‹ Les ascensions célébres aux plus hautes montagnes du globeChapitre 16 sur 36 · LE PIC DU MIDI · texte numérisé non relu

LE PIC DU MIDI

blanches, la faisaient reconnjiître de loin. Nous rencontrions aussi la gentiane à fleurs jaunes et le plantain des Alpes.

La vallée qui conduit au pic s'arrête au lac d'Oncet, où nous nous arrêtâmes pour déjeuner. Ceux qui n'ont point parcouru les montagnes ne sauraient se faire une idée du plaisir que Ton ressent à faire un frugal repas, auprès d'une eau limpide, après une longue et pénible course. Il semble que cet air vif et pur vous ramène aux institutions naturelles. On croirait, à voir le montagnard, qu'en abordant ce climat nouveau il a pris une nouvelle âme.

Les bords du lac étaient ornés de la violette biflore dont les fleurs dorées se mariaient avec le vert ardent de la prairie ; çà et là on apercevait, à la déclivité des côtes, la jaune arnica qui tenait sa tête penchée sur le lac, et déjà la lauréole odorante parait les environs des précipices de ses tiges, rampantes couvertes de fleurs roses^ et embaumait l'air de son parfum.

A l'ouest du lac s'élevaient perpendiculairement de hautes montagnes dont le pied s'enfonçait sous leâ eaux; au nord, le roc n'était pas praticable, mais il s'abaissait vers l'est et laissait voir les bases du pic du Midi. C'était ce chemin que nous devions prendre; la pfehte en était douce et facile.

Lfe sdleil dorait déjà le sommet des montagnes et nous avertissait de nous remettre en marche. Nous partîmes laissant au bord du lac un de nos guides pour garder nos chevaux, et nous nous acheminâmes lentement vers la cime du pic. La raréfaction de Tair, l'état de la végétation^ le silence de la nature, la solitude de

ces lieux, tout nous annonçait l'approche des haute s régions. Un gazon sec, âpre et glissant, tapissait le rocher ; quelques plantes alpestres étaient répandues çà et là. Au milieu d'elles se faisaient remarquer la gentiane printannièrB et la gentiane acaule, ces deux compagnes inséparables, qui, nées à la même latitude, parcourent les mêmes régions, habitent le bord des eaux ou l'aride rocher, les terres grasses et profondes ou le mont qui en est dépourvu. Quelquefois aussi de jolies touffes de silènes récréaient la vue, et près d'elles le drasa à fleur gris de lin étalait son feuillage délicat. Plus loin, au milieu des éboulements et des débris, monuments de la toute-puissance du temps, croissaient dans les interstices des pierres quelques pâles 'fleurs qui trouvaient la vie au sein même de la destruction, et autour desquelles volaient de brillants papillons.

Après une heure et demie de marche, nous arrivâmes au sommet du pic. Les vapeurs de Ja nuit s'étaient dissipées, le ciel était serein, le soleil resplendissait. La chaîne entière des Pyrénées s'ouvrait en amphithéâtre devant nous. Sur la droite s'élevait Kéouvielle, roc granitique courqnné de neiges éternelles ; à gauche, la brèche de Roland, la tour de Marboré et le mont Perdu, dont la cime lointaine surpassait toutes les autres. En jetant les yeux du côté opposé, nous découvrions une plaine immense dont les limites vaporeuses se confondaient aver l'horizon. Nous embrassions à la fois ces monts, ces précipices, ces glaciers, ces neiges antiques, ces lacs aériens, immenses et silencieux atehers de la nature, et ces champs fertiles que les torrents apaisés arrosent de leurs eaux fécondantes. Les cimes,

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