DU CHOIX DES VARIÉTÉS A CULTIVER
La prunelle est à la reine-claude, la poire sauvage est au beurré, la pomme à cidre est au calville, la cerise sauvage est à la cerise anglaise, le obarâon est
à Tartichaut, Tache est au céleri, la chicorée sauvage est à la chicorée frisée, ce.que sont lés anciennes variétés de fraisiers aux nouvelles.
Oue dirait-on de celui qui planterait un prunellier, un pommier à cidre, un poirier sauvage, un cerisier de Sainte-Lucie, un chardon, une ache, de la chicorée sauvage, dans l'espoir de récolter de la reineclâude, du calville, du beurré, de la cerise anglaise, de Fartichaut, du céleri, de la chicorée frisée? Le plus ignorant en hausserait les épaules.
Cependant^ tous les jours, dans tous les jardins on rencontre de la fraise sauvage et dégénérée, ce qui est pis, puisqu'elle produit un fruit encore plus rare et moins bon.
D'où vient donc que l'on cultive tant de mauvaises variétés improductives quand il y en a tant de bonnes dont le produit est dix fois plus élevé? De l'ignorance, de la routine et de Téconomie, pour ne pas dire plus. On plante une mauvaise variété parce qu'elle ne coûte rien. Cependant, il suffit d'un calcul bien sitnple pour établir qu'une mauvaise variété qui ne coûte rien, coûte beaucoup plus qu'une bonne qu'on achèterait 25 et même 50 centimes le pied. -
En efTet, qu'est-ce que le prix d'achat de cent pieds de fraisier, alors même qu'ils coûteraient 50 francs, quand on peut s'en procurer des milliers par la multiplication des filets? D'ailleurs, ne peut-on pour cette somme en avoir dix et même vingt variétés ? On a le choix et le moyen de les reproduire à l'infini
et de réduire ainsi le prix de revient presque à . zéro.
Plantez donc de bonnes variétés, et 'si vous êtes embarrassé pour les choisir, rapportez-vous-en à un horticulteur spécialiste. Il vous fera, en toute circonstance, un choix bien supérieur à celui que vous feriez vous-même, si vous lui laissez toute latitude ; car il cultive de préférence les bonnes, n'ayant pas d'intérêt à cultiver les médiocres ou les mauvaises,
PLANTATION -
Le fraisier se plante à l'automne et au printemps. A la rigueur, on peut le planter toute Tannée, avec un peu de soin : des g^rrosages en été et des couvertures en hiver.
La plantation d'automne a un grand avantage sur celle du printemps; parce que le plant, végétant et s'enracinant pendant Tarrière- saison, peut donner une récolte dés Tannée suivante : on gagne donc près d'un an en plantant à cette époque. D'autre part, le succès de la plantation est plus certain, surtout dans les terrains secs et légers et aux expositions chaudes. Cependant, dans les terres humides et froides, il est préférable d'attendre au printemps.
Pour que le fraisier donne de beaux produits, il faut le planter dans une terre bien préparée, à la distance de 35 centimètres en tous sens, pour les petites 'variétés; à 45 pour les moyennes, et à 50 pour les
grosses. On trace des planches d'un mètre, et on y plante deux rangs des grosses variétés et trois des petites.
La plantation se.&it à Taide du plantoir, comme celle des salades, choux et autres légumes, et on arrose immédiatement,, gtielgue temps qu'il fasse. Mais les horticulteurs soigneux emploient le déplantoir (fig. 21), et disposent le plant de manière à appuyer de la terre sur la racine qu'on incline ,à cet efifet (fig. 22).
Cette disposition empêche les gelées de pig. 21. soulever le plant, et le fixe plus solidement au
sol. La reprfôe est plus prompte et plus sûre.
LES FRAISKS 83^
MULTIPIilGATION Dtj FBiOSIER
Le fraisier ee multiplie de trois oianièi^eB : par éclats des vieux pieds, par les filets et par semis.
Les deux premiers moyens sont les seuls qui re* produisent exactement les ' caractères de la variété. Le semis n'offre que des variétés iocertainas et qu'il faut étudier, ce qui u'estque du ressort de ramateur ou de l'homme spécial, du fragaricuUewr,
Que ce soient des éclats de vieux pieds ou des jeunes filets qu'on emploie à la multiplication, on les plante sur un seul rang au milieu d'une planche d'uû mètre de large* Ou siq)rime les fleurs et on laisse pousser les coui^ts, qui produiseût le plant nécessaire aux pouvelles pkuitations»
ou PAItiLIS
Aussitôt les fraisiers nettoyés, binés çt sarclés au mois de mars, ou doit, s'occuper du ^aiilu ou paiU loge.
Le meilleur paillis est celui qui est fait avec' de 1^ litière bien secouée et brisée ou avec dô la paille courte.
Ou peut également employer le marc de raisin 6t le tan qui a déjà servi; mais il faut qu'ils aient passé au moins une année en tas : c'est, malgré cela, un inédiocre paillis sous tous les rapporte.
84 LES FrtAISES
Le paillis est destiné à empêcher que les fraises se salissent et à maintenir la fraîcheur des arrosages; mais il faut bien se garder d^employer des matières qui attirent les insectes, telles que le fumier frais, la mousse ou le foin gâté, et surtout les herbes venuesà graine.
Pour que le paillis soit bien fait, il faut qu'il recouvre tout le sol, de manière que les fraises ne puissent toucher à la terre et les pluies d'orage éclabousser les fruits.
L'épaisseur du paillis peut varier de 1 à 2 centimètres. Si on emploie du tan, il faut à la fin de la saison le relever avec le dos du râteau ou en frire de petits tas avec la ratissoire et l'enlever; car il est toujours dangereux de l'enterrer tant qu'il n'est pas réduit en terreau: au lieu de servir d'engrais, il frapperait le terrain de stérilité.
Généralement on se sert de mauvais paillis, de litière fraîche ou de la paille; voici le moyen de s'en procurer du bon.
On étend sur le sol du fumier long de cheval,' sur . une épaisseur de 30 à 40 centimètres; on piétine et on mouille. On recommence une seconde couche qu'on traite de même, puis une troisième et ainsi de suite. Le fumier s'échauffe , et huit jours après on démonte le tas et on le rétablit à côté en mettant au bas la couche supérieure et, au milieu ou au dedans, le fumier qui était ^u dehors oii à Tentour. On continue à mouiller un peu «t à piétin^ .
comme la première foi?. Huit jours après on recommence, etlepaillis est bon à être employé. Dans le éas contraire, on lui fait subir un nouveau remaniage.
ENTRETIEN DES ' FRAISIERS APRÈS LAl PLANTATION
Le fraisier planté, on doit le surveiller toute Tannée. Il faut d'abord supprimer impitoyablement toutes les fleurs gui se montrent dans les plantations faites après le 10 mars, sous peine de compromettre la récolte de Tannée suivante.
Pour toutes les plantations, qu'elles soient faites à Tautomne ou au printemps, il faut enlever tous les coulants, une fois par semaine ; car, si on lès laissait s'enraciner, toute la sève s*y porterait et, Tannée suivante, le pied appauvri ou mourant ne produirait rien et les filets peu de chose : en un mot la récojte serait nulle.
La suppression des coulants et filets est donp de preniière nécessité. — Il n'y a pas de récolte là où il y a des coulants, carie fraisier cherche plutôt à se reproduire qu'à fructifier.
On doit entretenir constamment propres les fraisiers ^n leur donnant des sarclages et des binages au moins une fois par mois, pendant la belle saison ; mais tant que dure la récolte, et à partir du jour où le |)aillis est appliqué, oiî se borne à esherber à la . main.
86 LES FBAISES
Les binages doivent être fréquents, mais légers, pojir ne pas blesser les racines .quf partent du collet de la plante. On les exécute avec la ratissoire en en- ^ tamant la terre d'un centimètre seulement, et même moins s'il est possible. Pour ne pas déranger le paillis , on glisse la binette en dessous sans déplacer la terre qu'on soulève seulement.
Dans les terres fortes et* dures on pourra, pour ameublir la surface du sol, se servir d'une binette à trois dents qu'on nomme grlffCy et on termine par un coup de binette s'il y a des herbes.