‹ Les ascensions célébres aux plus hautes montagnes du globeChapitre 8 sur 36 · LES ASCENSIOJ^S CÉLÈBRES · texte numérisé non relu

LES ASCENSIOJ^S CÉLÈBRES

Tautre à l'échelle, devait .nous servir en guise de rampe. Nous arrivâmes ainsi tous sans inconvénient, mais non sans quelques difficultés, au sommet- de la terrasse. Les guides eux-mêmes s'exagéraient peut-être un peu les dangers de ce premier passage, car ils nous prodiguaient leurs directions et leur appui avec une libéralité que nous eussions trouvée fort superflue, sinon injurieuse, quelques heures plus t^rd.

Il était deux heures lorsque nous arrivâmes au col du Roththal. Ce col ressemble beaucoup à celui de rOberaar ; comme ce dernier, il est domîilé par deux très-hautes cimes : la Jungfrau au nord et l'extrémité du Kranzberg au sud. Sa largeur est ici de quelques mètres. Les brouillards accumulés dans le fond du Roththal ne nous permirent que quelques fugitifs regards dans cette vallée si sauvage et si déchirée, dans laquelle le peuple de nos campagnes place le séjour d'une bande d^esprits turbulents, connus sous le nom de Seigneurs dvrRoththal *.

Nous évaluâmes à environ 500 mètres la hauteur de la dernière cime au-dessus du sol, et nous espérions la gravir en moins d'une heure, malgré son excessive roideur. Cependant nous vîmes bientôt que la montée était plus difficile que nous ne Tavions supposé ; au lieu de neige nous ne rencontrâmes de toute part que de la glace compacte dans laquelle les guides étaient obligés de taijler des marches pour nous empêcher de glisser ; aussi n'avancions-nous que lentement. Nous montions depuis une heure, sans que le sommet se fût

* Hugi, dans son ouvrage sur les Alpes, cherche à rattacher ces fables à des phénomènes électriques.

sensiblement rapproché, lorsque nous fumes envahis par un brouillard des plus épais, qui permettait à peine aux derniers de distinguer ceux qui étaient en tête de la colonne.

C'était précisément à Teridroit le plus escarpé de la montée. M. Forbes, en ayant mesuré la pente, la trouva de 45°. La glace était tellement dure et tenace que, pendant un moment, nous ne pûmes faire que quinze pas en un quart d'heure. Le froid d'ailleurs se faisait sentir très-vivement, à tel point qu'il y avait à craindre d'avoir les pieds gelés, malgré le soin que nous prenions de, nous donner autant de mouvement que possible. Voyant alors que notre position commençait réellement à devenir critique, Agassiz demanda à Jacob s'il espérait encore nous faire, arriver au sommet. Celui-ci lui répondit avec son calme habituel, qu'il n'en avait jamais douté, et, au cri de Vorwàrts (en avant!) nous nous remîmes à monter avec la même ardeur qu'au commencement. Cependant l'un des guides nous avait quittés; il n'avait pas pu supporter plus longtemps la vue des précipices qui étaient à notre droite ; et en effet, le chemin que nous suivions était bien fait pour épouvanter tous ceux qui n'étaient pas sûrs de leur tête ou de leurs jambes. Celte dernière arête, qui a la forme d'une section de cône incliné et à paroi verticale, domine à l'est les champs de* neige que nous venions de traverser et à l'ouest le )iévé du Roththal. L'inclinaison est cependant un peu plus forte du côté de l'ouest que du côté de l'est, car les fragments de glace que détachait chaque coup de hache roulaient tous dans cette dernière vallée. Comme nous n'avions

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