‹ Les ascensions célébres aux plus hautes montagnes du globe (volume 2)Chapitre 45 sur 53 · ASCENSION AU PETKR-BOTTE · texte numérisé non relu

ASCENSION AU PETKR-BOTTE

quatre autres personues. Celles-ci gagnèrent ainsi l'étranglement supérieur, tantôt sur leurs genoux et tantôt à cheval sur le sommet de l'arête, pouvant, comme le dit le lieutenant Taylor, précipiter à la fois leur soulier gauche dans le ravin boisé, et leur soulier droit dans la plaine qui baigne l'autre flanc de la montagne.

La tête du piton est, comme nous l'avons dit, formée par un énorme rocher d'environ 10 métrés de haut, qui déborde par son renflement au-dessus da sa base ; le rebord que ceint l'étranglement est large d'environ 12 mètres, d'une pente assez douce, et terminé partout par le précipice, excepté à l'endroit par lequel les voyageurs avaient monté.

Comment franchir cette tête et son renflement? — Heureusement une de ses faces, bien que débordant sa base, s'élève perpendiculairement sur le prolongement du précipice inférieur, au lieu de le dépasser comme les autres ; et, pour comble de bonheur, elle correspond précisément au point par où les voyageurs étaient arrivés. Cela étant reconnu, ceux-ci établirent avec la partie inférieure de la montagne une communication à l'aide d'un cordage mis en double, et hissèrent ainsi le matéi-iel de leur expédition : une échelle portative, des cordages supplémentaires, un levier, etc.

On avait préparé des flèches de fer, attachées à l'extrémité d'une corde ; la difficulté consistait à les lancer pardessus la tête du Peter-Botte, puisque celle-ci débordait la base sur laquelle se trouvaient les voyageurs. M. Lloyd s'étant fait attacher autour du corps une forte corde, dont l'extrémité demeurait entre les mains de ses compagnons, passa de l'autre côté de la montagne; et là, armé du fusil où était la flèche, s'inclinant sur l'abîme, soutenu par la corde qui lui ceignait les reins, ses pieds formant arc-boutant contre le tranchant du précipice, il fit feu. La flèche manqua deux fois; il eut recours alors à une

pierre attachée à une corde et, la balançant diagonalement comme une fronde, il essaya de la faire passer par-dessus le rocher. Vain espoir ! Le désappointement s'emparait des voyageurs, quand, à un dernier essai, une folle brise, s'étant levée pendant une minute, repoussa la pierre sur le roc, et la fit retomber à l'autre bord. Des échelles sont aussitôt disposées et assujetties, un bon cable sert de rampe, et l'ingénieur Lloyd se hisse le premier au haut du roc, en poussant des cris de joie et des hurrahs. Tous les autres le suivent, et le pavillon anglais, se déployant avec grâce sur la tête du Peter-Botte vaincu, est aussitôt salué par la frégate mouillée dans la rade et par le feu de la batterie de terre. « Nous nous saisîmes alors d'une bouteille de bon vin, dit le lieutenant Taylor, et, debout sur le haut du rocher, nous baptisâmes le pic du nom du roi Guillaume, en buvant à la santé de Sa Majesté, et saluant le pavillon par de vives acclamations. »

(Magasin pittoresque.)

LE KILIM A- N DJARO

ASCRNSION DE MM. MEYKR ET PURTSCFIEl.I.KP .

Au sud de l'équateur, et par environ o degrés de longitude occidentale de la côte orientale de l'Afrique, s'élève un volcan éteint, formant un massif énorme, dont la base est couverte d'une végétation des tropiques et la cime couronnée de neiges perpétuelles. C'est le Kilima-Ndjaro. Cette montagne fut signalée pour la première fois au monde civilisé par le missionnaire allemand J. Rebmann. Depuis 1861, plusieurs tentatives d'ascension à son sommet avaient eu lieu sans succès. Le docteur Meyer, ayant échoué dans la dernière, en 1888, voulut en faire une nouvelle en 1889, accompagné de M. Purtscheller.

Partis de Zanzibar à la fin d'août, les voyageurs abordèrent le 5 septembre à Mombasa, le port principal du protectorat anglais dans l'Afrique orientale, avec une suite de soixante-cinq hommes. Dans la matinée du 1 7 septembre, dit M. Purtscheller, ayant gravi une hauteur, nousnous trouvâmes pour la première fois en présence du Kilima-Ndjaro. Au-dessus des forêts qui s'étendent en masses sombres le long du fleuve Lumi, s'élevait, surgissant d'un seul trait de la plaine, un massif colossal à double sommet, dont le point culminant, le Kibo, était couronné de neiges. De formation purement volcanique, le Kilima-Ndjaro ne

peut se comparer à nos cimes des Alpes. Le sommet, qui s'élève rapidement sur une base immense, forme une pyramide gigantesque, dont les talus sont fortement inclinés et dont les rochers, d'un brun rougeûtre foncé, présentent un contraste frappant avec la blancheur de ses neiges. Les flancs du Kibo sont rocheux et très escarpés au sud et à l'ouest ; à l'est et encore à l'ouest s'étendent de vastes pentes d'éboulis de pierres, de boues et de cendres. L'aspect et la masse de la montagne produisent une grande impression.

Le 17 septembre, après avoir dépassé une forêt d'arbres gigantesques, nous arrivâmes à Taweta, qui passe, avec raison, pour le paradis de l'Afrique orientale. De là, par le territoire de Modschi, nous allâmes nous installer chez un vieil ami du docteur Meyer, Mareale, chef du territoire de Marangu. Ce pays, à une altitude de 1 500 mètres, sur une terrasse du Kilima-Ndjaro, est très bien cultivé. Nous en partîmes le 28 septembre, avec vingt-cinq porteurs et trois Somalis, dans la direction du grand plateau supérieur, et nous établîmes, à 1 950 mètres, notre premier bivouac sur la montagne. On se trouve déjà là dans la grande forêt vierge du Kilima-Ndjaro, où l'éléphant se rencontre encore en troupes nombreuses. Nous passâmes une seconde nuit sur les bords du torrent de Fenika, à 2 500 mètres, et une troisième sur ceux du torrent de Mué, à 2 850 mètres. La forêt monte jusqu'à 2 900 mètres, et des arbustes isolés arrivent à une altitude de 5 000.

Au ruisseau de Mué, nous installâmes un campement où nous renvoyâmes nos porteurs lorsque, le 20 octobre, le docteur Meyer et moi, assistés par un nègre pangani, du nom de Muini Amani, nous dressâmes notre tente sur le plateau supérieur. La nuit précédente, â une altitude de 5 950mètres, le thermomètre élaitdescendu à -|-9 degrés. A l'ouest de notre campement, le Kibo s'élevait comme un dôme gigantesque, que l'excessive transparence de

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l'air faisait paraître singulièrement rapproché. Devant nous s'étendait le plateau supérieur, d'une altitude de 4400 mètres, parsemé de blocs, de sables, de cendres et portant çà et là un monticule de lave. Tout imposant que fût le paysage, il lui manquait ce charme que nous trouvons dans les hautes vallées des Alpes. La complète différence dans la nature du rocher, la plaine sans eau à nos pieds, s'étendant à perte de vue et aplanie comme avec une règle, les nombreux dépôts de sable et de cendres, la masse colossale du Kibo ne laissent aucune analogie s'étabhr dans l'esprit.

Le 5 octobre, à deux heures trente minutes du matin, nous quittâmes la tente etMuiné Amani, pour faire notre première visite au Kibo. Nous avions décidé la veille de traverser, sur ses pentes supérieures, la grande vallée du Glacier, ainsi nommée du glacier de Ratzel qui s'étale dans le haut, et d'escalader ensuite la haute croupe de lave, qui borne la vallée au sud, pour gagner le mur de glace qui entoure le sommet. Le terrain, qu'éclairait faiblement notre lanterne, consistait en un chaos de blocs, en côtes escarpées et en terrasses profondément érodées. A l'aube (cinq heures), nous nous trouvions à l'altitude de 4920 mètres, sur les pentes rocheuses du côté nord de la vallée, dont nous apercevions le fond à 150 mètres audessous de nous. En une heure et demie, nous descendions les éboulis pierreux et, à six heures trente minutes, nous traversions la vallée, qui, sur ce point, s'abaisse par un gradin d'environ loO mètres. Les angles vifs des fragments de roc, les masses de débris le long de la vallée et les stries existant sur les rochers des deux versants indiquent une étendue considérable du glacier à des époques antérieures.

Sur des éboulis profonds et cédant sous le pied, nous gravîmes le versant sud de la vallée et parvînmes, à sept heures vingt minutes, sur le haut de la coulée de lave,

dont nous devions maintenant suivre les inégalités. Nous passions continuellement du rocher au sable et vice versa. La marche sur ce sable est aussi lente et fatigante que celle sur la neige molle; nous commencions aussi à éprouver les effets de la raréfaction de l'air d'une manière très pénible, et nous étions obligés de nous arrêter toutes les dix minutes; nous avions, depuis quelque temps, perdu l'habitude des courses de ce genre. Nous prîmes une demiheure de repos, h huit heures quinze minutes, au milieu de gros blocs, à une altitude de 5 250 mètres. Le Kimawensi, second sommet du Kilima-Ndjaro. éclairé par un soleil radieux, paraissait déjà s'abaisser sensiblement. Le grand plateau et les prairies verdoyantes, que nous avions parcourues trois jours auparavant, étaient visibles dans tous leurs détails. D'épais nuages argentés se traînaient sur la forêt et, au delà, s'étendait la steppe à peine discernable dans la brume. Au-dessus de nous, la couronne de glace du Kibo nous écrasait de sa masse.

Grimpant le long d'un précipice au fond duquel le regard plongeait sur une vallée de rochers d'un aspect grandiose, nous atteignîmes le pied de cette couronne â neuf heures cinquante minutes, et à l'altitude de 5 570 mètres. La glace était d'une belle couleur bleu verdàtre, l'inclinaison de la paroi était de 35 degrés aux endroits les plus praticables. La possibilité d'escalader ce mur, de la coulée de lave où nous étions, ne faisait pas question pour nous, mais, pour passer du rocher à la glace, il n'y avait qu'une corniche longue d'environ 15 mètres. A droite, un mur de glace surplombant de 20 à 25 mètres, à gauche, le précipice. jf'l

Après avoir mis nos lunettes de glacier et nous être attachés à la corde, nous commençâmes, à dix heures trente minutes, à tailler des pas. La pointe du piolet entamait difficilement cette glace dure; chaque pas exigeait| vingt-cinq à trente coups, et les pas devaient être fail

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avec soin, car la moindre glissade d'un de nous était la mort pour tous deux. Nous montâmes d'abord au-dessus de la paroi de glace de 25 mètres sur la droite, puis directement devant nous, en contournant des crevasses énormes et d'autres plus petites, mais qui devinrent si nombreuses vers le milieu de la montée que nous craignîmes un moment de ne plus pouvoir avancer. A midi vingt minutes, avant le dernier escarpement, à 5 800 mètres, nous nous assîmes pour faire un léger repas, mais nous ne trouvions aucun goût à nos provisions. L'effet de la réverbération du glacier se faisait sentir, nous avions le visage et les mains enflés et couverts d'ampoules.

Cependant le mur de glace, qui d'en bas paraît être le sommet du Kilima-Ndjaro, était maintenant au-dessous de nous; la terre avait disparu à nos yeux et, seuls, quelques nuages isolés semblaient vouloir s'élever jusqu'à nous. La glace se transformait graduellement en névé à mesure que nous avancions; ses petites murailles à pic, ses coupures, ses aiguilles étaient d'une traversée difficile, et nos forces ne nous semblaient plus suffire aux efforts qui nous attendaient encore. Enfin, à une heure quarante-cinq minutes, nous parvînmes au bord supérieur du névé. Devant nous s'étendait, étrange et imposant, le cratère du Kibo.

Mais le plus haut point du bord de ce cratère, une crête rocheuse qui sortait de la glace, était à plus d'une heure, sur le côté sud. Nous n'avions plus ni le temps, ni la force d'aller jusque-là. Il fallait ou redescendre ou, sans provisions, sans moyens de nous protéger contre le froid, courir les risques d'un bivouac. Nous prîmes le premier parti et n'eûmes pas à le regretter. Nous étions parvenus à la hauteur de 5 800 mètres, l'existence du cratère et d'un cône d'éruption était constatée, les formations glaciaire et rocheuse du cratère, ainsi que ses dimensions, nous étaient connues. Bien décidés à revenir.

deux jours après, tenter l'ascension de la plus haute pointe, nous commençâmes la descente à deux heures vingt minutes, par un brouillard épais et lentement, car il fallait retailler la plupart de nos pas. A trois heures cinquante minutes, nous étions au pied de la paroi de glace, où nous fîmes halte une demi-heure, épuisés de fatigue. Le brouillard ne s'étendait pas plus bas; la grande plaine, les montagnes, le lac Déchipé, surtout les nuages, étages par couches et nuancés de teintes éclatantes, nous offraient le plus beau spectacle. Il faisait déjà nuit quand nous retrouvâmes la tente à six heures quarante huit minutes.

Le 5, nous repartîmes, cette fois en compagnie de Muini Amani, qui portait nos couvertures et nos sacs, pour aller passer la nuit dans la grande vallée du glacier, au pied d'une paroi de rochers, à 4 620 mètres d'altitude. Le 6, à trois heures du matin, nous étions en marche. Dès l'aube nous nous trouvions vis-à-vis de l'extrémité inférieure du glacier de Ratzel, à 5400 mètres, et nous assistâmes, transis de froid, au lever du soleil. A huit heures quarante-cinq minutes nous avions atteint, au bord du cratère, l'endroit d'où nous avions été obligés de redescendre, le 5 octobre. De là jusqu'au point culminant, la route, longeant un névé qui s'élève lentement vers le sud, ne présente aucune difficulté.

Le plus haut point du bord du cratère est une crête de rocher sortant de la glace et qui se divise en trois pointes, dont celle du miheu, d'environ 6 000 mètres d'altitude, est la plus haute. A dix heures quinze minutes, le docteur Meyer mit le premier le pied sur le sommet. La vue qu'on y découvre peut se comparer à celle qu'on a d'un ballon, mais ici le plus beau spectacle est offert par l'intérieur du cratère. De magnifiques corniches de glace, des névés, des cendres et des scories remplissent ses profondeurs. Son diamètre nous parut d'environ 2 000 mètres.

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sa proroiideur do "200 mètres. De son fond s'élève un cône d'éruption- de 150 mètres. A l'ouest, le rebord du cratère présente une ouverture par laquelle la glace qu'il renferme descend sous forme de glacier. Le thermomètre marquait, à neuf heures quarante-cinq minutes, -i-S*^; à dix heures, au soleil, 11°.

Nous quittâmes la cime à dix heures quarante-cinq minutes ; à trois heures, nous arrivâmes à notre dernier bivouac et, à cinq heures trente minutes, à la tente.

Les mêmes voyageurs firent ensuite l'ascension du Kimawenzi.

(Extrait de YEcho des Alpes; année 1890, n« 2.)

Cascade dans les Cordillère;:

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