‹ Les assemblées parlantesChapitre 13 sur 28 · SG · texte numérisé non relu

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11 faut avoir vieilli comme ce parlementaire dans le Parlementarisme pour discerner à ce point les nuances du langage qui lui appartient.

On doit à présent voir comment les éternels débats des Assemblées légiférantes, les attaques sans cesse renouvelées, argutieuses et captieuses, par les oppositions, les interpellations sans fin, dont les cabinets sont l'objet, les clichés dérisoires qui servent à ceux-ci de réponses, les intrigues, les rivalités, les agitations vaines, les emportements scandaleux, les tumultes puérils dont les Chambres sont le siège ne sauraient manquer en peu de temps d'amener ce qui se produit en effet : la fatigue et le dégoût de l'opinion publique, Ténervement, l'indifférence. L'auteur auquel nous devons l'histoire parlementaire, tâche ingrate s'il en fut et labeur méritant, des dix ans qui suivirent la Révolution de 1830, a fait dans son ouvrage, au sujet de l'émotion violente que souleva, en 1831, le désastre de la Pologne, une remarque pleine d'enseignement : « Il n'avait fallu qu'une semaine, ajoute-t-il en achevant le récit des débats tumultueux dont cette crise fut accompagnée, pour faire succéder là fatigue à Fexaltaiion, et dans le Parlement et au dehors ».

On ne saurait mieux rendre sensible l'influence énervante des luttes interminables qui occupent les sessions de nos Chambres.

L'institution parlementaire, cette dépravation byzantine de l'esprit de liberté à une époque où tout n'est plus que byzantinisme, peut se prendre comme la forme de décomposition sociale qui est entre toutes efficace pour user en peu de temps et tuer chez les Nations le véritable esprit de civisme et de liberté.

Notre tâche seroit infinie s'il nous fallait passer au

crible toutes les contradictions du Parlementarisme. Nous touchons en ce moment à une des étrangetés les plus bizarres que renferme en elle-même la donnée du régime et que l'application en dégage.

« Silence aux trente voix ! » s'écriait Mirabeau en 1789. Ces trente voix de la première Constituante pratiquaient déjà, bien avant que le mot fût trouvé, ce qu'on appelle aujourd'hui Y obstructionnisme. Il ne faut en effet que deux douzaines de malveillants bien ligués dans un parti-pris, qui auront renié sans vergogne toute solidarité morale avec le Corps délibérant dans lequel ils se trouvent encadrés, pour rendre impossible les travaux d'une Assemblée représentative, y provoquer sans fin ni cesse les plus pitoyables désordres, la faire tomber dans le ridicule et la noyer dans le discrédit.

Une poignée de factieux peut ainsi faire échec à toute une nation.

C'est le procédé que nous avons vu expérimenter en Angleterre, en France, un peu partout où il existe des majorités gouvernantes et des factions réduites à l'ém* ploi des derniers moyens.

Trois sortes d'artifices peuvent faire cette obstruction de la voie parlementaire.

Elle s'obtient soit par abstention, soit par abus du droit de parler, ou enfin par tumulte.

Le premier de ces moyens est le plus ordinaire. Nous ne tarderons pas à en voir un exemple des plus remarquables en parlant de la Chambre hellénique.

Le deuxième a été employé tout dernièrement en Angleterre^ à la Chambre des communes, par les home rulers irlandais.

Le troisième, qui ne peut être appelé qu'un procédé de gaminerie, est celui qu'ont tenté de mettre en œuvre chez nous les bonapartistes du groupe de Y Appel att

Peuple. Ils auraient réussi peut-être sans la mort de leur prétendant f.

Voici comment s'est terminée la tentative bizarre des obstructionnistes d'Irlande. Nous citons, sans y rien changer, le compte rendu de cette séance, mémorable dans les fastes du Parlementarisme anglais et de tous les Parlementarismes :

Chambre des communes. Séance du 31 janvier 1881.

Le speaker. La proposition demandant l'autorisation de la Chambre à l'effet d'introduire un bill pour la protection des personnes et des biens en Irlande est maintenant en discussion depuis cinq jours. Cette, séance-ci a commencé lundi à 4 heures et nous voici à mercredi 9 heures du matin ; il y a donc 41 heures qu'elle dure. Nous avons eu à nous occuper de perpétuelles motions d'ajournement qui, évidemment, n'ont été appuyées que par l'infime minorité de l'Assemblée. Il s'est produit ainsi une crise qui exige l'énergique intervention de la Présidence et delà Chambre. (Applaudissements). Le règlement ordinaire a été impuissant à l'empêcher. La dignité, le caractère et V autorité de la Chambre des communes sont sérieusement menacés et il est nécessaire de les sauvegarder. Une nouvelle mesure s'impose impérieusement. Je suis convaincu que je ne saurais mieux répondre au vœu de l'Assemblée qu'en me refusant à accorder plus longtemps la parole aux membres. (Bruyants applaudissements.)

M. Mac CartUy se lève. (A l'ordre ! à l'ordre !)

Le speaker reste debout.

Les membres irlandais se lèvent en masse en criant : Le privilège 1 Avant tout le privilège dû aux membres de la Chambre !

Une agitation extraordinaire se produit. Le bruit domine toutes les paroles. Plusieurs membres irlandais essaient vainement de se faire écouter. Le tumulte est à son comble.

1. Tué par les affiliés zoulous de Y Internationale, le Ie* juin 1879, heureusement pour la République, pour la France et pour luimême.

Tout à coup M. Marc Carthy quitte sa place et part, suivi de toute la amputation irlandaise (35 députés), dont chaque membre en passant devant le Speaker, s'incline devant lui avec la plus grave solennité.

Il n'y a rien de bouffon, quand ils se mêlent de l'être, comme les Peuples qu'on appelle graves.

Les opposants ayant ainsi quitté le terrain de la lutte, M. Gladstone fît savoir aussitôt à la Chambre qu'il allait présenter sans retard un projet de modification au règlement dont le résultat devait être en définitive d'étrangler à l'avenir les discussions sous le prétexte de motion d'urgence quand la majorité le voudrait. En vertu de cette disposition, qui a été admise, lorsqu'une motion qu'on présente a été une fois adoptée comme d'urgence, l'Assemblée passe de suite au vote sans en entendre davantage.

On peut voir que l'Obstructionnisme, en dépit de sa forme burlesque, est plus sérieux qu'il n'en a l'air. L'Obstructionnisme n'est ni plus ni moins, ainsi faut-il le prendre, que la réduction de la fausseté parlementaire au dernier terme de son absurdité. Car il met le Parlement en demeure ou de se déclarer de son aveu grotesquement absurde en acceptant la conséquence dérisoire de l'obstruction, ou de se renier lui-même en substituant, comme a dû le faire la Chambre des communes, au règlement en usage la loi d'une réglementation arbitraire en désaccord avec son principe. En France, cela nous est égal; nous n'avons pas là-dessus de principes; nous n'avons pas l'esprit parlementaire. Nous avons si bien dans nos mœurs les traditions du Despotisme que l'intervention de l'arbitraire nous est un recours tout naturel. Il ne nous semble si exorbitant de voir pénétrer les gendarmes dans le Sanctuaire des Lois pour y prendre au collet les législateurs. Le Parlementarisme n'est donc

chez nous depuis longtemps, depuis toujours, qu'une comédie.M ais les Anglais le prennent au sérieux. Aussi n'en sont-ils arrivés qu'avec la dernière répugnance à cette extrémité, qui est vraiment le suicide des institutions, de supprimer avec l'obstruction l'inviolabilité du droit parlementaire, ce qu'ils nomment c le privilège dû aux membres de la Chambre ». Que devient en effet ce droit si chacun des membres qui composent le Parlement, responsable envers ceux qui l'y ont envoyé, n'a pas la liberté pleine et entière de plaider comme il l'entend, par les moyens qui lui paraissent convenir le mieux pour le bien de sa cause, autant qu'il le juge à propos et aussi longtemps, les intérêts de ses commettants ? Tel est le vrai Parlementarisme. L'Obstruction, en venant démontrer que l'idée en est extravagante, a coupé l'arbre par la racine. Voilà' dans son intégrité, dans sa sincérité, ce qu'ont senti parfaitement, — si ceux qui se réunissent au Palais-Bourbon sont incapables de l'entendre, — les députés de Westminter's Hall.

Nous avons indiqué précédemment, d'une manière générale, comment il se fait que le régime parlementaire crée en définitive l'état de choses qui depuis longtemps est sous nos yeux : le règne du petit esprit et la puissance des impuissants. Nous avons aperçu la double cause de ce résultat dans le mécanisme de l'élection qui donne naissance aux Assemblées ainsi que dans celui qui préside, quand elles sont élues, à leur constitution. Gela est forcé. La loi du Parlementarisme, en même temps que du régime électoral qui en est le fondement, se réduit, sans plus de quintessence, au pouvoir matériel du nombre. Or le nombre, dans les Assemblées comme dans le pays qui les nomme, est formé pour les neuf dixièmes d'individus médiocres d'intelligence et de science, encore plus de caractère et de moralité. Il ne

faudrait rien moins, pour qu'il en pût être autrement, qu'une méthode de triage qui n'a aucun rapport aveo le vote populaire tel qu'il est consacré par nos institutions. Jusque-là les majorités se composent forcément d'imbéciles. Les représentants de la Nation, qui sont pour la plupart les premiers venus, ne représentent à vrai dire que la médiocrité qui est en eux et qui les nomme ; c'est la médiocrité en permanence que leurs décisions exprimeront ; leur règne est la médiocratie.

Un homme illustre, qui avait assez pratiqué les Assemblées parlementaires, nous parlons de Lamartine, Ta du reste dit avant nous : « De ces médiocrités choisies par des médiocrités, on ne peut rien attendre et c'est pour cela sans doute qu'on est si mal gouverné. »

Ce règne de la médiocrité remonte à l'origine de nos Assemblées. On se rappelle, dans la Convention de 1793, ces députés de la Plaine, ces anonymes qui, enveloppés dans leur prudence ou accroupis dans leur lâcheté, — pour emprunter le tableau que trace d'eux un historien connu, — firent invariablement l'appoint de toutes les majorités meurtrières, pourvoyeurs de la guillotine, en frappant les partis vaincus. Au milieu des luttes convulsives où se débattait la Patrie, des cris rauques et confus annonçaient seuls leur existence, d'où le nom flétrissant qu'ils reçurent de crapauds du marais. Protégés jusqu'au bout, comme les grenouilles se cachent dans la vase, par le fait même du mépris qui les couvrait, ils se retrouvèrent debout sur la Révolution quand elle eut été abattue.

« C'est à vous, s'écriait désespérément Robespierre, haletant sous les morsures des loups-cerviers de Thermidor, c'est à vous que je m'adresse, hommes vertueux dé la Plaine! » L'adjuration ne leur était pas une nouveauté. La destinée de ces neutres, mal d'accord avec

la valeur de leurs individualités, fut effectivement de prononcer en arbitres souverains et tremblants dans ces joutes formidables qui avaient pour enjeu le salut de la France et des peuples. Les aigles et les condors luttaient ; les batraciens étaient juges du champ clos.

Il n'y a plus à présent d'aigles ni même de vautours. 11 y a toujours des batraciens. .

Le Créateur en a fcéui l'engeance.

Ils ont pullulé, foisonné; ils ont tout envahi, tout pris ; ils occupent tout, ils sont partout, arbitres souverains plus que jamais. Ils ont pendant trente ans et plus, ventres des Assemblées sous leurs noms ridicules de* juste-milieu, centre droit, centre gauche, répubii- N cains de raison, opportunistes, traîné la France dans leurs ornières. Ces gens-là sont les mêmes dont un homme d'Etat, nous ne nous rappelons plus lequel, a dit solennellement : «Que dans les Assemblées où les partis se font réciproquement équilibre, c'est avec les indécis que l'on constitue les Majorités. » Ces indécis, ces amphibies, ces hommes vertueux de la Plaine, ces crapauds du marais, sont aussi les mêmes qu'un ministre, suivant les traces de Robespierre, appelait ces temps derniers, en un style heureux, avec la pointe d'adulation commandée par leur importance : « Des hommes considérables qui ont la force de la modération. »

Voilà donc ce qui aujourd'hui, grâce au régime parlementaire, gouverne la Nation qui fut autrefois, énergique entre tous les peuples, l'incoercible France de Jemmapes et de Hohenlinden! Le dernier mot, l'accomplissement du Parlementarisme, c'est en définitive.., l'arbitrage souverain des crapauds !

Ce règne fatal du petit esprit, des petites passions, des petites intrigues est le mal intime des Parlements,

qui les ronge et qui les consume et dont ils finissent par mourir. C'est lui qui détermine chez ces corps épuisés, quand l'heure est arrivée de leur décomposition, Témiettement qu'ils présentent alors en factions, en coteries, en groupes et en sous-groupes à l'infini. Il nous a été donné de voir, ainsi que nous l'avons déjà dit, cette désagrégation, qui est leur mort naturelle.

Les effets en sont singuliers. Il arrive dans les conditions de fractionnement et d'impuissance où tombent les partis, que des vulgarités, dont on n'aurait jamais tenu compte, acquièrent en se rassemblant une importance, comme les roseaux de la fable, liés en paquets, prenaient de la force.

Une quinzaine d'insignifiances, qu'on n'admettrait pas dans le conseil du dernier Landerneau, décideront en arbitres, le poids du groupe qu'elles forment emportant la balance, des destinées de la Nation. Son avenir dépendra de la forme d'ébranlement, impossible à prévoir, que produiront dans leurs cervelles les questions qui le tiennent en suspens.

Un groupe Lavergne, un groupe Prax-Pâris, un groupe Target, douze ou quatorze nullités, prononceront sur le sort de trente-huit millions d'hommes. On verra des individus sans caractère, qui ne furent jamais notoires que par le terre-à-terre de leur médiocrité, devenir des personnages de première importance, tenir suspendue à leurs lèvres l'attention palpitante de la France et du monde. Des Ventavon, des Wallon feront en plein dix-neuvième siècle des Constitutions comme en firent Solon ou Minos.

« Veder Napoli et pot morir ! » — Quand on a vu ces choses-là, on peut bien dire qu'on a vécu !

Nous rappellerons ici, avant de passer outre, quelques chiffres assez curieux. Ils nous dispenseront d'une

plus longue exposition, ce qui sera autant de gagné pour le lecteur et pour nous-méme.

La République fut votée par l'Assemblée rurale à 1 voix de majorité ;

La Constitution de 1875, à 14 voix (celles du groupe Target) ;

Le scrutin de liste fut adopté par la Chambre des 363 à 8 voix de majorité ;

Et les élections générales de 1881 furent fixées au 21 août, par 14 voix, (qui n'étaient plus, évidemment, le groupe Target).

Nous pourrions, en remontant plus haut, multiplier les exemples. Ceux-ci nous paraissent suffisants. Voilà comment les Corps parlementaires disposent en arbitres souverains de la destinée des Peuples. Peut-on rien concevoir de plus fou?

Ainsi le résultat obtenu par l'instrument parlementaire est précisément l'opposé de ce que demandait Garlyle : t Si nous connaissions, disait-il, les meilleurs d'entre nous, l'ère des Révolutions serait à jamais fermée. » Or, la direction politique ne revient point ici aux meilleurs ni même aux énergiques, bons ou mauvais, qui imprimeraient du moins une impulsion. Elle se trouve livrée aux ganaches.

Quelque chose manquerait à ce tableau du Parlementarisme, si, après avoir critiqué par le détail les procédés que suivent les Chambres pour fonctionner pendant qu'elles vivent, nous ne touchions pas, avant de terminer, un mot de la façon dont elles meurent.

Qui a dit que tout finit mal et que penseront ceux qui le disent des Assemblées qui vont finir? Les membres des Législatures in extremis, après qu'elles ont tourné en cercle pendant tout le temps de leurs sessions, soulèvent alors le débat de lois populaires et de-

mandées auxquelles ils s'étaient bien gardés de songer auparavant; mais ils savent à présent fort bien que leurs propositions ne peuvent pas aboutir. Ou bien ils font assaut de projets d'intérêt local, dont quelques-uns ont du succès aux dépens du budget, tandis que la plupart ont seulement pour utilité de montrer aux électeurs quelles bonnes dispositions animent les députés qui redeviendront demain candidats. La Chambre des 363, si nos souvenirs sont fidèles, a offert dernièrement encore un scandaleux exemple de ce procédé parlementaire, qui peut être autrement appelé une pitrerie ; au point que les organes de la réaction n'ont pas manqué d'en avoir des nausées. Ainsi, sur trois années de Législature, on en passa une à se vérifier, à se connaître, à s'enrégimenter, une autre à préparer sa réélection. C'est l'histoire du pèlerin qui faisait trois pas en avant et deux en arrière. Beau moyen d'avancer la marche des affaires du Pays î

Voici une autre conséquence du remplacement des Assemblées par élection, car il ne s'agit plus ici de la dissolution, qui est pourtant leur fin la plus habituelle. Une Assemblée va cesser d'être et une autre est déjà nommée pour lui succéder. Le ministère qui a proposé de hâter les élections bénéficie de la situation qu'il a créée. Entre une ancienne Législature, qui est moralement morte, et une nouvelle, qui ne vit pas encore, il met à profit l'intérim pour agir à sa guise, engager le Pays dans une guerre ou toute autre aventure plus ou moins scabreuse. Il sait qu'il n'a pas de comptes à rendre, pas de contrôle à subir, et, au pis-aller, il espère qu'il sera dégagé par quelque événement imprévu. Voilà ce que nous avons éprouvé en 1881. On a donc ainsi ce spectacle affligeant autant que ridicule : celui de voir un Pays qui reste pendant de longues semaines sans Représentation avec deux Chambres pour le représenter.

g 18. — Nomenclature des Assemblées depuis 1789.

Voici la brève nomenclature des Assemblées électives qui nous ont gouvernés depuis 1789 :

1° Les Etats-Généraux.

La Constituante de 1789, transformation parlementaire des Etats-Généraux.

2° L'Assemblée législative de 1790.

3° La Convention nationale de 1792.

4° Le Conseil des Cinq-Cents et celui des Anciens en 1795, dissous par le 18 Brumaire.

Nous ne mentionnerons que pour mémoire les simili- Parlements du Consulat et de l'Empire, qui sont :

Le Sénat, Tribunat et Corps législatif de Tan VIII, nommés, les deux premiers par les consuls, le troisième par les sénateurs; mouvement politique renversé ;

Le Sénat et le Corps législatif impériaux, à partir de 1804.

5° La Chambre des députés de 1814, qui n'était autre que le ci-devant Corps législatif de l'Empire,

6° La Chambre des représentants de 1815, pendant les Cent-Jours.

7° La Chambre ultra-royaliste de 1815, qui fut la Chambre introuvable.

8° La Ghambre ministérielle de 1816.

Cette Chambre, qui devait se renouveler par 'cinquièmes, finit par être dissoute le 25 décembre 1823.

9° La Chambre congréganiste de ■ 1824, dissoute en

10° La Chambre opposante de 1827, celle des 221, dissoute en 1830 et réélue f dissoute de nouveau en 1831, après avoir, au nom de la France qui ne lui avait pas décerné ce mandat, disposé de la couronne.

11° La Chambre satisfaite de 1831.

12° La Chambre de 1837, — l'opposition coalisée, — dissoute en 1839.

13° La Chambre antiministérielle de 1839, dissoute en 1842.

14° La Chambre ministérielle de 1842, qui devint la Chambre des pritchardistes, dissoute en 1846.

15° La Chambre gouvernementale de 1846, dissoute par la Révolution de Février.

16° La Constituante de 1848.

17° La Législative de 1849, dissoute par le coup d'Etat.

18° Le premier Corps législatif du deuxième Empire en 1852.

19° Le deuxième Corps législatif en 1856. Celui de l'opposition des Cinq.

20° Le troisième Corps législatif en 1863.

21° Le quatrième Corps législatif en 1869, — ce fut l'Empire libéral, — dissous par la Révolution du 4 septembre.

22° La Constituante de 1871, dite autrement Y Assemblée rurale, incomparable dans Phistoire, dissoute en

. 23° La Législative de 1876 ; Chambre des 363, dissoute en 1877 et réélue.

24° La Législative de 1881.

En résumé :

4 Assemblées depuis le début de la Révolution jusqu'à la fin du dernier siècle ;

3 sous Je Consulat et l'Empire ;

5 sous la deuxième Restauration ;

6 sous le régime de Juillet ;

2 sous la deuxième République ; ; 4'setts lé' deuxième Einpia* ; ] ' 3%&ttfc'ï$ ttfïièifentg R^Mique; À«**$taJ $R législature* en 93 ans.

Ce qui fait pour chacune d'elles une durée moyenne d'environ 3 ans 1/2.

Sur ces 27 législatures 13 ont été dissoutes, sans compter la présente.

C'est une opinion généralement répandue qu'il est surprenant, nous allions dire scandaleux, de voir finir une Assemblée par la dissolution. Il n'en est rien. La liste qui précède témoigne au contraire que telle a été la fin la plus fréquente des Parlements — au moins 13 fois sur 20 dans leurs conditions normales. Le Parlementarisme s'effondre de lui-même par l'action d'une force majeure quand il n'a pas pour l'arcbouter son antithèse, le Despotisme. Preuve certaine et palpable qu'il est, par son essence, antinomique, ce qui en bon français veut dire faux.

Ce Parlementarisme, qui est sans cesse remis sur. pied et toujours renversé, nous rappelle l' historiette du soldat Spartiate qui prétendait faire tenir debout un cadavre. Celui-ci retombait toujours, t Décidément il ne tiendra jamais ! finit par dire l'homme de Sparte; il y a là-dessous quelque chose. »

Nos politiques ont l'esprit moins pénétrant que cet ivrogne.

Il est vrai que nous n'avons encore vu se succéder que deux douzaines de Législatures. Quand nous en aurons eu soixante ou quatre-vingts, nous en viendrons peutrêtre, nous aussi, à soupçonner que si le système ne veut pas tenir, « c'est qu'il y a là-dessous quelque chose ».

Tout est du reste dans l'énumération précédente instructif au plus haut degré : les dates, l'irrégulière fréquence des Législatures, qui ne paraissent avoir fonctionné, comme nous l'observions tout à l'heure, avec quelque suite, que sous la poigne du Despotisme ; le contraste entre les dispositions qui leur sont propres et

l'explosion des événements ; les' qualificatifs qui les désignent, car les Assemblées gouvernantes ont, comme les empereurs et les rois, leurs sobriquets... La simple lecture de cette liste nous dit avec une éloquence qui dispense de tout commentaire l'état d'extrême désordre dans lequel nous nous agitons depuis l'époque où les institutions d'un système gouvernemental qui se dit perfectionné ont décidément prévalu. Quel torrent de phraséologie. Que d'efforts perdus en pure perte! Et même quelle somme de vrais talents, qui auraient pu s'employer mieux, mal mis en œuvre, mal dépensés !

Que sont devenus, à l'heure qu'il est, tous ces importants personnages, qui, montés tour à tour sur la scène politique, régnèrent un jour sur l'Opinion et parurent tenir dans leurs mains l'avenir discuté du Pays? Ce serait déjà une tâche laborieuse, que de dresser le simple catalogue de tant de noms illustres ou notoires : M. Laîné, M. Ferrand, le constitutionnel Lafayette, M. Raynôuard, l'ingénieux Benjamin Constant, le grave Royer-Collard, le profond Maine de Biran, M. Méchin le perturbateur, M. Ravez, l'imposant général Foy, l'irritant Manuel, le rigide Voyer d'Argenson, M. Decazes, M. de Peyronnet, l'appliqué M. de Villèle, l'impétueux Casimir Périer, M. Laffitte, les deux Dupin, M. de Kératry, le sérieux Duvergier de Hauranne, l'austère Salverte, le civique Pages (de l'Ariège), l'âpre Maiiguin, le bilieux Persil, le quinteux Mole, le doctrinaire duc de Brogiie, le solçnnel Guizot et le sémillant Thiers, le populaire Lamarque, culotte de peau lugubre, Dupont (de l'Eure), Martin (du Nord), les frères Garnier-Pagès, M. Barthe,le trop fameux Teste, le libéral Rémusat, le turbulent Jaubert, le correct Odilon-Barrot, Bérenger (de l'Institut), le mélodieux Lamartine, Montalembert, l'éloquent Berryer, l'entraînant Ledru-Rollin, le bourru Dufaure, de Tocqueville, Bûchez, Armand Marrast,

Crémieux, Boulay (de la Meurthe), le paissant Michel (de Bourges), Billaud, Baroche, l'académique Jules Pavre; — nous ne rappellerons pas les étoiles de deuxième grandeur, types incarnés et secondaires du Parlementarisme, chevilles ouvrières du système, rapporteurs attitrés des Commissions et des Bureaux, élaborateurs-nés des lois : les Larabit, Chauveau-Lagarde, Taschereau, Benott-d'Azy, Quentin-Bauchard, Eschassériaux, Havin, Giraud-Teulon , Bixio, Hovyn-Tranchère, Roger-Marvaise et autres Charamaule dont le détail 'serait trop long... Quel obituaire I

Qu'est-ce que nous ont laissé en somme, après cette longue dépense de temps et d'éloquence tous ces oracles de la Tribune? La vie d'un centenaire ne suffirait pas à parcourir les kilomètres de discours dont ils ont rempli les colonnes de l'officielle typographie. Et lorsqu'on serait au bout de cette énorme lecture, quel bénéfice en retirerait-on? Où est le problème qu'ils ont résolument creusé ? Où sont les solutions qù*ils ont su dégager ? Ils ont passé trois quarts de siècle à tourner autour des questions jusqu'à ce qu'elles finissent, à bout de désuétude, par tomber d'elles-mêmes comme les murailles de Jéricho ! n'ayant pas de principes*, pas d'idées, n'essayant même pas d'en avoir, ils ne pouvaient évidemment faire autre chose sinon de les agiter en vain au point de vue des partis et de leurs passions et des compétitions des classes. Nous en sommes encore aujourd'hui à reprendre dans le détail, travestis par la sophistique dont ils nous ont imbus, les précédents posés avec la droiture du bon sens, au début de la Révolution, par nos trois premières Assemblées.

Il se trouve en définitive que tous ces bourgeois solennels ont consacré leur activité à faire un travail d'écureuils. Qu'est-ce qui est resté d'eux? leurs noms mêmes, qui furent des drapeaux pour leurs contempo-

rains, sont aujourd'hui à peine connus des générations qui les suivent. Qui parle de M. Mauguin et qui se souvient de M. Laîné ? Ces trois ou quatre couches d'importants personnages dorment à présent dans l'oubli où leurs pâles successeurs seront ensevelis demain.

On se demande involontairement : si tous ces virtuoses de la parole, qui passèrent leur vie à parler, l'avaient passée à se taire, en serions-nous, à l'heure qu'il est, moins avancés d'une semelle? Nous ne résoudrons pas la question ; c'est assez qu'elle puisse se poser.

§ 19. — Conclusion. — Impuissance commune du Pouvoir législatif et de l'exécutif dans le système parlementaire. — Exemples de l'incohérence et de l'absurdité du régime. — La Chambre hellénique de 1875. — L'Assemblée rurale.

Ainsi donc et pour conclusion :

Les deux pouvoirs qui constituent le Parlementarisme, l'exécutif non moins que le législatif, en arrivent au même résultat de contradiction, d'impuissance, d'anarchie stagnante. Le tout procédant de la même source, venant du même principe de désordre, suit de nécessité la même pente pour aller se perdre dans le gâchis.

Nous ne disons rien de la menace des révolutions perpétuellement suspendue sur le pouvoir' régnant et sur la Société. L'impuissance et les divisions des Assemblées parlementaires, en fatiguant l'esprit public, préparent le succès des coups de main, militaires ou démagogiques. Dans ce mécanisme basculant, le jeu de bascule poussé trop loin tourne en culbute ; la chute du ministère entraîne avec elle le régime. Alors tout est remis en question. « On entre dans une ère nouvelle », ce qui mènera en se répétant au désastre absolu. On

sera ballotté de l'Anarchie au Despotisme; la bascule pratiquée en grand.

Le tempérament d'une Nation, si robuste qu'on veuille le dire, ne saurait longtemps résister à ces perturbations sans fin. Il en arrive à l'épuisement, à ces conditions générales de dissolution dont les Sociétés triturées par l'action un peu prolongée du régime qu'on appelle constitutionnel nous donnent aujourd'hui le spectacle.

Un tableau copié sur le vif condensera et rendra sensible tout ce que nous pouvons dire mieux que ne ferait aucun résumé. On examine dans le champ restreint du microscope les curiosités de la Nature. Nous allons montrer de cette manière le Parlementarisme, amplifié dans ses traits caractéristiques, grossi dans ses détails, d'autant qu'il est plus limité dans ses proportions matérielles. C'est le monde politique d'aujourd'hui qui se réfléchit dans une goutte d'eau.

Nous nous souvenons d'avoir lu dans le mieux informé des journaux qui se publient en langue française les deux passages que nous allons citer. Nous ne pouvons trop les recommandera l'attention de nos lecteurs. Tous les mots portent.

La Chambre hellénique n'a pu siéger depuis le mois de décembre faute de réunir' le nombre de membres prescrit par la Constitution. Si une nouvelle session s'ouvre au mois de mars, l'opposition, quelque désunie qu'elle soit par sa rivalité et ses intérêts, usera de la môme tactique. Le ministère Bulgaris gouverne sans budget et sans impôts légalement votés1. Une telle situation met le pouvoir dans l'alternative ou de recourir à une nouvelle dissolution, qui risque d'aboutir au môme résultat négatif, ou de modifier la

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