‹ Les assemblées provinciales dans l'empire romainChapitre 3 sur 73 · LE CULTE DE ROME ET DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

LE CULTE DE ROME ET DE L'EMPEREUR

Une des formes de l'apothéose impériale fut , dans les provinces , le culte de Rome et d'Auguste. Rome fut adorée comme une véritable divinité par les Asiatiques du jour où elle leur parut puissante. En i ()5, elle venait de vaincre Carthage et Philippe de Macédoine; elle avait proclamé libres tous les Grecs d'Europe et d'Asie; elle avait commencé à se mêler activement des affaires de l'Egypte ; et le moment ne semblait pas éloigné où elle s'attaquerait à Antiochus de Syrie. Les regards des Orientaux se tournèrent aussitôt vers elle, et, comme il arrivait toujours, ces populations molles et pacifiques lui vouèrent un culte qui tenait à la fois de l'admiration et de la crainte. Cette année même, un temple fût bâti à Smyrne en l'honneur de la « déesse Rome v ('-'. Peu après, Alabanda, ville de Carie, imita cet exemple f^l Pour obtenir une faveur du sénat, les Rhodiens décidèrent d'ériger dans leur principal sanctuaire une statue du peuple romain haute de trente coudées (*\ On a découvert à Délos une statue

^'' Spartien, Sept. Sévère, \i.

(^) Tacite, Annales, IV, lvi.

(^> Tite Live, XLIII, vi.

(*' Polybe, XXXI, xvi.

et une inscription qui prouvent qu'au premier siècle avant J.-C. une association de marchands, de marins, d'entreposeurs était placée dans cette île sous le patronage de la déesse Rome^^l Enfin un document de l'époque de Sylla nous montre le nom du peuple romain et peut-être celui de Rome réunis par la reconnaissance des Lyciens au nom de Jupiter Capitolin^^l Le culte de Rome persista sous l'Empire, et il n'est pas rare de le voir mentionné isolément sur les monuments épigraphiques et sur les monnaies '^'. Mais le plus souvent il se confond avec celui des empereurs, Auguste le premier avait voulu qu'il en fût ainsi. En 99 avant J.-C. il autorisa la construction de deux temples dédiés à Rome et à Jules César, l'un à Ephèse pour la province d'Asie, l'autre à Nicée pour la Rilhynie. Dans ces deux provinces, il permit également que deux temples fussent érigés pour Rome et pour lui, à Pergame et à Nicomédie. Il fit cette distinction, parce qu'il entendait réserver aux Grecs le soin de l'adorer et obliger les Romains domiciliés à adorer César ^*). Le temple de Pergame fut inauguré en 19 avant J.-C.^^', et dès lors ce précédent devint une règle qui souffrit peu d'exceptions (*^'. r Ce n'est pas qu'Auguste n'ait point été parfois de son vivant l'objet d'un culte particulier; mais généralement les hommages des peuples s'adressaient en même temps à lui et à Rome, surtout dans les provinces^'''. Tel était le cas de Terracine et de Pola en Italie, d'Athènes en Grèce, de Salonique en Macédoine, d'Assos, de Mylasa, de Nysa, de Cyme en Asie

<') Bull, de corresp. hellén., i883, p. 662. Cf. 1887, p. 9/».

(^) CL G., 588o; C./.L., VI, 37a.

f') CI. G., 3/190, 3887; Bull, de corresp. hellén., i884, p. 5i ; Archaol. Zeitung, 1877, p. 193; Lebas-Waddinglon , Inscript. d'Asie Mineure, 1908. CI. L., m, 399; V, liliÙ, 6991; Eckhel, II, 5 16.

W Dion,LI, XX.

(=' Eckhel, II, 466; VI, 101.

f*^ Suétone, Aug., m : «Templa. . . in nulla provincia nisi communi suo Romœque nomine recepit.n

^'^ H faut remarquer que parfois les textes désignent par le nom d'Auguste seul un culte qui en réalité était celui de Rome et d'Auguste. (Josèphe, Antiq. Jud., XVI, VI, 9.)

Mineure ^^l On ignore si l'autel de Tarragone avait le même caractère. On sait du moins avec certitude que celui de Lyon était consacré à Rome et à Auguste.

Il n'est pas possible, pour les années qui ont suivi ce règne, de ramener à une règle uniforme les détails du culte dont nous parlons. On laissa, semble-t-il, aux pouvoirs locaux la liberté de l'organiser à leur guise; il suffisait que le principe fût respecté.

Voici ce que les documents nous apprennent à ce sujet. Ils nous attestent d'abord que, sous l'Empire, il exista un culte en l'honneur de Rome et d'Auguste divinisé. Ce culte était aux mains d'un prêtre qui s'appelait «flamine de la déesse Rome et du dieu Auguste». On le retrouve dans les contrées et aux époques les plus diverses : en Italie sous Tibère et sous les Antonins ^^\ en Carie sous Titus ^^\ peut-être à Smyme sous Néron (*', en Crète dans l'année 196^^^, à Thasos, à Nîmes, à Ancyre, ailleurs encore ^''^. Toutefois il est probable qu'il ne prit pas un grand développement, et qu'il fut, dans beaucoup de cités, absorbé par d'autres cultes analogues. Parmi ces derniers, les textes nous signalent celui de Rome et des empereurs défunts. " En Espagne, par exemple, on connaît des «flamines de Rome et des Diviv ^''\ et l'on sait qu'un homme vivant n'est jamais ! Diviis. En Rétique, la même désignation apparaît dans un document de l'année 9 1 6 ^*l Le nom d'un prêtre pareil figure sur une inscription de Sardaigne antérieure à Caracalla'^l Dans une ville d'Italie il y avait un flamine «de tous les Diviry^^^K En

<" C./.L.,V, 18; X, 63o5; C. 7. G., 3696, 29^3, SSai, 3569; C. /. i., III, 63 et 334; Arch. des missions scientif., 1876, p. 207. (^) C.l.L., V, 3936; X, i3iet 5393.

(3) Bull, de corresp. hellén., 1881, p. 192. W CI. G., 3187.

W C./.L., Ill,/i.

('^) Revue archéoL, mars 1873; Orelli-Henzen , 6997; CI. G., liolig. m C./.L., II, 4191, 4939.

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