. Parmi ces Bouddhas il y en eut un, Samana (Lachmana), frère et compagnon de liàma, héros indien, fameux par son expédition dans l'île de Ceylan: et c'est de lui que le pic a reçu le nom de Samanala. Dans cette hypothèse, le Gautama Bouddha n'y serait venu qu'après les trois autres.
; Magasin pittoresque.)