H4 LES ASCENSIONS CÉLÈBRES
don ne fut pas même mentionné par M. Hudson, et je ne l'ai vu qu'après la catastrophe. C'est de ma corde seule que nous nous sommes servis. Elle se composait de 200 pieds de la corde adoptée par le club des Alpes ; puis de 1 50 pieds d'une autre espèce de corde que j'estime être plus forte que la précédente; enfin, de 200 pieds d'une corde plus mince et plus faible que la première ; celle-ci avait été employée par moi jusqu'à l'époque de Tadoption générale de la corde du club des Alpes.
En quittant le village, notre intention était d'attaquer la montagne d'une façon sérieuse, et nous étions abondamment pourvus de tout Tattirail dont une longue expérience nous avait démontré la nécessité. Cependant, le premier jour, nous ne nous proposions pas d'atteindre une très-grande hauteur, mais seulement de nous arrêter lorsque nous trouverions un lieu favorable à l'érection de la tente.
Nous montâmes en conséquence très-lentement; à huit heures, nous passions le lac Noir et suivions l'arête qui relie le Ilomli au pic du mont Cervin proprement dit. Avant midi, la tente était fixée, nous étions à 11,000 pieds de hauteur; mais Croz et l'aîné des fils Tauggwald poursuivirent en éclaireurs, afin de gagner du temps pour le lendemain.
Ils revinrent tout heureux de nous informer qu'ils n'avaient point trouvé de difficultés insurmontables, et que, si nous les avions accompagnés, nous eussions pu gravir jusqu'au sommet et redescendre à la tente pour le soir. Le reste de la journée se passa à considérer la vue, à nous chauffer au soleil et à converser ; le cou-
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Le Cervin.
CilTASTROPHE DU MONT CERVIN. 417 *
chant fut magnifique, et tout nous promettait un trèsbeau temps.
Avant la tombée de la nuit, HudsoA prépara le thé ; je fis le café, et chacun de nous se revêtit du sac qui, dans les excursions alpestres, remplace le lit. Ainsi que les Tauggwald et lord Douglas, j'occupai la tente ; les autres préférèrent rester dehors. Il était déjà nuit close que les précipices et les rochers répercutaient encore nos rires et les chants des guides. Nous étions heureux, et nul de nous n'appréhendait le moindre péril.
Avant Taurore, nous étions debout et en marche ; le cadet des fils Taug[gwald ne vint pas plus loin. A six heures, nous avions atteint une hauteur de 12,800pieds; nous décidâmes d'y faire une halte d'une demi-heure, puis l'ascension continua sans la moindre interruption jusqu'à dix heures. A 14,000 pieds, nous fîmes une halte. Jusqu'à ce point nous avions gravi du côté nord et sans nous servir de la corde.
Tantôt je ^tenais la tête, quelquefois c'était Hudson. Nous étions arrivés au pied de cette partie du pic qui, considérée de Zermatt, semble perpendiculaire ; impossible de poursuivre.. D'un commun accord nous gravîmes, pendant un certaine temps, par l'arête, dont une des extrémités se dirige vers le village, puis il fallut tourner à droite, au nord-ouest.
Nous avions changé notre ordre de marche : Croz s'avançait le premier; je le suivais, puis Hudson, Hadow, Douglas, enfin Tauggwald et son fils. Ici la prudence et la lenteur devenaient indispensables. En certains endroits, nous ne savions guère à quoi nous accrocher. Dans les fissures et les rugosités de la roche
était incrustée une neige durcie, et le roc lui-même était revêtu d'une mince couche de glace. Néanmoins, un montagnard pouvait encore y passer.
Toutefois, ici, nous découvrîmes que M. Hadow n'était pas suffisamment familiarisé avec ce genre de labeur ; à chaque instant il fallait venir à son secours. Nul de nous, cependant, ne proposa de le laisser en arrière. Pour rendre hommage à la vérité, je dois ajouter que la peine qu'il avait à avancer ne provenait ni de fatigue, ni de faiblesse, T expérience seule lui faisait défaut.
M. Hudson, qui me suivait, escalada la montagne tout entière sans qu'on dût une seule fois vienir à son aide; quelquefois, après que Croz m'avait tendu la main pour m'attirer à lui, je me tournais pour offrir la main à Hudson : il la refusait toujours comme n'en ayant aucun besoin.
Cette difficile partie de notre tâche ne fut pas de longue durée ; l'espace parcouru n'avait guère plus de 300 pieds de hauteur ; à son extrémité, l'inclinaison diminua peu à peu : et, pour arriver à la cime même? je me détachai de la caravane, ainsi que Croz, et c'est en courant que nous arrivâmes au sommet du mont Cervin. Il était 1 he\ire40; nos amis nous rejoignirent dix minutes plus tard.
On m'a prié de décrire Tétat personnel de chacun lors de son arrivée à la cime. Aucun ne semblait fatigué, et je suis convaincu qu'aucun ne Tétait. Croz se mit à rire quand je Tinterrogeai à cet égard ; au fait, nous n'avions été en route que pendant dix heures, et je fis remarquer à Croz que notre marche s'était accomplie avec lenteur.