‹ Les assemblées parlantesChapitre 17 sur 28 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous avons achové cette Critique du gouvernement parlementaire. La conclusion finale que nous allons en dégager n'a rien qui puisse maintenant surprendre.

Nous concluons, évidemment, que le Parlementarisme, conception foncièrement bourgeoise, c'est-à-dire grotesquement fausse, idéal d'épiciers, expédient de passage inconscient, irrationnel dans sa donnée, exo-

tique dans son origine, incapable de s'adapter au génie: de la plupart des Peuples et surtout du nôtre, procédé platement empirique, ne produira jamais, comme il L'a fait jusqu'à présent, que le trouble sous toutes les formes et la dissolution croissante : au dedans le gâchis politique, dont il est le synonyme exact, et, dans Tordre des rapports économiques, l'iniquité et le désarroi; au dehors l'impuissance et la honte, dont nous avons pris l'habitude. Il gaspille d'année en année, par l'essentielle ineptie des errements qui lui appartiennent, le* incomparables ressources, matérielles et intellectuelles» que Ja France amoindrie par lui s'obstine malgré tout à produire. Il nous a rapidement amenés jusqu'au fond de la décrépitude, où nous n'avons que trop à craindre de finir un jour accroupis, ainsi que nous le sommes, dans notre ordure. Il nous a corrompus, dilués, abêtis-; il nous a exténués, il nous a aplatis comme une sandale usée. Il nous a quasi tués et il aura la fin de notre pitoyable existence pour peu que son règne se prolonge* Telle est donc notre conclusion : Le moment est venu d'en finir avec le Parlementarisme ou c'est lui qui nous achèvera.

Nous allons maintenant dire, en général, pour qu'on? ne nous adresse pas le reproche de n'être pas complet, quelle sera la pensée des lecteurs méritants qui auront bien voulu nous suivre jusqu'ici.

« Qu'il y ait en effet dans le régime de nos Institutions parlementaires, se diront-ils d'abord, des côtés défectueux, c'est ce qu'il ne paraît pas possible de méconnaître. Il se peut même que jusqu'à présent on ne les ait pas assez dénoncés. Une critique de ce système gouvernemental, si elle était mise au concours par une Académie et honnêtement faite, pourrait donc avoir à ce

point de vue quelque portée utile. Le mécanisme parlementaire a, semble-t-il, besoin d'être perfectionné» Mais sous la forme de mauvais goût qui lui est propre, avec ses boutades malsonnantes, humoristiques, déclamatoires, — passons sur ce détail, — le livre que noufr achevons enfin de lire nous présente une seule face des choses, qui en est l'envers. L'auteur, peu sympathique, paraît être de ceux qui sont nés pour les voir ainsi. Soi* ouvrage n'est qu'un plaidoyer ou un réquisitoire. Le Parlementarisme n'est pas irréprochable ; sans doute,, personne ne dit le contraire. Il y a même en lui, nous le voulons, des défectuosités qui, étant liées à son essence, ne sont pas susceptibles d'être parfaitement rectifiées. Mais on en pourra dire autant de tout ce qu'on voudra; il n'existe au monde rien de parfait; toute chose a ses inconvénients. »

« Et puis l'auteur, ajouteront-ils, attaque à fond, sans discrétion, tout ce qu'il nous est donné de concevoir comme étant la base nécessaire des institutions de liberté. Celles que se font gloire d'avoir acquises les Nations les plus avancées ne sont rien à ses yeux que désordre, gâchis, tohu-bohu, — pour parler son langage irrévérencieux de parti-pris. Que demande-t-il ? Où veut-il en venir? Est-ce un partisan déguisé du Gésarisme ou du Droit divin? un agent occulte de Bismarck? un soudoyé* de Pitt et Gobourg ? Nous l'entendons bien de temps en temps nous parler, en un style qui n'est celui de personne, d'Organisme, d'Organisation, de Gonstitution organique du Corps politique et social; mais qu'est-ce que cet état organique ? Il ne le dit pas. Tous les utopistes sont les mêmes. Critique aisée, art difficile. Celuici s'attache à détruire les bases du Parlementarisme ; nous ne savons toujours pas ce qui pourrait être mis à la place. »

Il y a ici deux fins de non recevoir, dont la première

— il* —

nous plaît par son esprit de pondération. Nous n'jr répondrons pas. Elle nous rappelle le cheval de Jocrisse :

« Il n'obéit pas bien à la main, parce qu'il a la bouche dure, ni à la voix, attendu qu'il est sourd ; mais comme il a sur les deux yeux des cataractes, il n'est pas ombrageux. Vous ferez bien de le soutenir dans les descentes, vu qu'il manque de jambes; mais aussi ne s'échapperatril pas dans les montées, étant poussif. Du reste il vous sera de peu de dépense, car il n'a plus de dents pour manger. A cela près je ne lui connais, foi de Jocrisse, aucun défaut. On n'est pas parfait. »

Quant à l'autre question, celle de savoir ce que nous entendons mettre à la place du régime parlementaire, nous n'y répondrons pas non plus, pour l'heure présente. Le Parlementarisme n'est pas en effet la seule maîtresse pièce de la charpente qu'a enchevêtrée l'esprit de notre siècle bourgeois. Il a pour contrefort la centralisation ; il a le suffrage pour support. Suffrage et Centralisation devront être de môme soumis à ce travail de critique dont le Parlementarisme a dû être d'abord l'objet. Ces faussetés sont à balayer aussi bien que lui, après lui. Ce sera seulement alors, quand nous aurons achevé cette œuvre préliminaire, que nous pourrons no us* faire entendre en abordant enfin l'idée de la constitution organique, dont l'exposition, même sommaire, n'est pas un médiocre travail. Elle serait en ce moment par trop prématurée. Nous savons parfaitement et très froidement, à, la différence des utopistes, ce que nous avons à dire; mais on ne peut à la fois tout dire. Ce livre est assez plein, et nous n'avons pas en ce moment à sortir du cadre où nous avons dû le limiter.

Il ne nous reste, pour achever de ne rien omettre, qu'à expliquer avant de finir comment ce volume, que nous livrons au courant de l'époque, y fera autant d'effet que

nous en pourrions obtenir si, en passant sur le Pont- Neuf un jour de crue de la Seine, nous jetions un pavé dans l'eau.

Ce n'est pas £pie nous ayons à craindre qu'on nous réfute. Nous ne pensons même pas nous avancer trop en affirmant que celui qui aura bien compris cet ouvrage demeurera, quoi qu'il veuille, incapable de croire au Parlementarisme. Cette critique du régime est par ellemême une œuvre cimentée à chaux et à sable. Nous défions qu'on l'attaque.

Aussi ne l'attaquera-t-on pas. L'âge où nous sommes n'est plus assez naïf pour qu'on s'amuse à réfuter les publications dissonnantes. On se contente de n'en pas parler. On ne fait plus autour d'elles du bruit en les attaquant, on fait le silence, on les étouffe; moyen beaucoup mieux entendu. Toute cette Presse entretenue par la Bancocratie qui se gorge à nos dépens a le mot d'ordre et tient sa consigne, qui est devenue traditionnelle. Le Pays, qu'elle a pour emploi de tromper et d'endormir ne se doutera même pas que le système ait contre lui des opposants qui l'exécutent... sur le papier. Cette conspiration du silence fut organisée dans le principe, s'il nous en souvient, contre les derniers livres de Proudhon. On laissait crier dans le désert, où il n'éveillait plus d'échos, l'homme redouté des écumeurs. Le procédé est bien bourgeois, digne du siècle qui a consacré le règne du Parlementarisme.

Ce jésuitisme de nos journaux et de l'Argyrocratie qui les inspire en les soudoyant est d'ailleurs très facilité par l'indifférence d'un public tombé à ce point d'énervement qu'il ne sait plus s'intéresser qu'aux puérilités byzantines qui l'entretiennent dans son gâtisme. Ledit public est donc dupé, exploité, volé, poussé au désespoir et périodiquement massacré. Vous le lui dites. Vous essayez de lui faire toucher du doigt, dans le mensonge

des institutions qui le perdent et qu'il maintient, le secret de son oppression et de ses désastres. Il vous tourne le dos, s'en va béer aux pitres, dont les cabriole» soat,. dit-il, plus intéressantes. Il ne s'astreindra pas, afin de prévenir les catastrophes qu'il est accoutumé de sabir, au moindre effort d'intelligence. Le troupeau attend béatement l'heure du boucher. Cependant le jeu se poursuit ; en l'accule de nouveau, et de plus belle on le massacre. Il aime mieux cela ; à la bonne heure ! Nous sommes devenu accommodant au point de n'y trouver à redire.

Ces deux causes que nous signalons, visibles à première vue, le parti-pris de la Presse asservie aux pirate* joint à l'affaiblissement de l'esprit public, dont elle peut revendiquer en grande partie l'honneur, expliqueraient à elles seules l'impuissance nécessaire de tout auteur et de tout ouvrage qui attaqueront, comme non* le faisons, les bases de l'édifice bourgeois. Mais ce serait s'arrêter à la surface des choses que de s'en tenir à cesapparences. Il est des raisons plus intimes 91e now» allons dire également ; — d'autant qu'elles non* sont l'occasion de mettre à découvert, avant de clore ce livre, certaines profondeurs mal connues, en portant la lumière dans les dessous du système politico-social qui a pour axe et pour pivot l'institution* parlementaire.

Ici nous rappellerons une double vérité qu'on déviait ne pas perdre de vue.

Il n'est pas vrai, en dépit des naïfs qui s'obstinent à le croire, il n'est pas vrai que le monde soit mené par les idées. Le monde se meut sans savoir comme, brute énorme qu'il est, sous l'aveugle impulsion de ses besoin» matériels. Gaster, ainsi que l'a dit Rabelais, est le maître ès-arts par excellence. La Raison est là-dedans pour peu de chose ou pour rien.

Voilà une première vérité; en voicr à présent une autre : Il n'y a pas à raisonner avec les besoins, ou, pour user d'un autre mot, avec les intérêts, qui sont l'affirmation économique des besoins. Les besoins et les intérêts ne demandent ni déductions ni démonstrations ; ils ne veulent que des plaidoyers, et c'est visible au trair* du monde. Il est certain que depuis qu'il vit, Femploï qui a toujours été le moins apprécié est celui qui consiste dans la recherche du Vrai. Qui est-ce qui s'inquiète de le trouver? C'est en effet si petit mérite que de voir la Vérité qu'on a devant soi, qui crève les yeux, et de la faire voir aux amateurs! Et puis de quel usage est-elle? Maïs la dénaturer, la tordre, l'accommoder de sophismes, la montrer absurde et odieuse pour la confirmation des intérêts assis qu'elle pourrait ébranler, faire au contraire que la fausseté et l'injustice présentent l'aspect du Juste et du Vrai, à la bonne heure ! Voilà qui est rémunérable ; voilà où il faut du talent, avec lequel on ira loin dans la voie où les Nations se perdent.

Et c'est ainsi que l'Humanité, qui ne se trompe jamais^ a toujours témoigné le dédain que l'orr sait tant à l'endroit de la Vérité que des intrus qui se mêlent, sans qu'on les y invite, de la mettre sur le chandelier. Scandale des philosophes, parce qu'ils n'étaient pas assez philosophes.

Si donc un livre et un auteur ne réussissent pas à l'époque où ils paraissent, cela ne signifie le moinsdu monde que l'auteur ne soit pas dans le vrai et que le livre soit sans valeur. Cela peut simplement vouloir dire que Fauteur du livre n'a pas su ou voulu s'accommoder aux exigences des intérêts qui dominent et s'imposent à l'époque où il vit, soit qu'ils exercent matériellement la puissance dont ils sont nantis ou par le moyeiv de leur crédit sur l'Opinion contemporaine. Ainsi rie procèdent pas les habiles, qui veulent avant tout réussir;

mais leur procédé comme leur but n'a rien de commun avec la Vérité, qui, en définitive, n'intéresse personne. Quand on n'est pas capable de faire un moins piètre métier que de la poursuivre, il faut en prendre son parti, savoir être modeste et se tenir à sa place, laisser, comme il convient, le haut de l'asphalte et de l'Opinion aux clowns illustres qui reçurent du Ciel le don génial de jeter la poudre aux yeux de l'admirant univers.

Nous venons de dire que les intérêts conduisent le monde. Voilà pourquoi il ne s'agit point de savoir si une erreur est démontrée. Il n'importe qu elle le soit ou non si les intérêts ne protestent pas et si les besoins ne sont à point. C'est là ce qui fait descendre l'abstraction dans le concret. Cela est d'autant plus vrai que les questions débattues sont moins spéculatives. Cependant celles qu'on peut regarder comme les plus abstraites ne sont pas affranchies de la règle. Les astrologues vouèrent Copernic à l'exécration; les physiciens académiques du temps de Fresnel maintinrent contre ce perturbateur leur dogme convlhu de l'émission. Ces messieurs défendaient, pour savants qu'ils fussent, leurs positions officielles. Mais il n'est rien de plus concret que la Politique. Or nous sommes sur ce terrain, comme chacun sait, encombrés d'ambitieux qui ne sauraient pas seulement, pour rappeler le mot de Mirabeau, comment s'y prendre pour cuire un œuf. Tous ces gens-là vivent et s'ébattent dans le Parlementarisme comme les poissons nagent dans l'eau trouble. Vous prouverez à ces intrigants que le Parlementarisme est dangereux autant qu'il est faux ; vous ne ferez pas qu'ils vous écoutent. Car le remplacement du régime par un état de choses moins absurde les rendrait aussi nuls qu'ils ont mérité de l'être.

Voilà encore une raison pour laquelle nous pouvons

prévoir que le Parlementarisme, si démoli qu'il soit aux yeux du bon sens, ne disparaîtra pas de sitôt dans Tordre des faits. Trop de gens et trop considérables, puisque c'est le bout de l'ambition des bourgeois, ont intérêt aie conserver. Mais nous serions encore superficiel si nous nous arrêtions à ce point. Nous devons achever par conséquent, pour aller au delà, en montrant dans une vue rapide quel est l'état économique de notre Société française.

Les formes politiques ne sont, il faut le voir, que l'écorce de la réalité sociale. On est précisément de la force de nos hommes d'Etat, on ne sait rien, si Ton ne connaît qu'elles. Le dessous économique en est le fond et l'essence. C'est jusque-là qu'il faut descendre pour obtenir une connaissance qui ait pour de bon une valeur. Ainsi ne trouverons-nous en fin de compte que dans les profondeurs de l'existence économique la réelle signification, le secret définitif du Parlementarisme, que nous devons dire en terminant.

Il est légitime d'affirmer, comme nous l'avons fait, que le régime parlementaire n'a pas de raison d'être dans l'ordre rationnel. Cependant il existe. Il a par conséquent, à défaut de rationnaliCé, sa nécessité d'existence. Il Ta comme tant de choses qui existent en dehors de toute idée de Justice et de Vérité ; il l'a dans la brutalité des faits irrationnels, dans leur iniquité, dans leur mensonge; il l'a dans la fatalité de l'évolution historique. Quand nous l'aurons relié à l'ensemble auquel en effet il se lie, sa mystification sera mise pleinement au jour ; nous saurons à fond ce qu'il recouvre.

On dit que la France est un pays démocratique. Cette opinion, comme à peu près toutes celles qui ont cours dans le public, repose sur une observation populaire et banale qui ne va pas plus loin que la surface. 11 est cer-

tain q«e le privilège légal de la naissance n'existe plus chez nous ; tout citoyen est en principe admissible à tous les emplois, voire électeur et députable. Ajoutons, ce qui est plus sérieux, que l'iniquité dans la distribution de la richesse est aussi moins criante en Franc* que chez presque -toutes les Nations qui se disent comme elle, civilisées. Malgré le culte de l'oripeau qu'elles gardent plus que de raison, c'est un fait que nos m/euro paraissent assez égalitaires. Si les nantis qui nous gouvernent se montrent chaque jour plus ignares et plus malotrus, on ne rencontre plus guère cette insolence hautaine qui caractérise la civilisé des classes régnantes chez les Peuples qui subissent encore la prérogative nobiliaire. Tout cela est vrai, nous l'accordons, mais ne suffit pas pour que la Société qui réunit ces conditions soit vraiment une Démocratie.

Si nous étions vraiment une Démocratie, tout l'esprit de ses institutions irait alors à (développer chez les individus, qui sont tous au môme titre les -éléments du Corps social, le libre essor des facukés que la Nature put mettre en eux; elles tendraient à leur assurer les conditions requises, le point de départ possible aûn de tirer le meilleur emploi, pour leur propre avantage et pour la collectivité, des moyens que chacun d'eux possède. Elles le feraient équitablement, sans catégories d'origine, sans hypocrisie restrictive, sans arrière-pensées jésuitiques d'escamotage, d'accaparement et d'exploitation. Elles né s'appliqueraient pas, comme elles font, à enchevêtrer et à étendre sur toute la surface du Pays un mandarinesque réseau de limitations arbitraires et de formalités officielles, dans lesquelles les initiatives, immatriculées, enrégimentées, estampillées, hiérarchisée^ ligaturées, paralysées, n'ont plus un autre jeu que «etai de (pièces mécaniques. Non, ce n'est pas là l'esprit d'une Démocratie, et le Peuple qui

subit cet avilissement étrange n'en a pas la pramiàreidée.

On nous répond que c'«st pour l'Etat, pour tout le monde, pour le bien public, que fonctionne ce système savant. Non, ce n'est pas pour le bien public; parce qu'il «'est pas vrai, malgré «ee qu'ion a soin de bqus dire., que l'Etat est tout le monde. L'Etat est tout le contraires l'ennemi de tout le monde, ce «que tout le monde sent, s'il le «ait mal. Demandez-le au premier venu. L'Etat »e représente pas le Pays. L'Etat si'est que l'instrument d'une minorité d'exploiteurs qui vivent sur le Pays, qui l'épuisent et qui le tuent.

Du reste et à aucune époque, l'Etat ne fut jamais autre cbose.

Les institutions qui nous gouvernent aujourd'hui ont ^u pour dernier mot d'établir, sous le patronage de l'Etat, la puissance des Monopoles. Chacun a le sien pour son argent, au mépris de la maxime fondamentale de l'écomomie, qui dit que tout producteur doit à ses risques, ayant boutique sur rue, lutter sur le terrain commun de la concurrence loyale et légale.

Le Banditisme est dieu; le Parlementarisme est son prophète ; l'Etat est son exécuteur.

Nous sommes, depuis le moment où la Révolution de 1792 fut escamotée, tombés sous la domination d'une Aristocratie nouvelle, qui s'est mise dans le. lit des vieux nobles ;. « la dernière veuue, a dit Carlyle, dans l'ordre de l'histoire et la plus dégradée, même vile audessous de toute expression » ; — c'est l'Aristocratie des enrichis, ou, comme nous l'appelons d'un seul mot, c'est l'ABiGYRacBATiE. L'escamotage 4jui fut l'origine de son règne se fit le 9 thermidor 1794, fut confirmé le 2 prairial 1795, et plus tard consacré par les institutions du Consulat et de l'Empire, (Voir page 114.)

Le Peuple de ce temps là était bien misérable, bien hâve, biem brutaL Mais ce Peuple de guenillards, qui

ne savait pas lire, n'en était pas moins supérieur sous plus d'un rapport à celui que nous avons maintenant : il combattait et il mourait sur les champs de bataille ; il. y remportait la victoire, ce qui vaut mieux; il ne passait pas sous la fourche des proditions; il ne se faisait pas faute de mettre à mort, du reste très soumis aux lois de la discipline, les généraux qui trahissaient ; il chantait le Ça ira, et en effet il faisait marcher de gré ou de force la Représentation nationale, quand celle-ci, livrée à elle-même, aurait laissé la France périr; il avait même, si besoin était, comme aux Septembrisades, il avait l'instinct de faire peur aux Aristocrates, qui prêtaient la main à l'ennemi. Il savait en un mot ce que ses descendants ne savent plus et ce qu'ils n'apprendront pas dans les Ecoles où le gouvernement des bourgeois est en train de parquer leurs enfants; il savait sauver la Patrie.

Malheureusement, cet instinct du Peuple, qui suffit à sauver la France, n'était pas suffisant pour le rendre capable de sauvegarder ses droits contre ceux qui n'avaient pour but que de les supprimer au profit de leur usurpation.

Gomme le sentiment de la Justice n'a sur les hommes aucun empire, et les classes sociales n'étant mues que par les impulsions irrationnelles de l'égoïsme, il arriva bientôt ce qui devait arriver. Les convaincus, les dévoués, — dont le nombre n'était pas grand, — qui n'avaient vu dans l'explosion révolutionnaire que le triomphe prochain de la Justice, furent naturellement écrasés, massacrés, flétris. Ainsi qu'ils eurent eux-mêmes le bon sens de le prévoir, la mémoire de ces hommes, qui n'avaient pas su aimer leur Patrie avec modération, qui avaient marché violemment dans la voie droite de son salut et qui l'avaient sauvée, 'fut livrée à l'exécration du Peuple pour lequel ils s'étaient sacrifiés. Leurs

familles furent honteuses de leur appartenir ; leurs fils n'osèrent porter leurs noms. Il n'en fut pas ainsi pour d'autres, mieux à la mesure commune de l'Humanité, qui n'eurent point dans leurs âmes vulgaires une foi civique trop ardente ni un dévouement excessif. S'étant surtout préoccupés, en entrant dans la voie de la Révolution, d'y trouver celle de leur fortune, ils obtinrent ce qu'ils méritaient : la richesse, l'influence, les honneurs, la considération publique. Ils firent de la Nation leur proie ; ils la dépecèrent comme ils voulurent.

Robespierre, la veille de sa mort, avait eu un mot prophétique : « La Révolution est perdue, dît-il; les brigands triomphent. » Ce qui a existé depuis le 9 thermidor sous tant de formes gouvernementales, n'est, en effet, que la puissance régularisée du banditisme sous le couvert des lois qu'il inspire. .

Les origines de l'Argyrocratie, telle qu'elle a existé depuis cette époque jusqu'à la nôtre, sont multiples et diverses, comme les provenances des fortunes qui font son pouvoir. Concussions et rapines dans l'exercice des fonctions publiques; abus desdites fonctions, collusions et pots-de-vin, cumuls et sinécures ; gains frauduleux dans les fournitures des armées; brigandages militaires chez les peuples envahis; agiotage sur les denrées alimentaires ; morcellement et achat des biens nationaux ; loteries et jeux du premier Empire ; spéculations financières, coups de bourse, opérations industrielles, luttes déloyales de la concurrence, exploitation des Monopoles et des Privilèges; telles sont, pour en rappeler une partie, les sources peu limpides où ont pris successivement naissance presque toutes les fortunes dont le faisceau constitue à l'heure où nous sommes l'Oligarchie qui nous gouverne.

Si l'on devait rechercher aujourd'hui les origines des

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fortunes qui se sont produites depuis la ehute de l'ancien régime, combien pourraient sortir intactes du creuset? S'il n'est pas vrai théoriquement que la propriété soit le vol, il est trop réel qu'en pratique on invoquerait peu d'exceptions.

L'aristocratie des écus acheva de se constituer, — nous l'avons vue à l'œuvre, — devint une véritable féodalité sous les gouvernements de Juillet et du 2 décembre, qu'elle domina ouvertement. Elle obtint ce résultat dans le développement subit de l'industrie, du commerce, des institutions de banque et surtout des transports de grande circulation, dont elle s'empara. Elle devait avoir le couronnement de son édifice avec celui du second Empire. En fait, sinon en droit, nous l'avons vue se substituer à presque tous les privilèges que les exploiteurs d'autrefois avaient exercés, y compris celui de tous qui est le plus significatif, l'immunité fiscale. Nos barons de la Finance sont exempts de l'impôt.

Le soin des nantis de Thermidor, quand ils eurent accompli leur usurpation, fut de la consolider et de la mettre en défense contre l'assaut prévu des revendications nationales. Mauvaise conscience prend vite ombrage. Ils crurent qu'ils ne pouvaient accumuler des précautions trop rassurantes.

Alors furent imposées au Pays dupé les étonnantes Constitutions du Consulat et de l'Empire. (Voir page 114.) Il fallait aux nouveaux nantis, pour les mettre en sécurité, un pouvoir fort. On le fît aussi fort que possible. L'absolutisme que Louis XIV avait renouvelé des rois de Perse ne parût pas suffire; on le systématisa, on le perfectionna, on le rendit plus savant et d'une action plus sûre.

Les Argyrocrates rencontrèrent à point pour correspondre à leurs desseins un homme dont l'ambition

extravagante était doublée de» facultés* le» plus lucide» et les plus fortes. Le conquérant qui se donnait, comme Alaric ou Attila, pour l'envoyé de la Providence, l'autocrate qui s'imaginait faire œuvre pour lui-même et sa postérité , confisquer le siècle à son profit, Napoléon Ier ne futen effet que l'instrument des Argyro^rates. Lorsque 9a mission fut achevée, ce furent eux, à défaut de la Providence, qui le brisèrent comme un verre, ainsi qu'il •lavait dit Les hommes, pour puissants qu'ils paraissent, n'ont pas une si grande importance. Leurs noms, si hautes qu'en soient les lettres, ne sont que les étiquettesdes temps. On peut se rappeler qu'au moment où il s'acheminait ver» son dernier exil, avec lenteur, un> ordre du Gouvernement provisoire fut envoyé de Parisau vainqueur d'AusterUtz pour lui enjoindre de se hâter « s'il ne voulait être empoigné panla gendarmerie ».

Ainsi fut établi le monstrueux système de gouvernement qui a depuis longtemps tué en France la vie nationale. Ce régime pseudo-unitaire, avec l'écrasant appareil de son Conseil d'Etat, de ses Préfectures et Sous- Préfectures, avec son armée de fonctionnaires, avec toutes les forces et ressources de tout le Pays sous la main du Pouvoir, est bien le mécanisme broyeur le plusirrésistible qu'il soit possible de révér. Il n'y a nulle part d'initiative, ni des individus ni des groupes, naturels, géographiques ou économiques. L'immixtion de l'Etat est partout pour tout étouffer. Les Communes sont mineures et les villes en tutelle; il n'y a plus de- Cités; il n'y a plus par conséquent d'esprit patriotique. Les différentes parties du Pays, à force de se sentir attachées au pivot central d'un système tout artificiel, ont perdu le sentiment de la solidarité qui fait seule 1 unité réelle et vivante d'un Peuple, — ce que nousappellerons par la suite son existence organique. Ce degré est le plus bas où puisse descendre une Nation,

qui cesse alors d'être une Nation. Elle n'est de ce moment qu'un cadavre, dont les vautours d'outre-frontière feront nécessairement leur proie.

C'est ce que nous avons pu matériellement constater en 1870, moins de trois quarts de siècle après rétablissement du régime. Le Pays se laissa envahir par les lourdes armées de l'Allemagne sans opposer d'obstacles sérieux. La solidarité patriotique n'existait plus. L'impulsion du Pouvoir central venant à faire défaut, chacun ne s'occupa que de soi-même. Nous avons vu les membres des Corps municipaux, qui étaient en même temps ceux de l'Argyrocratie, envoyer à trente lieues au-devant de l'ennemi, afin de stipuler en faveur de leurs :yillesfsmu leur en étaient reconnaissantes. II est funeste pourunTP^Bûlg, quand il est sous le coup de l'invasion, d'être menépaTNjgu* <Iai ont Plus din" térét à livrer le Pays qu'à Je défende

Nous avons vu les populations obéir^'^01111116111' — il leur importait peu qu'ils fussent signéiDurand ou Mûller, — aux ordres partis de la PréfecfHfe- NouS avons vu des villes de soixante mille habitantkse ren" dre à six uhJans. Ceci exprime tout, résume toÇt# G^R effets sont les suites connues du Despotisme, don\le ré~ gime qu'on appelle la centralisation n'est que l\Per" fection scientifique. ^L

La dictature napoléonienne avec sa Centralisât^ était une sauvegarde nécessaire pour les escamoteu de la Révolution; ce fut pourquoi ils appuyèrent ce rc gime, qui, de son côté, n'eût pas tenu sans leur conni vence. Pour la satisfaction monomaniaque de l'invincible Empereur, la Nation, grisée de poudre et de gloire, hallucinée autant que lui, fut pendant quatorze ans jetée hors d'elle-même sur tous les champs de bataille d'Europe; l'attention publique s'absorba dans les événements militaires; l'opinion ne vit plus autre chose.

Il péril un million et demi de Français. Tout cela faisait fort bien l'affaire des Argyrocrates. Les acquéreurs de biens nationaux et tutti quanti prenaient pendant ce temps possession.

Les enrichis de la Révolution soutinrent l'Empire autant qu'il fut dans leur intérêt de le conserver. Plus tard les conditions changèrent. Le système de guerre à outrance avait donné la mesure de son insanité. Les affaires étaient dans le marasme par suite du défaut de bras; l'absurde et nécessaire blocus continental avait paralysé les transactions du commerce; le Gouvernement impérial n'avait plus rien à présenter aux riches en retour de leur appui que la défaite et les taxes de guerre; enfin ils voyaient leurs enfants, après qu'ils les avaient rachetés trois et quatre fois à d'énormes frais, forcés d'endosser aussi le sac et de s'en aller au-devant de la mort. Le cri des mères s'éleva, comme on dit à ce moment; — bella matribus detestata. C'était, il est vrai, ÎBl clameur de celles en robes de soie. Lorsqu'il ne s'agissait que des autres, qui poussaient les charrues dans les campagnes précairement cultivées parce que les hommes étaient occupés ou enterrés sur les champs de bataille, le cri n'avait pas eu beaucoup de retentissement. L'Empire croula. Les bourgeois importants lâchèrent l'Empereur battu, traitèrent au nom de la France envahie, qui ne les avait pas délégués, avec l'étranger victorieux, congédièrent le vaincu de Leipsick et de Waterloo sous la menace « de le faire empoigner par la gendarmerie ».

La Monarchie rappelée voulut croire un instant qu'elle était restaurée. Mais il était trop tard; vingtdeux ans s'étaient écoulés depuis le manifeste de Brunswick. La Royauté, ne tarda pas* à s'apercevoir que ^les enrichis qui avaient profité de la Révolution étaient

plus difficiles à réduire en domesticité que ne l'avaienf été autrefois les gentilshommes. Les soixante-dix miU» hauts bourgeois qui formaient le Payi légal eurent soi» de stipuler d'abord, pour assurer contre le Trône le maintien de leurs prérogatives, des garanties parlementaires* En même temps L'Aristocratie des écu& achervait de consolider sa domination par l'indemnité d'un milliard que les Chambres accordèrent aux revenante de Goblentz. Les Àrgyrocrates furent heureux d'avoir ainsi à bon marché, avec la confirmation de leurs fartunes, dont l'avenir semblait jusque-là aussi douteux que l'origine, l'alliance de la noblesse dépossédée par eux et qu'ils finirent par épouser, la Nation payant les violons. Quant à la lutte avec la Couronne, elle n'ext resta pas moins d'une fatalité inévitable. Le roi de la- Charte octroyée éprouva bientôt que celle-ci était autrechose qu'une vaine formalité. Le temps ne fit qu'affirmer de plus en plus le caractère incompatible des traditions royales en face des prétentions de l'Argyrocratie. Le Sort fut à la fin mis en demeure de rendre se» verdict, et la réponse qu'il donna ne fut pas favorable à la Royauté.

Les bourgeois firent alors la Monarchie constitutionnelle de 4830, la plus fidèle expression de leur règne, d'ailleurs radicalement contradictoire, et qui menait tout droit, sauf l'alternance inévitable du Despotisme f k la République parlementaire, non moins antinomique.

Mais les nantis avaient essentiellement obtenu, dès le moment de la Restauration, leur mécanisme politique, lequel n'a pas cessé de régir et de perdre la Nation française.

Il leur avait fallu avant tout les garanties parlementaires, par lesquelles leur domination était légalement constituée*

Il avait fallu en même temps aux escamoteurs de \at Révolution un Pouvoir fort, aussi fort que possible* c'est-à-dire un régime centralisateur.

Les bourgeois avaient deux motifs pour instituer — ce qui a été leur rêve constant depuis qu'ils ont commencé de régner — un Pouvoir fort.

Ils en avaient besoin en premier lieu pour sauvegarder leur domination abusive contre la revendication dela masse dupée. La Dictature en permanence était de la sorte nécessaire. Cette préoccupation des Argyrocrates apparaît visible dès le lendemain de Thermidor dans leurs premiers essais de Constitution électorale. (Voir page 113.)

L'artifice de la Centralisation se montrait en outre indispensable afin de prémunir l'édifice politique contre les secousses parlementaires, le Parlementarisme étant le mode de gouvernement reconnu nécessaire pour la préservation des intérêts bourgeois. Le Pouvoir tel qu'il est n'a déjà pas trop de force pour résister aux effets dissolvants de l'agitation parlementaire. Que serait-ce s'il se trouvait contenu dang des limites républicaines, compatibles avec le jeu des libertés publiques? L'institution* des Parlements procédant du principe exclusif de liberté,. — celle des nantis, bien entendu, — laquelle ne peut,, en dehors de l'état organique, produire que la licence,, appelle nécessairement comme contre-partie le despotisme exécutif. Si le gouvernement n'est armé de l'appareil brutal de compression que le régime centralisateur met dans sa main, il est évidemment incapable de tenir;

En résumé, le système bourgeois, tel qu'il existe, repose en équilibre instable sur l'antagonisme de deux élément sopposés. Les Argyrocrates ont admis le régime centralisateur dans le but d'assurer l'exploitation qu'ilsexercent ainsi que pour se garantir contre les conséquences du désordre parlementaire; ils ont, récipro-

quement, établi le régime de discussion parlementaire pour faire contre-poids à la force du Pouvoir centralisé en même temps que pour veiller au maintien de leurs intérêts contre la revendication de la masse exploitée par eux. Cet antagonisme gouvernemental est ce que nous les entendons appeler depuis longtemps, il faut comprendre leur jargon, le règne de la liberté sage, qui, dans leur façon de concevoir les choses, signifie exclusive. Le tout ensemble constitue en dernier résultat une machine d'exhaustion et de piraterie. Ceci nous parait assez clair et le deviendra encore plus par le fait de la critique à laquelle nous nous proposons de soumettre prochainement la centralisation.

Il faut bien voir et bien comprendre l'opposition de ces deux termes en présence. La Centralisation tue le Pays, cela n'est pas douteux, mais la Centralisation du pouvoir est d'absolue nécessité pour que le système puisse tenir contre l'anarchie parlementaire. La Nation se meurt du désordre parlementaire, cela est également vrai, mais le contrôle parlementaire est indispensable aux nantis pour faire échec à l'omnipotence du Pouvoir centralisé.

Nous avons donc ainsi en conflit incessant, parce qu'elles sont en fausse position, la Liberté et l'Autorité. Nous avons vu déjà le même conflit se montrer sous une autre forme. Thèse-antithèse, dont les oppositions sont à résoudre dans une synthèse où s'identifient les deux termes. Cette synthèse n'a qu'un nom : c'est l'Organisation. Comme l'Autorité et la Liberté y seront mises à leurs places, elles cesseront d'être l'une et l'autre des éléments perturbateurs.

Il faut donc changer d'état de choses, parce qu'il est antimonique, c'est-à-dire évidemment faux. Cette conclusion est d'une logique fatalement rigoureuse et l'ar-

gument serait à lui seul, nous Favoris déjà observé, d'une portée décisive pour des esprits philosophiques; mais comme la plupart des esprits, au temps où nous sommes, ont avec la Philosophie aussi peu d'accointance qu'avec les méthodes qui s'apprennent dans la familiarité des sciences, on peut prévoir que l'argument, qui n'en est pas moins décisif, sera pour eux nul et non avenu ; d'autant que l'Organisation est précisément ce qu'on ne Veut pas, parce qu'elle ne profiterait qu'à la masse du public, exploitée jusqu'à ce jour par les Argyrocrates.

Ainsi la Nation s'obstinera, en raison de l'ineptie ou de la trahison de ses gouvernants concordant avec l'impuissance de l'initiative publique, à se traîner dans l'ornière où elle a été jetée depuis l'escamotage de sa Révolution. Elle continuera de gaspiller ses incomparables ressources ; elle continuera de sacrifier ses forces et ses hommes, indéfiniment abêtie par la Centralisation en même temps qu'agitée sans trêve ni merci par les factions parlementaires. Des millions répandront leurs sueurs et verseront leur sang ; la France déchue sera au degré d'une puissance de troisième ou quatrième ordre, elle ne cessera pas néanmoins, sous le prétexte suranné de maintenir au dehors le prestige national, de se jeter dans les aventures où continueront de l'engager les spéculations de la Finance ; elle pourra même aller plus loin, en poursuivant ces aventures, qu'elle ne l'aura prévu ; elle subira peut-être une dernière invasion, que suivra son démembrement; celle qui fut la terreur des rois et l'espoir des peuples achèvera de périr; la Civilisation sera retardée de cinq ou six siècles; mais l'exploitation des voleurs qui s'engraissent de notre substance demeurera indemne; le sac qu'ils gonflent de nos misères ne cessera pas de s'arrondir; et on dira que l'Ordre règne et que la Société est sauvée.

Le Parlementarisme et le régime centralisateur seront venus à bout de tuer la Pairie.

Tel est l'avenir auquel nous pouvons nous attendre pour peu que nos gens de l'Ordre officiel avancent encore quelque temps, comme ils font, sans opposition, dans la voie où ils sont entrés et où ils marchent en» aveugles. Seulement il n'est pas impossible qu'un autre développement se produise dont la marche soit plu» rapide. Il se peut en effet que les intérêts, fatigués de l'impuissance et des effets continuellement ruineux de la machine parlementaire, apprennent enfin à vivre et qu'ils s'habituent à ne plus compter que sur euxmêmes. Il se peut que l'esprit de rébellion, procédant de la nécessité, relève la tète et fasse éclater les formules dans lesquelles on veut renfermer. Il se peut que la domination des éeumeurs d'affaires se précipite sur le versant de sa décadence, qui parait maintenant commencée. Il se peut que le Gouvernement, nous» voulons dire toute espèee de Gouvernement, tombe de plu* en plus dans le mépris, qu'il méritera de plu* en plus. Il se peut que les groupes locaux et industriel* développent par centre leur importance et accroissent leur initiative, tandis que le Parlementarisme, absolument discrédité , entraînera dans sa chute celle de 1» puissance des faiseurs.

Ce jour verra la destruction de l'Àrgyroeratie, l'abolition des Monopoles et la fin du Parasitisme. L'Organisation sera créée ; la France e» possession de sa prépondérance légitime qui est plus forte que tout le reste, l'ascendant moral et sauvetfr qu'elle doit exercer sur les peuples; la République se*a enfin assise sur sa base véritable ; la Nation en matrebe dans la voie d'un avenir de prospérité inouïe dans les annales des peuples.

Le Parlementarisme autfa eessé d'être.

C'est le résultat que nous espérons et auquel nous serions heureux d'avoir pu concourir dans la mesure de nos forces.

De l'ensemble du travail que nous terminons il ressort en définitive :

1° Que le régime parlementaire est un système faux «et absurde ;

2° Qu'il mène la France à sa honte et à sa perte, tant au point de vue national que sous le rapport économique;

S0 Qu'il est urgent de le faire disparaître ;

4° Q#'il existe d'une existence antinomique comme antithèse de la centralisation, aussi fausse que lui, en suppléance de l'Ordre, qui n'existe pas ;

3° Qu'il est lié nécessairement, ainsi que la Centralisation, à la domination des Argyroerates, qui est au fond la raison d'être 4e l'un et de l'autre ;.

6° Qu'il ne disparaîtra qu'avec la puissance du Parasitisme, par la puissance supérieure de I'or&anisation substituée au désordre, dont les faiseurs profitent au détriment de la masse inorganique;

7° Que Fidée de la Ré$>ublfcpje véritable ne peut pas •être séparée de celle d'Organisation et qu'elle est bien évidemment incompatible avec le Parlementarisme.

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