‹ Les ascensions célébres aux plus hautes montagnes du globe (volume 2)Chapitre 44 sur 53 · ASCENSION AU PETER-BOTTE (ILE MAURICE · texte numérisé non relu

ASCENSION AU PETER-BOTTE (ILE MAURICE

Pendant longtemps le mont Peter-Botte a défié les enthousiastes, et sa tète ronde et chauve, fréquemment cachée dans les brouillards, est demeurée inaccessible à l'audace des voyageurs. La tradition raconte cependant qu'un homme, celui dont elle porte le nom, l'avait gravie sans aucun secours. Parvenu, dit-on, à l'étranglement supérieur du piton, qu'on appelle le col, il avait accroché, au moyen d'une flèche armée d'une longue ficelle, un cordage assez fort pour pouvoir s'y soutenir; mais ce malheureux, au retour de son expédition, fut précipité dans les ravins qui bordent la montagne, et son cadavre ne put être retrouvé.

Malgré tous les essais qui ont été tente's, il ne parait point que personne ait jamais exécuté complètement l'ascension périlleuse du Peter-Botte jusqu'au mois de septembre 1852.

La montagne de Peter-Botte est le point le plus élevé de l'une des chaînes de l'île Maurice. De son sommet, situé à 827 mètres au-dessus du niveau de la mer et qui se distingue d'une grande distance, partent différentes arêtes interrompues par des brisures. Déjà en 1831, l'ingénieur Lloyd était parvenu jusqu'auprès du col, où il avait dressé une échelle contre la face perpendiculaire

2b0 LES ASCENSIONS CÉLÈBRES.

du rocher. Bien quelle ne s'élevât pas à la moitié de la hauteur de l'escarpement, il jugea cependant possible de surmonter ce premier obstacle; et, en conséquence, l'année suivante il recommença son expédition, accompagné de plusieurs officiers, entre autres du lieutenant Taylor, qui en a inséré le récit dans le journal de la Société de géographie de Londres.

Les hardis explorateurs se mirent en route le 7 septembre. Après avoir traversé un ravin qui se trouve à la partie inférieure du piton, ils ne tardèrent pas à arriver au point où M. Lloyd avait laissé l'échelle l'année précédente. Ils se trouvaient alors sur une arête large tout au plus 2 mètres, qui d'un côté dominait une gorge couverte de bois, et de l'autre se terminait à pic par un escarpement élevé d'environ 500 mètres au-dessus de la plaine. Une des extrémités de cette arête se terminait aussi par un précipice d'une égale profondeur; l'autre s'adossait contre la montagne, et là se relevait en serpentant, semblable à une lame de couteau brisée çà et là par diverses anfractuosités. Arrivée à l'étranglement supérieur, elle se raccordait avec un rebord étroit qui ceignait le col de la montagne, et sur lequel paraissait posée, dans tout son orgueil, la tête dédaigneuse du Peter-Botte.

Les voyageurs se mirent à l'œuvre; ils redressèrent l'échelle de l'année précédente, dont ils piquèrent le pied dans une saillie. Alors un nègre de M. Lloyd monta jusqu'au sommet, et là, se fiant avec audace à son adresse et à son sang-froid, il grimpa le long du rocher perpendiculaire, s'accrochant à la manière des singes, avec ses mains et ses pieds, à la moindre aspérité, qui, si elle eût cédé sous l'effort de son poids, le précipitait dans l'abîme. Bientôt il fut au sommet, et poussant un hurrahl s'écria : « Tout va bien ! » Il amarra solidement un cordage qu'il avait apporté, et sur lequel se hissèrent les

Le l'clcf-BulU; (ilc Maurice

Page 1