‹ Les ascensions célébres aux plus hautes montagnes du globeChapitre 6 sur 36 · L»AVALANCHE DU PIC DE MORTERATSCH · texte numérisé non relu

L»AVALANCHE DU PIC DE MORTERATSCH

vitesse. Alors H... passa son bras autour de son ami, comme si tout espoir était perdu. Pour moi, j'étreignis ma ceinture et luttai un instant pour me détacher. Ne pouvant y parvenir, je concentrai toutes mes forces sur la corde, pour aider à ralentir le mouvement. Ma participation dans le succès fut, je le crains bien, infinitésimale. Mais le puissant effort de traction développé par Jenny se fit sentir. Servi par un léger changeaient d'inclinaison, il réussit à nous arrêter tous à peu de distance des crevasses. Quelques secondes de plus, et nous ne pouvions manquer d'y être précipités.

Aucun de nous ne fut blessé gravement. H... sortit de la neige le front ensanglanté, mais la lésion était superficielle. Jenny avait eu la main déchirée contre une. pierre. La pression de la corde laissait des bandes noires sur mes bras, et tous nous éprouvions une titillation aux mains, qui persista pendant plusieurs jours. Je trouvai un bout de ma chaîne de montre pendu à mon cou, et l'autre bout dans ma poche ; quant à la montre, elle avait disparu.

Cela se passait le 30 juillet. Deux jours plus tard, je descendais en Italie, où je restai dix ou douze jours. Le 16 août, j'étais de retour à Pontresina et tentais une expédition à la recherche de l'objet perdu. Comme moi, mes deux guides pensaient que la neige devait être fondue maintenant au-dessus de la montre. A cause du faible pouvoir absorbant de Tor pour les rayons solaires, je présumais que si, après -la chute, la cuvette s'était trouvée en l'air, la montre avait dû rester à la surface, au lieu de couler à fond, comme il arrive à une pierre en pareille circonstance. De la sorte, il eût

été possible, malgré ses faibles dimensions, de l'apercevoir de loin.

Je fus accompagné au. haut du glacier de Morteratsch par cinq amis dont je ne puis assez louer la contenance. L'un d'eux, entre autres, membre du Parlement, montra, malgré ses soixante-quatre ans, un courage et un calme admirables au milieu de passages très-difficiles.

Deux de mes compagnons seulement vinrent avec moi sur le lieu de l'accident, mais aucun de nous ne s'aventura sur la portion de glace où Tavalanche avait pris naissance. Comme nous posions le pied sur les débris de cette même avalanche, un roc du poids de plusieurs tonnes se détacha, sous Vaction du soleil, d un talus de neige situé au-dessus de nous, et fut précipité le long de la route que nous avions suivie en glissant.

L'énorme pierre tomba, de ricochets en ricochets, sur le renflement auprès duquel nous avions réussi à amortir notre chute ; mais elle bondit en Tair, et, d'un seul jet, atteignit le glacier inférieur, soulevant autour d'elle un nuage de poussière de neige. Quelques fragments de corde retrouvés nous confirmèrent que nous étions vraiment dans le sillon de Tavalanche et l'investigation commença.

Elle n'avait pas duré vingt minutes, lorsqu'un hurrah de l'un des guides, — Christian-Michel, de Grindelwald, — nous signala que la montre venait d'être découverte. Nous la trouvâmes sèche, et parfaitement en état; elle s'était maintenue à découvert, ainsi que nous l'avions conjecturé.

Comme je l'agitais à mon oreille, espérant à peine

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Tentendre me répondre, la petite créature donna à l'instant signe dévie. Elle avait séjourné dix-huit jours au milieu de la neige. Un tour de clef suffit à lui rendre aussitôt le mouvement. Depuis lors, elle a marché avec une régularité invariable.

J. Ttndall.

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