VUE SYNOPTIQUE
Argument de fait et décisif contre le Parlementarisme.
Un argument d'expérience qui est terrible contre le régime parlementaire, c'est que les Peuples puissent de temps en temps le mettre en balance avec le Despotisme et donner à ce dernier la préférence. A cela on pourra nous répondre que l'âme des Peuples est dans leur ventre, que leur acclamation ne justifie point le Despotisme; que le choix du Despotisme condamne au contraire et flétrit la Nation qui l'acclame; qu'il est toujours suivi pour elle d'une expiation méritée... A la bonne heure I Mais il ne s'agit point ici d'une apologie théorique du Despotisme. Nous avons conservé de celui que nous ont forcé de subir nos suffragants compatriotes un souvenir assez amer pour n'être pas suspect à ce sujet de faveur ni de concession. Il n'est question que d'un fait d'expérience.
Or il est de fait et d'expérience que les Peuples, qui ne jugent jamais au point de vue de la conscience morale ni de la théorie, sont amenés de temps en temps à préférer ce qu'il y a de plus vil, de plus lâche et de moins sûr, c'est-à-dire le Despotisme, au désordre parlementaire. C'est là, nous le répétons, un terrible argument pratique contre le Parlementarisme.
On peut dire à la fois du Parlementarisme et du Des-
potisme : il faut que chacun des deux régimes soit une chose bien détestable pour que le système antagoniste lui soit de temps en temps préféré.
Nous avons déjà vu que le régime parlementaire ne saurait être, en raison de sa nature, qu'un dissolvant,, ce qui veut dire un instrument révolutionnaire ; seulement, comme il est de même, de par sa nature, inconscient, irrationnel, sans intelligence ni vigueur, il en résulte que l'instrument ne vaut rien. La Révolution se fait donc mal et les velléités de réforme ne peuvent que se traîner piteusement dans l'impuissance.
C'est cette impuissance éprouvée de génération en génération qui rejette les masses dans le Despotisme. Ce qui gène le plus les moutons dans leur moutonnière existence, c'est la domination des roquets turbulentsqui ne les laissent pas se nourrir en paix dans leurs pâturages habituels en passant tous les jours par les mêmes chemins. Que le boucher prenne de temps e» temps un des leurs dans le troupeau et qu'il en fasse des côtelettes, à la bonne heure ! cet accident ne irou^ blera pas la quiétude de ceux qui survivent; ils continueront aussi bien de paître et de digérer. Il en est de même des hommes soumis aux incongruités d'un gouvernement capricieux. Ce que les intérêts veulent à tout prix, c'est la sécurité; ce qu'ils abhorrent par dessus toutes choses, c'est le désordre. Le massacre, nous l'avons vu, leur est assez indifférent.
« Qui nous donnera, disent alors les gens à tête de bois, dont la majorité est toujours imposante, qui nous donnera un Gouvernement qui s'affirme, une Autorité qui se fasse respecter, un Pouvoir fort ? » Qui, tout ce que nous avons, honneur et biens, à la merci du premier venul C'est insensé; nous ne l'avons que trop appris à nos dépens. Mais ce retour périodique au Despo-^ tisme n'en est pas moins, ainsi que nous le disions tout
à l'heure, l'argument de fait le plus fort qui puisse être allégué contre le régime parlementaire.
Au point de vue philosophique, nous avons dans cette oscillation des Peuples entre l'anarchie du régime parlementaire et le Despotisme qui alterne avec elle, les deux termes opposés d'une antinomie. Celle-ci indique logiquement une fausse position de la question. Elle appelle en même temps, par une nécessité non moins logique, une conciliation des deux termes, où viennent s'identifier d'une part le principe d'Autorité, que la Dictature exprime, et, d'autre part, celui de Liberté, auquel répond, à sa façon, l'institution des Parlements. Cette synthèse est évidemment l'Organisation et l'existence de l'antinomie est la preuve manifeste que l'Organisation n'existe pas.
Cette raison sera d'un grand poids pour les esprits qui ont quelque teinture philosophique. Nous osoas même dire que, s'ils veulent y réfléchir impartialement, ils seront à nous aussitôt.
Du reste nous voyons la même antinomie se montrer sous une autre forme, les termes en étant simultanés au lieu d'être alternants, dans l'opposition consacrée du babélisme parlementaire et du pouvoir centralisé.
En dernier résumé, le Parlementarisme se montre, à tel point de vue qu'on l'envisage, dépourvu de base en théorie, faux en pratique et dangereux. Il est impuissant pour répondre au besoin des populations qui ont aujourd'hui le malheur de s'attarder dans le cercle sans issue de cette espèce de gouvernement, qui n'est qu'un procédé bâtard. Il ne produit comme résultat de son parlage vide qu'une agitation dissolvante et des effets perturbateurs. On ne peut même pas alléguer en sa laveur qu'il ait la valeur négative de l'impuissance; car
s'il ne peut évidemment rien faire pour le bien, il peut par contre beaucoup pour le mal. C'est un régime de pygmées, — Batrachomyomachia, — d'où rien ne peut sortir qui soit fort ni même avouable pour le bon sens. Il n'a pas dans l'Histoire une autre fonction que de dissoudre inconsciemment les organismes morts des Sociétés de Tâge primitif. Le Parlementarisme se présente à l'époque où nous sommes comme un moyen d'exploitation aux mains des parasites qui vivent sur les Nations; à tel point que, si on le prend par le côté économique, on peut dire qu'il n'est autre chose que la forme d'oppression, hypocrite et menteuse, qui correspond transiloirement à la domination des oligarques de la Finance. C'est ainsi qu'il concorde, chez les différentes Sociétés, avec le moment historique de cette domination. Il n'a effectivement qu'une signification de passage. Le Parmentarisme, s'il pouvait durer, serait certainement la mort des Peuples. Il ne saurait, tournant sur place, qu'amener leur épuisement graduel, leur abaissement, leur extinction dans l'impuissance et dans la honte.
Les affirmations qui précèdent ont été au cours de cette Etude matériellement vérifiées. Elles sont établies à la fois sur la logique et sur les faits. On peut mettre au défi de les nier.
Le procédé parlementaire y trouve par conséquent sa condamnation péremptoire.
Nous croyons cette condamnation si parfaitement évidente que s'il résulte de notre Critique dans l'esprit de ceux qui se sont donné la peine de nous suivre une conviction, ce sera, nous en sommes persuadé, chez la plupart d'entre eux, qu'en réfutant, comme nous l'avons fait, le système parlementaire, nous n'avons pris une autre tâche que d'enfoncer une porte ouverte. Il est vrai qu'on ne s'en doutait pas auparavant. Mais il est
vrai par contre que le Parlementarisme ne se tient pas debout comme doctrine. C'est une prétention qui existe dans le domaine des faits, où elle ne produit, étant fausse, que des bouleversements sans lin ; elle n'a pas d'existence dans l'ordre des idées. Or, les idées ne sont rien par elles-mêmes et ne peuvent rien, nous ne sommes pas de ceux qui le méconnaissent; nous croyons que l'âme des Nations est, nous l'avons dit, dans leur ventre. Les idées valent si elles se placent dans la série des faits. Mais ce qu'on tente d'édifier contre elles manquera fatalement de base et tombera comme un château de cartes.
C'est ce qui ne peut manquer de se produire pour le régime parlementaire.
Nous nous rappelons avoir vu, dans un pays voisin de la France, une amusante caricature du Parlementarisme. Nous ne pouvons mieux rendre sensible ce que nous en avons dit au cours de cet ouvrage qu'en le terminant par ce cul-de-larîïpe. Le dessin représentait les six ministres montés sur les chevaux de bois d'un manège forain et tournant en cercle ; au bas était cette légende : Que de chemin ils ont fait depuis 1830 !