LES PYRÉNÉES LE CAP NORD. - LE PIC DE TÉNÉRIFFE
Sur les pentes méridionales des monts élevés, près de la dent de Mulhacen, vous êtes vers le soir au pied des rocs où s'arrêtent les nuages. Déjà la lumière abandonne les vallons, et l'obscurité s'étend sur la mer qui vous séj>are du sol des Africains. En parvenant jusqu'à vous, entre les faibles tiges de l'yeuse, les clartés du couchant colorent les sommets inaccessibles, au-dessus des précipices dont le fond ne se distingue plus. Vous vous rapprochez ensuite du rivage, autant que le permet dans la nuit l'aspérité des lieux. Mille pieds plus bas les ondes roulent et se brisent sur la grève inégale. Ainsi que les familles des hommes , les vagues expirent sans cesse ; ce mouvement change pour renaître.
Mais au milieu des monts incultes un accord plus sévère, un solennel repos font oublier le temps et agrandissent la pensée. La vue pénètre dans un monde plus sombre et plus vaste, dans l'immensité descieux. Quelquefois tout reste muet auprès de vous, et il semble qu'une voix tranquille, venue des profondeurs de l'espace, révèle un ordre plus grand, une puissance plus généreuse, une beauté plus constante.
Sénancour . — Rêveries.
Le cirque de Gavarnie.