‹ Les ascensions célébres aux plus hautes montagnes du globe (volume 2)Chapitre 42 sur 53 · ASCENSION DU KABRU, PAR M. W. W. GRAHAM · texte numérisé non relu

ASCENSION DU KABRU, PAR M. W. W. GRAHAM

M. Graham avait pour guides : Kaufmann, de Grindel- Nvald, et M. Emile Boss, capitaine dans l'armée suisse. « C'étaient, dit-il, les deux meilleurs coureurs de montagnes que je pusse m'adjoindre. »

Après avoir étudié avec soin, de notre campement inférieur, le côté est du Kabru, nous fîmes tous nos préparatifs pour l'ascension. Nous partîmes le 6 octobre, remontant le glacier oriental du Kabru, sur les bords duquel une immense quantité d'edelweiss, la tleur des ascensionnistes, nous parut d'un heureux augure. Nous gravîmes la plus haute moraine que j'aie vue (244 mètres), au pied de

l'escarpement oriental du Kabru. Il n'y avait là qu'une seule route pour gagner les pentes supérieures, et nous ne pouvions pas la trouver au milieu du brouillard; il tombait une neige épaisse, et nous campâmes où nous étions. Le lendemain nous trouvâmes le passage et nous montâmes en le suivant. Nous marchions tous trois en avant et droit sur le versant de l'arête, au sommet de laquelle nous voulions camper s'il était possible. Nous l'atteignîmes à midi, mais nous trouvâmes qu'elle était séparée de la vraie cime par une entaille profonde dans la crête, en sorte que nous étions sur un contrefort isolé. Il fallut redescendre. Nous rencontrâmes les coolies qui montaient et, tournant vers le nord le long de pentes de neige très raides, nous trouvâmes enfin un petit ressaut, juste ce qu'il fallait pour dresser notre tente de Whymper. Ce fut, je crois, notre campement le plus élevé; il est certainement à l'altitude de 5 658 mètres, estimée à Tanéroïde. Toutefois la nuit était douce, et les coolies, très fatigués, aimèrent mieux rester là que redescendre comme les jours précédents.

Le lendemain, nous étions debout à quatre heures et demie, et nous nous trouvâmes tout d'abord à bout de voie. Un long couloir, en forme de demi-entonnoir, aboutissait en haut à des rochers ; il était revêtu de neige molle et tenant à peine au roc ; c'est là qu'il fallut passer, avec toutes les précautions possibles pour ne pas causer une avalanche. Ensuite une pente de glace très rapide, puis une pente de névé nous amenèrent au pied de la vraie cime. De là, nous eûmes à monter environ 500 mètres dans les rochers les plus agréables et formant un parfait escalier. A dix heures, nous l'avions gravi et la cime orientale ne nous dominait plus guère que de 450 mètres. Une courte halte, et nous reprîmes l'attaque. Cette dernière pente est de pure glace, inclinée de 45 à 60 degrés environ. KUe était revêtue de 8 à 10 centimètres de

Gangolri (Himalaya).

I/IIIMALAYA. 24r»

noigo diircio par la joeléo, et co fut sur cotte neige que lurent taillés les pas. Je sais parfaitement que rien n'était plus hasardeux et, de sang-froid, je ne voudrais pas recommencer, mais il n'était pas possible de monter autrement. Kaufmann nous conduisit tout le temps et, à midi quinze minutes, nous atteignions la moins élevée des deux cimes du Kabru, à 7 22^ mètres, au moins, d'altitude. La beauté de la vue défiait toute comparaison. Au nord-ouest, à moins de 70 milles (130 kilomètres), est le Gaurisankar; je ^l'indiquai à Boss, qui ne l'avait jamais vu, comme la plus haute montagne du monde.

Cependant nous ne pouvions donner beaucoup de temps à ce panorama, car la véritable cime était reliée à la nôtre par une courte arête et formait une pointe de glace d'environ 90 mètres, la plus escarpée que je connaisse. Nous y allâmes et, une heure et demie après, nous avions atteint le but. La cime était divisée par trois coupures. Nous entrâmes dans une des trois. Le sommet réel était formé d'une aiguille de glace, qui nous dominait encore de 10 à 12 mètres, mais, indépendamment de l'extrême difficulté et du danger que présentait son ascension, le temps nous manquait. Une bouteille fut laissée au point le plus haut que nous eussions atteint, puis nous commençâmes la descente. P]lle fut plus mauvaise que la montée; il fallut descendre à reculons, car la neige pouvait céder d'un moment à l'autre. Enfin, nous arrivâmes aux rochers; on y fixa un grand pavillon de Bhotia. Nous nous hâtâmes ensuite, car la dernière partie de la descente se fit dans l'obscurité. A l'aide d'un beau clair de lune, nous revînmes au campement, à dix heures. L'ascension avait été plus dangereuse que difficile, mais, sans la neige nouvelle, la difficulté aurait été augmentée dans d'énormes proportions.

(Extrait de l'Alpine- Journal tome XII.)

LE FUSIYAMA

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