L. AGASSIZ, £. DESORy FORBES, HEÂT, DU GHATELUER ET DE PURY
Uans Wahren. — Glacier de l'Oberaar. — Iiiléiicur d'un précipice. — Neige rouge. — Glaciers de Viesch et d'Aletsch. — Les esprits du Rolhlhal. — Le vertige. — Passage périlleux. — Sommet de la Jungfrau. — Cortège des grands pics. — Brouillard d'or. — Descente au clair de lune. — Lac de Mœrjelein.
Un scutier qui donne le vertige suit le bord du précipice; on y marche entre la vie et la mort. Deux pics menaçants ferment la route solitaire. Parcours sans bruit ce lieu de terreur ; crains d'éveiller l'avalanche endormie.
Le pont qui franchit l'effrayant abime, nul d'entre les hommes n'eût osé le bâtir. Au dessous, sans pouvoir l'ébranler, le torrent écume et gronde.
Une voûte sombre semble conduire vers l'empire des morts. Mais au delà apparaît la riante contrée où le printemps se marie à l'automne. Ah 1 que ne puis-je échapper aux peines et aux tourments de la vie en me réfugiant dans cette heureuse vallée I
Quatre fleuves, dont la source est à jamais cachée, se précipitent dans la plaine. Us coulent vers les quatre régions du monde, le couchant et le nord, le midi et le levant. A peine ce.« eaux bruyantes sont-elles sorties des flancs de leur mères, qu'elles s'enfuient au loin et disparaissent dans le vaste Océan.
Au-dessus des multitudes humaines, les hautes cimes se dressent dans l'azur. lÀ flottent les nuées tilles du ciel, entourées d'une auréole. Nul témoin terrestre n'assiste à leurs rondes solitaires.
Sur un trône éclatant, impérissable, est assise la Reine des montagnes, le front ceint de diamants, froide couronne qui étincelle sous les brillants rayons du soleil. ScuiLLER.
Avant de nous mettre en route, je crois devoir signaler un traif de l'un de nos guides, qui servira à faire connaître le caractère de ces montagnards et expliquera en même temps la confiance illimitée que nous avions en eux. Hans Wahren, Tami de Jacob Leuthold, et l'un des plus intelligents entre tous les guides de l'hospice du Grimsel, était à notre service depuis plus d'un mois. Il était, en quelque sorte, le lieutenant de Jacob et se faisait depuis longtemps une fête de nous conduire à la Jungfrau, car lui et Jacob étaient les seuls qui fussent dans le secret de cette expédition. Mais il arriva que la veille du départ, en descendant avec rious à Thospice, il fut pris d'une violente inflammation au genou, que le médecin jugea grave. Malgré les douleurs qu'il ressentait, le pauvre homme ne pouvait se résoudre à nous laisser partir seuls. Pendant les deux jours de retard qui survinrent, -son genou s'était sensiblement amélioré, à tel point que la veille du départ, il vint en boitant nous assurer qu'il pourrait nous accompagner, ne doutant nullement d'être guéri le* lendemain. M. Agassiz, comme on le pense bien, lui refusa son consentement, en lui dépeignant tous les dangers auxquels il s'exposait. Le malheureux Wahren n'avait rien à objecter à ces raisons ; mais le chagrin le plus amer était peint sur sa figure, et, voyant qu'il ne pouvait rien obtenir, il se relira dans un coin de l'appartement où il pleurait, pendant que ses camarades faisaient les préparatifs du départ. Le lendemain, en entrant dans la chambre des domestiques, je fus très-étonné d'y rencontrer notre homme, déjeûnant avec les autres guides. Comme je lui en exprimai ma
surprise, il me demanda si donc il ne lui était pas permis de nous dire adieu. Je le remerciai de son attention, lui recommandant encore de bien soigner son genou ; Agassiz en fit autant, et nous nous mimes en route. Nous avions à peine fait un quart de lieue, lorsque nous le vîmes tout à coup, au contour d'un rocher, se mêler aux autres guides. Aussitôt tout le monde de se récrier, eh lui demandant s'il avait réellement perdu la tête. Nous essayâmes encore de le détourner d*un projet que nous jugions funeste ; mais, pour tonte réponse, il nous déclara qu'il avait réfléchi aux dangers qu'il courait, et qu'il aimait mieux mourir que ne pas être de la partie. Loin d'insister, nous nous bornâmes maintenant à lui recommander la prudence, en faisant par devers nous quelques réflexions sérieuses sur ce qui avait dû se passer dans le cœur de cet homme, d'ordinaire si calme et si soumis, avant qu'il prît une pareille résolution.
Le 27 août 1841, à quatre heures du matin, nous partîmes duGrimsel (1,881 mètres), nous dirigeant vers le glacier supérieur de l'Aar, qui est séparé dh glacier inférieur par le massif du Zinkenstock. Nous étions au sommet du monticule qui s'élève sur le bord de la rivière, lorsque les premiers rayons du soleil vinrent frapper la cime des hautes montagnes, tandis que leur base était encore ensevelie dans cette blancheur cré* pusculaire qui suit le coucher et précède le lever du soleil. Entre toutes ces cimes il y en avait une^ au fond de Thorizon^ qui brillait d'un éclat tout particulier ; elle paraissait toute en feu. Quelle est cette cime? demândai-je aux guideSé Ceilx-ci, soit qu'ils l'eussent
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réellement cru, soient qu'ils eussent voulu employer ce stratagème pour exalter notre ardeur, nous répondirent : c'est la Jungfrau! La société entière en fut comme électrisée. Nous sentîmes tous notre courage grandir, et de ce moment je ne doutai plus de la réussite.
En deux heures nous atteignîmes l'extrémité du glacier de l'Oberaar ; nous fûmes étonnés de voir que ce glacier qui, l'année précédente, était resté stationnaire, participait cette année au mouvement progressif propre à tous les glaciers de TOberland bernois. Il avait considérablement poussé ses moraines en avant, notamment sa moraine terminale et sa moraine latérale gauche; celle-ci, en. empiétant sur le flanc de la vallée, en avait complètement enlevé le gazon, qui était labouré et retourné comme s'il avait été sillonné par le soc d*une charrue.
La montée nous fournit Toccasion de faire quelques observations intéressantes sur le rapport des roches polies et moutonnées avec la surface du glacier. — Dû «ol, nous descendîmes sur le plateau de neige qui alimente le glacier de Viesch. C*est un vaste cirque de plus d'une demi-lieue de diamètre^ limité au nord par Timmense massif du Finsteraarhorn, et cerné par dix grands pics, qui tous portent, chez les Valaisans^ le nom de Viescherhôrner, et dont les moins élevés ont plus de 3,000 mètres d'altitude. Ce fut au milieu de ce beau cirque que nous nous établîmes pour prendre notre dîner, dîner frugal s'il en fût jamais, mais que nous trouvâmes cependant délicieux^ grâce à l'appétit que nous y apportions.
Nous descendîmes ensuite les champs de glace qui s'étendent au sud, ve»s le Valais. La neige était parfaitement homogène, sans aucune trace de roches éboulées, ni de corp» étrangers à sa surface. Les crevasses avaient à peu près entièrement disparu, ou, si Ton en apercevait encore quelques-unes, c'était sur les flancs de la vallée. Aussi marchions-nous avec une entière sécurité, lorsque nous remarquâmes, à quelque distance de nous, plusieurs petites ouvertures. Curieux d'en connaître la cause, nous nous dirigeâmes de ce côté. Quel ne fut pas notre étonnement, lorsqu'en regardant dans Tune dé ces lucarnes, qui n'avait pas plus de 0™,8 de large sur O'^jSS de long, nous vîmes qu'elle cachait un immense précipice ! Et dans ce précipice régnait une lumière azurée qui surpassait, en beauté, en transparence et en douceur, tout ce q^ue nous avions vu jusqu'alors dans les glaciers. Que n'ai-je reçu le talent de reproduire, dans un langage digne de la nature, tout ce qu'il y avait de poésie dans cette simple combinaison de la neige et de la lumière ! Jamais je n'avais vu de spectacle plus attrayant ; nos yeux en furent tellement fascinés que nous ne nous aperçûmes pas d'abord que la croûte de neige qui recouvrait ce caveau enchanteur n'avait, en cet endroit, que quelques centimètres d'épaisseur ; cependant, je n'estime pas que nous y ayons couru de bien grands dangers, car la neige était fortement tassée, et le soleil ne l'avait pas encore ramollie. Après avoir contemplé l'effet entraînant aie ce phénomène unique, nous voulûmes aussi en connaître là nature et la cause. C'était une immense crevasse de plus de 50 mètres de large
et d une profondeur que nous évaluâmes à 100 mètres au moins. A l'endroit où nous Texaminions, elle n'avait d'autre ouverture que la petite lucarne dont je viens de parler; mais, plus loin, elle correspondait à une large crevasse ouverte du côté de la rive droite, par laquelle entrait H lumière, et le toit intermédiaire, en tempérant le reflet- des parois de neige, leur donnait une douceur et un charme indicibles. Les parois de ces caveaux, semblables à d'immenses murs de cristal, étaient composées de couches horizontales et parallèles, de 0"*,8 et 1 mètre d'épaisseur, d'une neige fortement durcie par le tassement, mais cependant cristalline; car elle n'avait point encore affecté la forme grenue du névé qu'on rencontre plus bas. Entre ces couches de neige il y avait ordinairement une petite bande de glace, mais d'une glace bulbeuse et peu compacte, quoique d'une teinte plus foncée que le reste des parois. Nos guides étaient tous d'accord pour affirmer que chacune de ces couches représente la neige tombée dans une année, et cette explication nous parut en effet la plus naturelle. Quant aux minces bandés de glace qui séparent les couches de neige, elles sont sans doute dues à l'action du soleil qui a agi successivement pendant un été à la surface de toutes les couches annuelles.
En poursuivant notre route nous rencontrâmes encore une quantité de crevasses semblables à celle que je viens de décrire, et nous acquîmes bientôt la certitude que le sol sur lequel nous cheminions était entièrement miné, car, en regardant dans une crevasse ouverte, nous la voyions ordinairement se prolonger
dans l'intérieur de la masse, bien au delà de ses limites superficielles ; d'autres étaient ouvertes à la surface dans toute leur longueur.
Après avoir cheminé à peu près une heure sur les champs de neige, nous passâmes sur le névé, où nous rencontrâmes une quantité prodigieuse; de neige rouge. Comme les petits organismes qui composent la neige rouge sont ordinairement accumulés en plus grand nombre à quelques millimètres au-dessous de la surface, il arrivait qu'en les foulant aux pieds, nous les rendions d'autant plus apparents, et chaque pas que nous faisions laissait comme une trace sanglante qu'on suivait des yeux à une grande distance.
C'est sur la rive droite du glacier, à environ trois heures du village de Viesch, que nous attendait le passage le plus difficile. Il s'agissait de descendre une paroi de rocher à peu près verticale et très-élevée, au pied de laquelle tombait une belle cascade. Le chemin était une espèce de couloir qui présentait, çà et là, quelques légères saillies sur lesquelles on appuyait le pied. Quand ces points d'appui étaient insuffisants, on cherchait à s'accoler de son mieux contre les parois du couloir, en s'aidajit du bâton ; ou bien on réclamait Tassistance de l'un des guides ; mais c'était un moyen auquel Tamour-propre se résignait difficilement. Quand nous fûmes de nouveau sur le glacier et que nous regardâmes la descente que nous venions de faire, il nous sembla impossible que ce fût là le chemin que prennent ordinairement les pâtres. Mais Jacob nous assura qu'il n'en existait pas d'autre. Nous comprenions encore moins comment ils y transportent leurs
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moutons ; Jacob n*en savait rien lui-même, mais il prétendait que c'est par là qu'on les monte. Nous en étant, plus tard informés à Viesch, on nous apprit que c'est réellement le seul chemin des pâturages supérieurs, que l'on hisse les moutons au moyen de cordes qu'on leur attache aux cornes, et, à défaut de cornes, au cou. Au reste, les pâtres eux-mêmes ne font pas souvent ce chemin. Lorsqu'une fois les moutons y sont, on les abandonne à eux-mêmes jusqu'en automne, et ce n'est que de temps en temps qu'un berger s'y rend pour leur porter le sel dont ils ont besoin.
Nous eûmes encore plusieurs fois l'occasion de constater, le long du glacier de Vièsch, la manière dont le glacier use et façonne ses rives. La roche prédominante est encore ici le granit, tantôt à grains fins, tantôt à gros cristaux, ce qui ne l'empêche pas d'être, sur une foule de points, aussi uni que du marbre poli. On y remarque aussi, d'une manière tràs-distincte, les stries parallèles qui constituent l'un des caractères distinctifs des polis opérés par les glaciers.
Il était quatre heures du soir lorsque nous fîmes Ié) dernière halte; c'était encore sur la rive droite du glacier de Viesch, en un endroit d'où l'on découvre, pour la première fois, le fond du Valais. Nous observâmes d'ici plusieurs anciennes moraines qui s'étendaient au loin sur la rive gauche du glacier, jusqu'»^ une hauteur de plusieurs centaines de mètres au-dessus de son niveau actuel. Une quantité de blocs erratiques sont épars à des niveaux plus élevés encore, et semblent remonter jusqu'au sommet de la montagne.
11 nous restait deux lieues à faire. Personne n'était
très- fatigué, quoique nous fussions sur pied depuis douze lieures; mais un cri de surprise nous échappa lorsque, au contour de la montagne, Jacob nous montra le chemin que nous avions à suivre. C'était une pente très-escarpée, d'au moins 300 mètres de haut, que longeait un petit sentier d'apparence fort peu commode. L'air désespéré des uns, l'expression de résignation des autres, eussent pu faire le sujet d'un charmant tableau, s'il s'était trouvé parmi nous un artiste qui ne fût pas trop fatigué. Enfin nous arrivâmes à six heures du soir aux chalets de Môrjelen, où nous devions passer la nuit et où les pâtres nous reçurent très-cordialement.
Le lendemain nous montâmes immédiatement sur le glacier d'Aletsch. A l'endroit où il se coude, nous jouîmes d'une vue magnifique dans deux directions. La Dent-Blanche, le mont Cervin, le mont Rose et le Strahlhorn formaient le fond d'un tableau au sudouest ; tandis que devant nous, au nord, surgissaient au fond du glacier les grandes cimes de la Jungfrau, de l'Eiger et du Mônch, qui semblaient nous inviter à la persévérance, tant elles paraissaient rapprochées.
Le glacier d'Aletsch est, en général, très-uni; c'est, de tous les glaciers, celui qui a la plus faible inclinaison. Nous marchâmes à peu près deux heures sur la glace compacte, après quoi nous passâmes dans la région des crevasses, qui est la limite entre la glace et le névé. Cette région a près d'une lieue de large. Le névé qui lui succède est le plus beau de la Suisse. Il commence à peu près à la hauteur du Faulberg. On le reconnaît de loin à un certain air de vétusté, qui
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forme un contraste frappant avec la blancheur étincelante des champs de neige supérieurs. Il est déprimé au milieu et relevé sur les bords, ce qui est un caractère essentiel de tous les névés. Les crevasses y étaient très-rares cette année, car nous n'en rencontrâmes que quelques-unes fort étroites. Aux champs de neige qui commencent avec la montée, nous fîmes, à neuf heures et demie, la première halte, en un endroit que nous appelâmes le Repos^ parce que le trajet qu'on vient de faire et les immenses pentes qui s'élèvent en face invitent naturellement à y prendre quelque rafraîchissement.
Nous rencontrâmes sur le premier plateau de neige des crevasses, qui sont surtout fréquentes là où les pentes commencent à devenir roides. Ce sont, comme celles du névé de Viesch, des crevasses de terrassement. Nous en vîmes encore ici qui avaient près de 50 mètres de large ; mais, comme elles ne sont pas très-continues, elles se laissaient d'ordinaire contourner ; ou bien elles étaient masquées et, dans ce cas, nos guides devaient user de la plus grande circonspection pour ne pas trop nous exposer; aussi avancions-nous bien moins vite que nous ne l'eussions désiré, et, malgré toutes les précautions, plusieurs d'entre nous enfoncèrent, mais sans se faire aucun mal. Nous escaladâmes ainsi plusieurs terrasses, et, nous dirigeant toujours à l'ouest, nous arrivâmes dans un vaste élargissement, dominé de toute part par de grands pics, dont le plus haut était la Jungfrau. Jacob nous fit faire ici une seconde halte, sans doute pour reconnaître le terrain. Quant à nous, nous ne voyions de toute pari que difBcuItés insurmonta-
bles. A droite, des pentes verticales; à gauche, des massifs de glace qui menaçaient de nous écraser dans leur chute ^ et devant nous la rimaije ou grande crevasse qui paraissait infranchissable, tant elle était béante. Je demandai* à Jacob dans quelle direction nous allions monter ; mais il refusa de me répondre, se contentant de nous dire que nous n'avions qu'à le suivre en toute confiance, que, quant à lui, il voyait déjà le chemin qu'il fallait prendre. Plus tard j'ai reconnu qu'il avait eu raison d'éluder ma question^ car il est vraisemblable que nous ne serions jamais arrivés, si tout le monde avait voulu émettre son opinion dans les passages difficiles.
[1 était alors près de midi, la chaleur était excessive, et, pour se rafraîchir, nos guides s'appliquaient des poignées de neige sur la nuque. Plusieurs d'entre nous en firent autant, malgré les remontrances des autres qui, effrayes d'une pareille imprudence, oubliaient que dans ces régions élevées, l'organisme matériel, de même que la nature morale, est beaucoup plus indépendant dç^ influences pernicieuses que dans la plaine. La réverbération de la lumière par la neige était aussi des plus intenses et presque insupportable. En pareille circonstance on ne peut. guère se passer de voile ; mais il a, d'un autre côté, le grand inconvénient de rendre la marche moins sûre et d'augmenter considérablement la chaleur du visage, en empêchant l'air frais d'y arriver. Aussi Agassiz préféra-t-il s'exposer à avoir, la figure grillée plutôt que d'en faire usage.
Nous nous dirigeâmes droit sur la grande rimaye, que nous atteignîmes après avoir gravi une quatrième
terrasse. C'est un gouffre d'une profondeur inconnue, qui s*ouvre sur la pente de Tavant-dernière terrasse, et pénètre un peu obliquement dans le massif de neige ; en aucun endroit sa largeur n'est de moins de ,5 mètres, en sorte qu'il n'y avait pas moyen de la franchir sans échelle. Avant de passer outre, nous allâmes examiner les débris d'un éboulement, qui étaient gisants sur notre gauche, et qui semblaient s'être détachés peu de temps auparavant, car les empreintes qu'il avait laissées en roulant à la surface de la neige étaient encore toute? fraîches. Nous vîmes avec intérêt que les débris de cette ayalanche, détachée d'une cime dont la hauteur est de plus de 5,000 mètres, étaient composés de couches alternées de glace bleue compacte et de glace blanche ayant l'apparence de la neige congelée. Ces diverses couches avaient deux, trois et même quatre centimètres d'épaisseur et alternaient trois et quatre fois dans un bloc d'un mètre cube.
. Il s'agissait maintenant de passer la grande crevasse. Notre échelle avait 8 mètres de long;, elle était par conséquent plus que suffisante. Mais immédiatement audessus du gouffre, la pente de la terrasse était d'une rapidité effrayante, sur un espace d'environ 10 mètres. Nous Tévaluâmes à 50 degrés. De plus, la neige qui jusque-là avait été très- incohérente et presque poudreuse, avait pris tout à coup une dureté excessive, au point que les guides so virent obligés de tailler des marches. Notre courage allait subir la première épreuve ; Jacob et Jaun montèrent les premiers. Quand ils furent arrivés à mi-côte de la terrasse, ils nous envoyèrent la corde qu'ils tenaient par l'un des bouts et qui, fixée par