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L'APOTHÉOSE IMPERIALE

Le premier empereur de Rome, César, fut aussi le premier qui devint dieu. Déjà, de son vivant, on peut suivre dans les décrets du sénat les progrès de son apothéose. D'abord ce sont des hommages religieux qu'on lui décerne '^' ; puis on l'appelle un demi-dieu'*^'; finalement on décide de lui bâtir un temple sous le vocable de Jupiter Julius^'''. Néanmoins il ne fut vraiment divinisé qu'après sa mort, et il le fut par l'effet de l'enthousiasme très sincère de la foule. «Le peuple, dit Suétone, avait la convic-

0) Tite Live, XXXVIII, lvi; Valère Maxime, VIII, xv, i.

^*) Plutarque, Marins, xxvii.

(^) Cicéron, De officiis, III, xx, 80; Sénèque, De ira, III, xviii.

(*) Macrobe, III, xiii, 7-9.

(*' Suétone, Divua Julius, txxvi; Appien, De belli» civilibus, II, cvi.

(«> Dion,XLIlI, XIV.

") Dion, XLIV, vi.

tioii que César était un dieu ^^\ 5) et sa superstition interpréta dans ce sens des phénomènes célestes qui se produisirent alors^^l 11 fallut donc que le sénat le proclamât Divus, lui donnât un prêtre, et permît qu'à l'endroit même où il avait été brûlé un autel fût consacré à sa mémoire ^^l Octave, revenu d'Orient pour recueillir la succession de son père adoptlf, était intéressé à maintenir et à développer le culte naissant. Ce fut probablement sur sa demande que les triumvirs, dès leur entrée en charge , confirmèrent toutes les prescriptions dont ce culte avait été précédemment l'objet, en y ajoutant quelques dispositions nouvelles, telles que le privilège, jusque-là inouï, du droit d'asile reconnu au tombeau de César ^^l A partir de ce moment, César prit place otFiciellement parmi les dieux, et toutes les populations de l'Empire l'adorèrent.

Les hommes étaient si bien habitués à confondre dans la même personne le caractère sacré et l'autorité politique, que tout ambitieux, pour réussir, se croyait obligé, dans ce temps-là, ■ de se déclarer fils des dieux. Sextus Pompée, à l'époque où il dominait dans la Méditerranée, se vantait d'être le fils de Neptune; il frappait des monnaies à son effigie; il portait un costume dont la couleur verdâtre rappelait celle de la mer; et il offrait des sacrifices à son prétendu père^. On sait à quelles extravagances mythologiques Antoine s'abandonna en Egypte. Là elles étaient peut-être de mise, puisque les rois du pays, qu'il s'évertuait à imiter, étaient tous des dieux; mais il les renouvela dans l'Orient grec. Il se figurait descendre d'Hercule, et il croyait lui ressembler '*"' ; il contracta mariage avec Athena, en exigeant pour

'') Suétone, DivmJulius, lxxxviii.

'-' Virgile, Géorg., I, 466 fit suiv.; Pline TAncicn, II, xciv (Jan); Suétone, Divus Julius, Lxxxviii; Dion, XLV, vu.

(3) a I. L., I, 696; ibid., p. 399, col 2; C. L L, IX, 2628; Cicéron, II Philippica, xuii, 110; Dion, XLIV, vi.

^*' Dion, XLVII, xviii-xix. Sur tout ceci, voir Boissier, La religion romaine, I, 1 21-128.

f^) Dion, XLVIII, xix, xlviii; Appien, De bellis civilibus,\, c; Pline l'Ancien, IX, XXII ; Horace, Epodes, «,7; Eckhol, VI, 27.

^'^ Plularque, Antoine, ix et lx.

elle une dot de raille talents '^^; il se faisait appeler « Dionysos»; et il se montra souvent en public avec les attributs du dieu ^2^. Il y avait dans tout cela plus que la fantaisie d'un homme ivre d'orgueil; ces folies, où la religion se mêlait à la débauche t^^, étaient aussi un moyen d'acquérir la popularité et d'en imposer à la multitude. Octave n'eut pas besoin de tomber dans tous ces excès: sa parenté avec César sutfisait à lui procurer un grand prestige. Il était par là fils d'un dieu, d'un dieu bien autrement aimé, craint et respecté que Bacchus, Neptune ou Hercule, et déjà, presque sans y songer, il se transformait en dieu. Beaucoup d'Italiens éprouvaient à son égard les sentiments qu'exprime dans les Bucoliques le berger Tityre ^'^K Tous ceux qui avaient été gratifiés par lui de quelque bienfait ou que sa colère avait épargnés devaient être tentés de pousser aussi la reconnaissance jusqu'à l'adoration, et de s'écrier avec le poète que pour eux «il serait toujours un dieu»; il est même probable que plus d'un lui vouait dès lors un culte domestique, et célébrait en son honneur des sacrifices périodiques '^\ Ces hommages ne déplaisaient pas à Octave; s'il se gardait de les réclamer, il les acceptait volontiers, et il eut soin d'en récompenser Virgile. L'idée d'un culte privé offert à Octave reparaît encore dans les Géorgiques ^'^^ ; mais il y a dans ce poème quelque chose de plus; on y trouve une allusion très claire à l'apothéose qui un jour couronnera la glorieuse carrière du triumvir. Il est bon cependant de noter que nulle part Virgile ne voit en lui un dieu vivant parmi les hommes. Octave sera dieu plus tard, mais seulement après sa morf^^^; si, dès à présent, il reçoit des vœux, c'est, à vrai dire, par antici-

(') Dion, XLVIII, xxxix; Sénèque, Suasoriœ, I, vi.

(^' Velleius I^aterc, II, lxxxii; Dion, XLVIII, xxxix.

'^> Plutarque, Antoine, xxiv, xxvi; Socrale de Rhodes {Fragtn. hist. grœcor.de Mùller, IH, p 896).

^*) On sait que les Bucoliques ont ctc écrites entre 43 et 37 avant J.-C.

(^' Virgile, Eglogues, i, 7 cl lis.

(s) Géorg., III, 16 et suiv. Bien que les Géorgiques aient été composées entre 37 et 3o, il semble que ce passage soit d'une époque ultérieure.

C Géorg., I, a 4.

Dation, et pour en prendre l'habitude; à côté des divinités nationales, il n'est pour le moment qu'un jeune homme ; il est en marche vers l'Olympe, mais il n'y est pas arrivé ^^^.

Vainqueur à Actium, il fut le maître du monde, et aussitôt il s'éleva au-dessus de l'humanité. A toutes les attributions qu'il avait déjà le sénat joignit, en janvier 27, le titre à'Auguste^^K Ce terme avait en latin un sens très précis ; il s'appliquait à tout ce qui était sacré, notamment aux temples'^'. Octave n'acquérait par là aucun pouvoir nouveau , mais seulement plus de prestige'^■; il était désormais «plus qu'un homme w^^^ Aussi n'est-il pas étrange qu'on l'ait adoré comme un dieu. A Rome, il fallut y mettre quelques ménagements, pour éviter de blesser trop ouvertement et surtout d'égayer cette aristocratie sceptique et frondeuse dont une bonne partie ne s'était pas encore ralliée. Ces hommes , que Tacite nous représente poursuivant de leurs critiques la mémoire d'Auguste défunt, se plaignant en particulier qu'il se fût approprié tous les hommages dus aux dieux, qu'il eût voulu des temples , des statues héroïques , des flamines ^°), ces nobles, ces sénateurs qui, après un règne de quarante-quatre ans, persistaient dans leur opposition, auraient eu beau jeu à blâmer et à railler Auguste , si dès le début il avait fait le dieu sous leurs yeux. Cette prétention n'aurait eu pour effet que d'accroître leur hostilité, au grand déplaisir du prince, qui, voyant en eux les instruments nécessaires de sa politique, espérait les gagner tôt ou tard. C'est pour ce motif sans doute qu'il refusa dans Rome tout culte public. Il laissa les poètes célébrer à l'envi sa divinité ("\ il permit à ses sujets de lui prodiguer les prières,

<•) Géorg., I, Zi3, 5oo; IV, 662.

<-' Mommsen, Res gestœ divi Augusti (3° édition), p. lxxxxiv et lig.

t^) Ovide, Fastes, l, G09; Suétone, Aug., vu; Dion, LUI, xvi.

<*) Dion, LUI, xvHi; Res gestœ, VI, ai-33.

'^' Dion, LUI, xvi : Avyovaloi, ùs nat 'usXsïév ti rj xajè. àvBpéitovs év. Végèce, II, V.

'*^ Tacite, Annales, I, x. Cf. Boissier, L'opposition sons les Césars, p. Gi et suiv.

<'^ Horace, Carmina, I, 11, /i5; III, v, a; Properce, IV, m, 1 (édition L. MiiUer).

les libations, les sacrifices dans l'intérieur de leurs demeures ^'\ il institua même cette dévotion singulière des Lares Atigusti qui associait son nom à ceux des génies adorés par le petit peuple dans les carrefours de la ville '^' ; mais il ne toléra ni la construction d'un temple, ni l'établissement d'une cérémonie olEcielle à son intention (^^.

Il n'en fut pas ainsi dans le reste de l'Italie. Sans que l'empereur prît aucune initiative, sans qu'il réglât rien par lui-même, il eut un culte à peu près partout dans la péninsule. Dans une ville d'Etrurie on immolait, au jour anniversaire de sa naissance, deux victimes sur son autel; on offrait du vin et de l'encens à son génie, et les décurions le fêtaient par un repas sacré '^l A Pompeïes , à Préneste , à Crémone , à Vérone , il avait ses prêtres'^'; à Bénévent , un temple lui fut bâti par son ami Vedius Pollion ^'^' ; il en eut également à Terracine, à Pola, à Pise, à Pouzzoles'''. Les habitants de Cumes invoquaient «la divinité d'Auguste jj et «le génie de l'empereur »^^^ A Naples on attacha son nom aux jeux que la cité célébrait tous les quatre ans avec une magnificence qui les égalait aux plus fameuses solennités de la Grèce '^'. L'Italie, heureuse d'avoir échappé aux guerres civiles et de jouir des bienfaits de la paix, exprimait sa reconnaissance à la mode antique, c'est-à-dire par l'adoration f^"'.

Dans les provinces , on ne fut pas moins empressé à organiser

''' Horace, EpisL, II, i, i5-i6; Ovide, Ex Ponto, II, viu; IV, ix, io5 et suivants.

'*) Voir, sur ce point, Boissier, La religion romaine , I, 1 37-1^8.

(^^ Suétone, Aug., tu. Voir pourtant C. 1. L., l, p. 385, col. 1.

'*' Wilmanns, 88/1. L'inscription est datée de l'an 18 après J.-C; mais la cérémonie dont elle parle est plus ancienne : « Viclimaî . . . quœ pcrpctuo immolari adsuelœ sunt ad aram quœ numini Augusto dedicala est.»

(^) Cl.L, V, 334i, l^l^^^>■,X, 83?, Stto, 9^5; Orelli, 387/i.

<*' Orelli, 9509.

(" C.I.L., V, 18; X, 1 61 3, 63o5; Wilmanns, 883.

W C. /. L.,I,p. 3io.

'*' Suétone, Aug., xcvni; Strabon, V, p. aiG; Dion, LVI , xïix ; CI. G., 58o5.

<'"' Il n'est pas question ici de YAugiistalilé, ([iie fou peut considérer, surtout à ses débuts, comme une forme du culte privé. Voir, sur cette institution, Boissier, La religion romaine, 1 , 1 Ga-i 08 , el Scbmidl , De seiins Atiguslalibus (Halle, 1 878).

le nouveau culte. Dès le lendemain de la bataille d'Actium, en 99, Octave autorisa les habitants de l'Asie et de la Bithynie à lui dédier un temple, les uns à Pergame, les autres à Nicomédie, avec cette réserve que les Romains domiciliés en seraient exclus ^^l Ce fut alors à qui, dans tout l'Orient, solliciterait la même faveur et suivrait le même exemple. Une inscription postérieure à l'année 1 2 avant J.-G. nous montre le peuple de Mylasa en Carie vouant un temple à César Auguste ^'^l En l'an 1 avant J.-C. une petite ville de la contrée, Nysa, avait un prêtre de l'empereur '^l A Cyme, en Eolide, ce prêtre était Polémon, roi du Pont et du Bosphore '*'. Un sacerdoce pareil existait à Salonique, à Thasos, à Athènes f^'. A Corinthe, à Mégare, à Thespies, à Alabanda, ce culte était identifié avec celui d'Apollon et des Muses ^*''. Dans le royaume d'Hérode, Auguste avait deux sanctuaires, près de Panium et à Césarée '^'. D'autres encore lui furent élevés à Ancyre, et à Apollonie de Pisidie'^l En Egypte, il était couramment appelé Zeus Soter ^^'. Un document épigraphique trouvé à Philes, en Ethiopie, et daté du 96 mars an 7 avant J.-C, débute par ces mots : «A César qui règne sur les mers et sur les continents, Jupiter qui tient de Jupiter son père le titre de libérateur, maître de l'Europe et de l'Asie, astre de toute la Grèce, qui s'est levé avec l'éclat du grand Jupiter sauveur ^^°^. . . v Pour l'Occident , les témoignages sont moins nombreux, mais ils ne sont pas moins précis, et ils prouvent que, si le culte d'Auguste vivant s'était moins répandu dans ces contrées, il y avait pourtant pénétré. L'empereur étant tombé malade à

(" Dion, LI, xx; Eckhel, II, 465-/i66.

W Cl. G., 359/1.

'^' CI. A., m, 63, 952 ; Revue archéol., mars 1878; Arch. des missions scientifiques, 1876, p. 207, et p. 9/49, n" 86. <*) Foucart, Insci-ipt. de la Mégaride, 3 5.

'" Josèphe, Antiq. Jud., XV, x, 3; De hcllo Judaico, I, xxi, 7. '*) Mommsen, Res gestœ divi Augusti (9° édition), p. x. ''^ Letronne, Inscript, grecques et latines d'Egypte, 1, p. 80-86. (•») lbid.,p. i/i3.

Tarragone en 2 6 pendant la guerre des Gantabres , les habitants de cette ville lui consacrèrent un autel, et ils eurent pour lui une telle vénération qu'ils lui attribuèrent des miracles ^^K Le i'"" août de l'an 10 avant J.-C, un autel semblable fut inauguré à Lyon devant les notables des soixante cités gauloises ^^K En l'année 12 après J.-C, le 22 septembre, un autel du même genre fut érigé par les Narbonnais t^à la divinité d'Auguste w ^^). Partout, en un mot, le sentiment unanime des populations se traduisait par les mêmes hommages.

Tant qu'Auguste avait vécu, le soin de l'adorer avait été laissé à l'initiative des particuliers , des cités et des provinces. Un mois après sa mort, ^\e ciel lui fut donné par décret»^*'. Gomme c'était le sénat qui, en vertu des précédents, avait seul le droit d'introduire un culte nouveau dans la religion nationale '^', un sénatus-consulte , rendu le 1 y septembre 1 à , proclama Auguste Divus et lui décerna les honneurs divins ^''^ ; dès lors l'empereur défunt prit place dans le Panthéon officiel. Il eut un collège de prêtres choisis dans sa famille et dans la haute aristocratie^'''; il eut un flamine spécial, comme Jupiter '^'; il eut des temples, des sanctuaires, des chapelles de toute sorte, à Rome, en Italie, dans les provinces , et rien , aux yeux des hommes , ne le distingua plus d'un dieu de l'Olympe ^^K A vrai dire , il n'y avait dans les détails de ce culte presque rien de nouveau; toutes ces marques de vénération lui avaient été déjà prodiguées de son vivant; mais désormais c'est au nom de l'Etat qu'elles lui étaient offertes.

<i) Dion, LUI, xxv; Quintilien, VI, m, 77; Eckhel, l, 58.

(^) Tite-Live, Epilome, cxxxvii; Suétone, Claude, 11.

<^^ Wilraanns, loh.

'*' Tacite, Annales, 1, txxiii : ffCœlum decretum.» . '^' Tertullien, ApoL, v; Wiliems, Le sénat de la républ. rom., II, 3o5 et suiv.

(«) C.7.L.,I,p. /.o3,col. 1.

^'' Tacite , Annales , I , liv.

f*' Dessau , De sodalibus etjlaminibus Augusialibus ,'dans YEpliemeris epigraphica , m, p. 905-339.

f') C.I.L., II, 173 : «Juppiter optimus maximus ac divus Augustus ceterique omnes di immortaies. . .n Le caractère obligatoire du culte d'Auguste ressort de Tacite, iinnafcs, IV, xxxvi, ctDion,LVII, xxiv.

Les successeurs d'Auguste reçurent, comme lui, un double culte, un culte officieux pendant leur vie, un culte officiel après leur mort. 11 serait difficile d'en découvrir un seul qui n'ait pas été divinisé sur son trône par la gratitude ou la crainte de ses sujets. Les plus mauvais l'étaient aussi bien que les meilleurs, et souvent c'étaient les plus indignes qui se montraient à cet égard les plus exigeants. L'adoration prenait, dans ce cas, des formes très diverses. Il n'était pas rare que le prince fût identifié par son surnom ou par son costume avec quelque divinité célèbre '^'. D'autres fois, c'était un titre, comme celui de deus ou B^és^^\ un simple attribut, comme la couronne radiée ou l'auréole ^^\ un détail d'étiquette , comme l'habitude de porter devant lui le feu sacré '^', qui manifestaient le caractère divin de l'empereur. Enfin il arrivait fréquemment qu'un temple fût érigé en l'honneur du prince régnant avec sa permissions^', ou que des cités, des particuliers même, désireux de lai plaire, le proclamassent dieu publiquement S'^l Mais, quelles que fussent l'ardeur et la sincérité de ces hommages, ce n'était là qu'une adoration de fait; la divinité qu'ils attestaient était aussi précaire que la vie même de l'empereur, et elle disparaissait au moment où il expirait. Au fond, il ne commençait à être vraiment dieu qu'après avoir passé dans l'autre monde. Cela se voit clairement dans le texte du serment que prêtaient les duumvirs de Malaga au temps de Domitien; ils juraient «par la divinité des empereurs morts,

'') Cl. G., i2i3; G. T. A., in, 1091; Lebas-Waddington , Inscripl. d'Asie Mineure, SQh; Foucart, Inscript, de Laconie, 189-191; G. 1. L, III, 87^, 697; Eckhel, VI, 2G9; Dion, LXIII,xx; LXIX, xvi; Spartien, //af/nen, xii, xvin, xix.

W Oreili, loao, loa/i; G. 1. A., III, Z1G2; Eckhel VII, 5o8-5o9; Zouaras, XII, V.

^^' Preller, Rim. Mijth., II, hko (3" édition); Suétone {Aug., xciv) prouve que la couronne radiée était le privilège des dieux.

'*) Cette coutume s'introduisit à partir des Antonins (Hérodien, I, viii, h\ xvi, 4; II, III, 3; VI, la; VII, vi, a).

(^) Tacite, Annales, IV, xv, xxxvii, lv; G. L G., 3Z161; G. 1. L, IX, 65a; X, 688.

(°) QuintUicn, IV, m Proœmio, 11; G. I. G., 383 1 a"; Lebas-Waddington, Inscript. d'Asie Mineure, 600 a; Foucart, Inscript. d'Arcadie, 353 g; Eckbel, II, /j66.

par le génie de l'empereur vivant, et par les pénates w^'l En 65 un sénateur, par flatterie, demanda qu'un temple fût élevé aux frais du trésor Divo Neroni. Néron s'y opposa, disant «que le

' prince ne devait être honoré comme un dieu que du jour oiî il avait cessé de vivre parmi les hommes »^^l Encore la chose n'allait-elle pas d'elle-même. Il fallait, en effet, que le sénat, par un décret solennel, admît le défunt au nombre des dieux; c'était là ce qu'on appelait la consecratio^^K- Les circonstances l'empêchaient parfois de la refuser; mais légalement il en avait toujours le droit, et il le fit dans certains cas. On a dressé la liste des Divi antérieurs à Dioclétien^*^; elle renferme en tout trente noms d'empereurs, ce qui prouve que de César à Dioclétien une vingtaine furent exclus des honneurs de l'apothéose '^\ Une pareille condamnation prononcée contre eux entraînait des conséquences graves. D'abord le prince était banni de toutes les cérémonies du culte public, et il n'était fait mention de lui ni dans les prières, ni dans les serments ^^l De plus, par une suite naturelle du principe qui voulait que la religion et la politique

I. fussent toujours étroitement mêlées, l'empereur écarté de l'assemblée des Divi était rayé de la liste des empereurs de Rome;

' sa mémoire était abolie, et ses actes étaient annulés'"''.

En somme, l'apothéose impériale était plutôt une institution politique qu'un acte religieux. Elle avait pour but apparent d'é-

; lever un homme au rang des dieux, et pour but réel d'imprimer un caractère de perpétuité aux décisions d'un empereur. Par

'■' Lex Malacitana, lix.

(^) Tacite, Annales, XV, lxxiv.

f'' Eutrope, VII, xiii; VIII, m; Henzen, Acta fralrum Arvalium, p. 88; Tertuilien, Apol., v.

. ^^' Desjardins, dans la Revue de philologie, 1 879 , p. Aa-Zig ; Mowal, Bull. épigr., iSSr), p. 3o8-3i6, et 1886, p. 3i-36, et p. 187.

^*' 11 semble que quelques empereurs n'aient pas été divinisés, uniquement parce que leur règne fut très court, par exemple Tacite.

C') Dion, LX,iv; LXXIV, IV.

('' Suétone, Domitien, xxiii; Sparlien, Hadrien, xxvii; Lampride, Commode, xx; Digeste, XLVIII, iv, A, Sur la rescissio aclorum, voir Mommsen, Rom. Siaatsrecht (2' édition), p. 1073-1074.

elle, le sénat pouvait récompenser les princes dont il avait eu à se louer, et punir ceux dont il avait eu à se plaindre. Cette prérogative lui conférait un tel privilège qu'on lui laissait rarement la faculté d'en faire un libre usage. Dans plusieurs occasions, l'apothéose ne fut guère qu'une arme aux mains des factions. Quand Septime Sévère voulut se venger du sénat, il ne trouva rien de mieux que de l'obliger à déifier Commode, déjà voué à l'infamie'^'. Rien ne jette un jour plus vif sur l'esprit des Romains que cette déviation d'une pratique d'abord toute religieuse; mais rien aussi ne paraît plus naturel, lorsqu'on songe à l'idée qu'ils se faisaient du culte et de la divinité.

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