Mac Queary, Evolution ofMan and Christianity^ p
proclamant nécessaire, inévitable ; ils ignorent les opinions et les témoignages contraires»
Powell publiant, en 1889, la longue liste des auteurs qu'il a consultés pour écrire son ouvrage y met bien Quatrefages, antique adversaire de la variabilité des espèces, mais on n'y trouve pas Le Conte, Américain comme lui, géologue remarquable, professeur à rUniversiJé de Californie, qui, deux années auparavant, avait publié une apologie de l'évolution inspirée par de profondes convictions chrétiennes.
Il ne faudrait pas commettre de semblables inexactitudes, car le monisme trouve en face de lui des adversaires moins terrorisés et moins complaisants que ceux dont j'ai parlé, qui ne sont nullement disposés à lui reconnaître aucun monopole sur l'hypothèse de l'évolution, mais qui sont tout prêls à relever ses erreurs de fait et jusqu'aux apparences d'un subterfuge peu recommandable.
Haeckel et ses partisans commettent donc une grave imprudence lorsque, exposant les origines historiques de Tidée transformiste et traitant de ses précurseurs, ils s'occupent d'Anaximandre, d'Heraclite, d'Empédocle, de Lucretius Carus et passent sous silence les intuitions puissantes et lumineuses des grands penseurs chrétiens. Comme il n'était pas en leur pouvoir de supprimer les témoignages des Pères de l'Église, il valait beaucoup mieux pour eux s'y attaquer et les discuter. De son côté le professeur Grassmann aurait, je crois, mieux servi sa cause, si, après avoir marqué les différences entre les hypothèses de saint Augustin et l'hypothèse cvolutionniste, il avait aussi relevé d'une façon expresse les coïncidences entre ces deux systèmes qui ont une origine partielle dans la même analyse : ces coïncidences, en effet, sont évidentes, et elles ont une portée singulière.
Dans le traité De Genesi ad litteram^ saint Augustin, s'attachant principalement au passage : « Celui qui vit dans Télernité a créé toutes choses à la fois* » et aux versets 4 et 5 du chapitre ii de la Genèse : « Tel est le récit de la création du ciel et de la terre, quand vint le jour où Dieu fit le ciel et la terre et toutes les plantes des champs avant qu'elles n'apparussent sur la terre et toutes les herbes des champs avant qu'elles ne s'y élevassent- », considère comme probable que
1. Qui Tivit in œternum creavit omnia simul. Ecclésiaste, XVIII, i.
2. « Hic est liber creaturœ cœli et terrœ, cum factus est dies, fecit Deus cœlum et terram et omne \iride agri ante-^ quam esset super terram et omne fœnum agri antequam exortumest. » La version adoptée par saint Augustin s'écarte un peu dans ce passage de la Vulgate, que Ton peut traduire
tous les organismes ont été créés à la fois et en puissance, potentialiter^ causaliter^ primordialiter^ d'une matière première dont ils seraient ensuite sortis, chacun à son temps, selon Tordre indiqué par la Genèse. Le monde actuel, avec toutes ses formes diverses, existe virtuellement en germe : « De même que, dans la graine même étaient obscurément contenues toutes les parties de Tarbre futur, ainsi y a-t-il lieu de penser que le monde, quand Dieu créa toutes choses simultanément, avait en lui-même tout ce qui fut fait en lui et par lui à mesure qu'en vint le jour*. » Saint Augustin n'a pas fait exception pour le corps humain ; il ne lui a pas reconnu
adnsi : « Telle fut l'origine du ciel et de la terre, quand l'un et l'autre furent créés au jour où le Seigneur Dieu fit le ciel et la terre et toutes les plantes des champs avant qu'elles n'apparussent sur la terre et toutes les herbes de la terre avant qu'elles n'en sortissent.» Les diflérences entre ces deux textes n'ont aucune importance pour la discussion.
1. « Sicut autem in ipso grano invisibiliter erant omnia simul quœ per tempora in arborem surgant, ita ipse mundus cogitandus est, cum Deus simul omnia creavit, habuisse simul omnia quœ in illo et cum illo facta sunt cum factus est dies. » De Gen. ad Litt., V, 45.
une noblesse particulière qui le distinguât corps (les animaux. «Si donc il façonna us la terre l'homme et les animaux, 'est-ce que l'homme a de plus excellent à égard, sinon qu'il fut créé à l'image de !U? Et cela s'applique non à son corps, ,is h son ûme spirituelle^ » IH'a vu exister puissance dans la matière première et en 'tir « secundum causalemratîonem » , comme t vu exister dans le monde, dès la création ginelle, l'àme humaine. « Examinons donc la vérité peut être ce qui m'apparalt sans :un doute comme plus acceptable pour la son humaine, à savoir que Dieu, dans ces imiers actes par lesquels il créa toutes 3ses à la fois, ait aussi créé l'ame humaine ur l'insuffler ensuite, en temps voulu, aux smbres qu'il façonnait dans l'argile ; de ces
B Si ergo et homïnem de terra el bcstias de terra ipse forlii, quid habethomo e^ccllentius in liac re nisi quod ipse ad ginem Dei creatus est 1 Nec taincn lioc secundum corpus,
secundum intellcctum mentis. » De Gen. ad tilt., Vf, ~J2.
membres mêmes il aurait créé parmi les choses simultanément mises au jour la forme virtuelle, afin d'en faire sortir, àTheure voulue, le corps humain. On pourrait donc penser, si l'aulorité des Écritures et si la raison ne s'y opposent pas, que Fhomme fut fait, le sixième jour, d'un corps qui déjà existait en puissance et d'une âme créée dès le premier jour et cachée parmi les œuvres de Dieu*. »
L'hypothèse qu'exprime saint Augustin avec prudence et avec quelque timidité se rencontre avec l'hypothèse évolutionniste pour exclure les créations spéciales et successives opérées par les actes de création
1. « lllud crgo videamus iitrum forsitan verum esse possit, qiiod certe humanœ ratiohi tolerabilius mihi videtur, Deum in illis primisoperibus, quae simul omnia creavit, animam eliam luimanain créasse quam suo tempore membris ex linio formali corporis inspiraret, cujus corporis in illis simul conditis rébus ralionem, creasset causaliter, secundum quam fieret, cum faciendum esset, corpus humanum. Grcdatur ergo si nuUa Scripturarum auctoritas seu verilalis ratio contradicit, liominem ita factum sexto die ut corporis quidem humani ratio causalis inelementis, mundi anima vero jam ipsa crearctur sicut primitus conditus est dies et creata lateret in opcribus Dei. De Gen. ad litt.^ VU, 35.
distincts, tandis que ceux-ci apparaissent à beaucoup de croyants comme inséparables de ridée chrétienne de création au moins en ce qui concerne le corps humain. Ces deux hypothèses sont donc d'accord sur ce point capital. Admettant ainsi que tous les organismes sont issus d'une matière première comme Farbre est issu de la graine, saint Augustin peut sans doute admettre sur l'origine des espèces toute théorie partant de l'évolution naturelle : il en est une cependant avec laquelle son hypothèse se concilie plus facilement qu'avec toute autre : c'est celle qui aux agents darwiniens oppose l'action de causes internes : et c'est précisément cette théorie qui, selon Wigand, doit réunir prochainement tous les schismatiques de l'évolution, tous ceux qui, expliquant diversement le processus généalogique des organismes, en admettent l'unité. Mais si, dans le traité De Genesi ad litteram^ saint Augustin a exposé
comme avec crainte ses idées sur la création : « si nuUa Scripturarum auctoritas seu veritalis ratio contradicit )^, il les a au contraire développées ailleurs en un langage précis et enflammé qu'on dirait pénétré, comme la parole des prophètes, d'un souffle d'en haut. Au livre XII des Confessions^ saint Augustin, qui joignait un cœur ardent à une intelligence très subtile, nous rapporte en effet ses méditations sur le second verset du premier chapitre de la Genèse, particulièrement sur les paroles qu'il cite ainsi : « Terra autem erat invisibilis et incomposita », et il rend passionnément grâces à Dieu qui lui en a révélé le sens caché. A développer ces idées, son cœur s'épanche en accents presque intraduisibles de prière, de reconnaissance et d'admiration; j'avoue ne connaître aucune page d'écrivain ancien ou moderne où une spéculation métaphysique aussi élevée soit entraînée, dans ces régions les plus hautes
de la pensée humaine, en des mouvements de lyrisme aussi puissants. Cette « terra incomposita et invisibilis » lui est apparue comme une substance dont on ne peut dire si elle est matière ou esprit, comme une matière sans forme et qui est capable, par conséquent, de prendre toutes les formes que revêtiront successivement les corps ou, pour mieux dire, qui est la cause, toujours permanente en eux, de leurs variations continues. Cet « informe quiddam » par l'action duquel tous les corps passent de forme en forme, qui n'est pas visible, qui n'est pas corps, qui n'est pas esprit, qui, en même temps, est et n'est pas, si bien qu'on peut le nommer nihil aliquid^ n'a-t-il pas quelques-uns des caractères de ce que nous, modernes, nous appelons force?
Ne serait-il point la vis essentialis de VVolf, le nisus formativus de Blumenbach, le principe sensible et organisateur de Rosmini, la innerc Ursache de KôUiker et de Wigand, la
unknow internai lato de Mivart? Ne serait-il point cette variabilité originelle que le darwinisme laisse inexpliquée, cette permutation ou mutabillty dont Powell écrit qu'elle est la tendance originelle de la nature, « the original tendency in nature»? «Car la variabilité des choses est capable de toutes les formes entre lesquelles varient les choses variables ^)) C'est cette vérité que saint Augustin nous raconte avoir demandée à Dieu, « suant etsoufflant-», et avoir obtenue de lui. « N'est-ce pas toi-même, ô Dieu, qui me Tas enseignée^?» Que son interprétation divinement inspirée du texte mosaïque soit différente de celle qu'on accepte communément, peu lui importe. Le texte s'adapte aux intelligences humaines : il y a plusieurs sens acceptables, et Ton peut prendre l'un ou
1. Mutabilitas enim rerum mutabilîum ipse capax est formarumomniuminquasmutanturresmutabiles.Con'.jXU, vi,6.