OBSERVATION I
Pleurésie rhumatismale prise pour une pleurésie tuberculeuse chez une malade ayant eu des crises de rhuma-
tisme articulaire aigu.
Mile X.., 26 ans, infirmière de l’Assitance Publique, à l'Hôpital Broussais, fut atteinte de rhumatisme articulaire aigu. Lors d’une récidive rhumatismale, en novembre 1935, elle fait une pleurésie latente, torpide, sans grand point de côté, avec une température qui ne dépasse pas 37°,8. Malgré la notion de rhumatisme articulaire aigu, l'existence d'une insuffisance mitrale qui est connue, le médecin pense
néanmoins à une pleurésie tuberculeuse et l'envoie au dis-
pensaire Léon-Bourgeois, aux fins de vérification et de traitement.
Nous sommes en présence d'une jeune femme amaigrie, blafarde, ayant été traitée par le salicylate de soude.
À l'examen du cœur, léger frémissement cataire, souffle systolique d'insuffisance mitrale.
Au niveau des poumons: matité de la base droite sur plus d'un travers de main, avec diminution de la respiration, sans souffle, ni pectoriloquie, ni égophonie.
À la radioscopie: image cardiaque globuleuse, augmentée de volume surtout aux dépens du cœur gauche. Ombre pleurale typique d’épanchement, remontant à plus de trois travers de doigt au-dessus du diaphragme, limite supérieure oblique du bord droit du cœur vers la paroi de l’aisselle. Le reste des champs pulmonaires est normal, une radiographie en confirme l'intégrité. Par l'interrogatoire, on apprend que peu de.temps avant cette pleurésie, cette infirmière a eu une dyspnée assez marquée, quelques crachats hémoptoïques, il est donc possible qu'elle ait fait, à ce moment-là, un infarctus pulmonaire. Ce liquide pleural étudié cytologiquement montre: à une première ponction, une formule mixte avec quelques polynucléaires, quelques placards et quelques lymphocytes. L'épanchement persistant, deux semaines plus tard, on fait une deuxième ponction exploratrice, qui, cette fois, montre une formule lymphocytaire prédominante.
C'est un fait bien connu que dans tout épanchement sérieux persistant, il y a une grosse augmentation de lymphocytes.
En tout cas, l’origine cardiaque fut prouvée par la disparition de la pleurésie sous l'effet d’un traitement digitalique à doses utiles, et aussi par l'intégrité absolue des
champs pulmonaires, vérifiée ultérieurement à plusieurs
reprises.
En effet, cette malade a été revue à plusieurs reprises à l'hôpital Laënnec, on n’a jamais retrouvé chez elle de traces cliniques ni radiologiques de l’épanchement pleural disparu sous l'effet du traitement toni-cardiaque. On n'a pas davantage constaté dans les mois suivants d’anomalie dans le parenchyme pulmonaire. Un dernier examen, tout récent, a permis de constater que l’état de son cœur était
parfait ainsi que l'intégrité du parenchyme pulmonaire.