‹ Les ascensions célébres aux plus hautes montagnes du globeChapitre 12 sur 36 · CATASTROPHE DU MONT CER71N · texte numérisé non relu

CATASTROPHE DU MONT CER71N

c( Oui, me répondit-il, nous avons eu raison de ne pas nous presser ; mais j'avoue que, pour descendre, je préférerais être seul avec vous et un guide. »

Mes compatriotes et moi, nous discutions déjà l'emploi de notre soirée, à notre retour au village.

La halte au sommet fut d'une heure. Je me concertai avec Hudson sur ce qu'il y avait à faire pour la descente. Nous tombâmes d'accord qu'il convenait de faire marcher Croz en tête, comme étant le plus fort. Hadow le suivait. Hudson qui, pour la sûreté du pied, valait un guide, voulut être le troisième. Lord Douglas venait ensuite, et le vieux Tauggwald était derrière lui. Je suggérai à Hudson la pensée qu'il ne serait pas mal d'attacher une corde au rocher lorsque nous arriverions à l'endroit difficile, que nous la saisirions des deux mains, *et que nous y trouverions un très-efficace supplément de sécurité. 11 approuva mon projet ; mais nous ne décidâmes point positivement de le mettre à exécution. Tous s'attachèrent les uns aux autres, tandis que je terminais un croquis du sommet. Ils m'attendirent ; je me reliai seulement au fils Tauggwald ; et nous allions nous remettre en route, lorsque quelqu'un fit la remarque que nous n'avions pas laissé nos noms dans une bouteiHe.

On me pria de les écrire ; pendant que je m'y prêtais commença la marche. Quelques minutes après, je les rejoignis; ils se trouvaient dans Tendroit le plus difficile. On prit les soins les plus minutieux. Un seul homme bougeait à la fois; lorsqu'il avait pris son assiette, le suivant s'avançait en silence. La distance moyeqne existant entr.e nous était .d'à peu pr^ès 20

pieds. On n'avait point cependant attaché au roc la corde supplémentaire ; on n'en parla point, et je ne crois pas même y avoir pensé alors.

Comme je l'ai expliqué, j'étais détaché des autres et je les suivais ; mais, au bout d'un quart d'heure, lord Douglas me pria de me rattacher au père Tauggwald, craignant, me dit-il, que s'il venait à glisser, ce dernier ne suffît pas pour le maintenir. Je le fis immédiatement; c'était dix minutes avant la catastrophe, et c'est à cette précaution, prise pour un autre, que Tauggwald doit la vie.

Au moment de l'accident, tous étaient immobiles, je le crois du moins ; mais je ne puis le dire avec certitude, et les deux Tauggwald ne le peuvent pas davantage, parce que les deux hommes marchant en tête étaient à demi cachés par un épaulement du roc. Le pauvre Croz avait jeté sa hache, et, pour donner à Hadow plus de sécurité, il lui prenait les jambes et lui mettait les pieds, l'un après l'autre, dans les positions qu'ils devaient occuper, et, à en juger par les mouvements de leurs épaules, je pense que Croz se tournait pour descendre d'un pas ou deux ; c'est dans cet instant que M. Hadow doit avoir trébuché, puis être tombé sur lui.

Croz poussa un cri, je le vis glisser avec la rapidité de la flèche, suivi par Hadow; une seconde après, Hudson fut arraché de sa place et lord Douglas avec lui ; ce fut l'affaire de deux secondes. Mais, à l'instant même où nous entendîmes l'exclamation de Croz, je me renversai en arrière avec Tauggwald aussi ferme que le permettait l'effroyable inclinaison du rocher.

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