VARIÉTÉS DES FRAISIERS
Quand nous consacrerions dix pages à décrire le fraisier, nous n'apprendrions rien d'utile à iios lecteurs. Nous nous bornerons donc à dire qu'il n'y a que deux espèces qui ont donné naissance, par la culture et Tètude, à plus de trois cents variétés qu'on distingue en fraisiers à'Europe ou remontants ou de tous les mois, produisant constamment des fleurs et des fruits, et en fraisiers non remontants tiq donnant des fruits que pendant le printemps.
Décrire toutes les variétés de fraisiers qui existent n'aurait pas plus d'utilité que de décrire le fraisier luimême. Toutefois, distinguons les deux groupes fraisiers remontants et fraisiers non remontants.
Fraisiers remontants. — Les fraisiers remontants se composent de quinze à vingt variétés, telles que le fraisier des Quatre-Saisons, le fraisier à fruits rouges ou blancs, 1^ fraisier de Meudon et le buisson de Gail-* Ion ou fraisier sans filets.
Cette classe de fraisiers produit des fruits parfumés, mais malheureusement si petits, si chétifs, si rares, que la culture ne peut en être faite qiî'à titre de curiosité*; c'est à peine si un mètre carré de terrain planté de ces variétés donne 500 gr. de fraises pendant
toute une saison, et si petites, si ennuyeuses à cueillir, qu'on les abandonne volontiers à qui veut se charger de la cueillette. Ajoutez à cela qu'elles ont beaucoup de graines, ce qui les fait croquer sous la dent comme si Ton mangeait du sable : inconvénient qui les a fait bannir de la table* des amateurs.
Il y a aujourd'hui, dans la culture, de ces variétés très-remarquables comme produit et comme qualité. Ainsi nous citerons la Reine d'Argenteuil^ le Perpétuel (TArgenieuil qui ont de la chair et de Teau, et dont le poids dépasse quelquefois cinq grammes. La Belle-- Gaufrée est également un bon fraisier. Le Buisson rouge d'Argehteuil est très-productif ; il est de beaucoup préférable au buisson de Gaillon.
Fraisiers no^ remontants, — Cette espèce se compose de plus de trois cents variétés diverses, dont la plupart nous viennent d'Angleterre ou d'Amérique. Il y en a qui donnent des fruits énormes et nombreux, de telle sorte que certaines touffes produisent plus d'un kilo de fruits.
Les fraisiers rron remontants forment cinq classes : les ètoiUs ou craquelins; les càproniers; les écartâtes; les ananas ; les chiliens.
Les étoiles et càproniers ne sont presque plus cultivés en raison du peu de produit qu'ils donnent. Lés écarlates et les ananas qui produisaient les plus gros fruits, il y a quelques années, sont dépassés aujourd'hui par les hybridations et les chi-
liens perfectionnés par les semis. C'est surtout de ces derniers, croisés avec les précédents, qu'on a obtenu des fruits monstrueux qui pèsent jusqu'à 70 grammes.
Chaque jour, le nombre des hybridations et des gains de'semis augmente; il n'y a pas à douter qu'avant peu de temps on aura dépassé encore ces limites. La fraise des bois et celle des Quatre- Saisons sont oubliées, bien qu'elles aient un parfum que les grosses variétés n'ont, pas encore atteint ; mais les nouvelles fraises ont une si grande, supériorité sur les petftes, sous le rapport de la fraîcheur, de l'abondance du suc, de la beauté de la chair, de la forme, du coloris, de la saveur, de la succulence, que, quand on a mangé une seule fois de ces belles fraises, on ne désire plus jamais goûter à celle des boig et des Ouatre- Saisons.
Parmi ces centaines de variétés, l'amateur doit choisir les plus fertiles, les plus robustes, les plus belles, les plus vigoureuses, celles qui s'accommodent de tous les terrains et qui produisent les plus beaux fruits et les meilleurs.
Les bonnes variétés cultivées sont si rares, les mauvaises tellement répandues qu'on s'exposeraità passer pour un sot, un ignorant, si, dans les campagnes, on parlait du fraisier comme d'une plante productive. Il n'y a pas un propriétaire qui sache tirer un bon parti de cette plante, qui prenne au sérieux la culture du fraisier qu'il ne considère que comme une
curiosité ou un accident. Cependant il est démontré que \\>n peut en retirer des bénéfices considérables, indépendamment des jouissances qu'il procure aux amateurs par ses excellents fruits.
DU SOL CONVENABLE AUX FRÀlSUSaS
Si l'on nous demandait dans quel sol le fraisier végète le mieux, nous serions fort embarrassé pour répondre; mais, si Ton nous demandait dans quel sol il ne peut croître, nous le serions bien davantage. Cependant, il y a des variétés qui iie réussissent pas dans certains sols, tandis qu'elles don* nent des produits abondants et d'excellente qualité dans d'autres : c'est ce que la pratique seule peut apprendre.
Le fraisier croît partout, à toutes les expositions, dans tous les sols. Cependant les fruits sont plus pai^fumés, plus délicats, dans les sols calcaires, sablonneux et légers.
L'exposition du midi diminue la quantité, notais elle augmente la qualité ; celle du nord augmente la quantité, jnais elle diminue la qualité.