CATASTROPHE DU MO.NT CERVIN
E. ^TNPER, LOBD DOUGLAS (l865)
Diflicultés de ra&cension. — Halte au sommet. — Précautions pour la de»cents. — Elfroyable inclinaison. — Chute dans le précipice. — Rupture de la corde. — Recherche dçs victimes.
Au mois de juillet 1865 la nouvelle suivante était tionnée à un journal de Genève ;
... En arrivant à Zermatt, le vendredi 14 au soir, nous avons appris que le pic de Matterhorn (mont Cervin), jusqu'alors inaccessible, avait enfin été atteint, et, qu'avec une lunette d'approche, on avait vu, à deux heures, des hommes sur le sommet.
Il élait en effet parti la veille une expédition pour celte redoutable cime. Des Anglais avaient résolu de tenter encore une fois de gravir le géant qui surplombe de sa pyramide abrupte les hautes montagnes d'alentour, et dont la hauteur est de 4,482 mètres. Ils étaient quatre ; l'un d'eux, M. E. Wymper, avait failli payer de sa vie^ il y a deux ans, cette même ascension ; il était décidé, dit-on, à l'accomplir ou à y trouver la mort, Trois guides, deux de Zermatt et l'autre de Chamounixj accompagnaient ces hardis voyageurs.
Tout Zermatt ne parlait que de la grande nouvelle. La dernière cime de la chaîne du mont Rose avait été à son tour foulée par le pied de Thomme, et rien n'était impossible à Taudace et au sang-froid de la race anglosaxonne.
, Ceux qui ont visité Zermatt et vu le gigantesque pic se dresser au-dessus de sa large base, peuvent seuls comprendre le péril immense de cette entreprise. Mais, dans la joie du triomphe, on ne réfléchissait pas que tout n était pas encore dit, et qu'il s'agissait de redescendre les flancs de la montagne.
Quoi qu'il en soit, une douloureuse nouvelle se répandit le samedi matin et parvint bientôt jusqu'au Riffel, où nous étions. Sur les sept voyageurs partis le 1 3 de Zermatt, trois seulement y étaient rentrés : les autrejs avaient péri en redescendant.
Nous extrayons le récit suivant de la lettre écrite au président du Club des Alpes, par M. Wjmper, le seul des Anglais qui ait survécu :
« C'est le mercredi 12 juillet qu'accompagné de lord Francis Douglas je franchis le col de Saint-Théodule, dans le but de me procurer des guides de Zermatt. Après être sorti des neiges du côté nord, nous contournâmes les bases du grand glacier; puis, le glacier de Furgge passé, je laissai ma tente, des cordes et d'autres objets dans la petite chapelle qui se trouve auprès du lac Noir. De là, nous descendîmes au village et j'y en gageai les services de Pierre Tauggwald, en l'autorisant jt s'adjoindre un deuxième guide.
Dans la soirée arriva à notre hôtel le révérend Charles Hudson et son ami, M. Iladow ; tous deux me firent
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part de leur intention de chercher à gravir le mont Cervin, le lendemain au matin. Lord Douglas tomba d'accord avec moi sur la convenance de nous réunir à nos compatriotes.
Nous parlâmes dans ce sens à M. Hudson, qui accepta immédiatement cette proposition. Mais, avant d'admettre M. Hadow parmi nous, j'eus soin de m'informer de ses capacités comme marcheur ; et, autant que je puis m'en souvenir, M. Hudson me répondit que son jeune compagnon avait gravi le sommet du mont Blanc en moins de temps que la plupart des touristes ; il ajouta que M. Hadow s'était déjà distingué plusieurs fois dans les expéditions analogues, et qu'il le considérait comme parfaitement à même de tenter l'aventure avec nous ; M. Hadow fut donc définitivement admis.
Nous nous mimes en quête d'autres guides. Michel Croz était au service de M. Hadow et de M. Hudson. Ce dernier estimait que si Pierre Tauggwald consentait à nous accompagner, le nombre des guides serait suffisant; je communiquai cette pensée à nos hommes, qui l'approuvèrent.
Nous quittâmes Zermatt le jeudi, à cinq heures et demie du matin. Sur le désir exprimé par leur père, les deux fils Tauggwald vinrent avec nous. Ils portaient des provisions pour trois jours. Nous ne prîmes point de corde au village ; il s'en trouvait de reste dans la chapelle du lac Noir. On ne cesse de me demander pourquoi nous n'emportâmes point le cordon en fil de fer inventé par M. Hudson, et qui faisait partie de son bagage. Je ne sais que répondre. Ledit cor-