LES PROVINCES AVAIENT-ELLES LE DROIT DE RATTRE MONNAIE
Dans l'antiquité comme de nos jours, le droit débattre monnaie était le privilège exclusif de la souveraineté ^^\ De là vient que, sous l'Empire, ce droit fut exercé simultanément par le prince et par le sénat. Le prince tirait cette prérogative de l'autorité absolue (^imperium) que la loi lui conférait^^'; le sénat l'empruntait à cette espèce de fiction qui le faisait considérer comme représentant le peuple romain tout entier^^l Toutefois il y eut dans la pratique un partage d'attributions entre eux. L'empereur fut seul chargé de frapper les pièces d'or et d'argent, et le sénat frappa seul les pièces de cuivre^*'. Cette règle
('^ Lenormant, La monnaie dans l'antiquité , t. Il, p. 3.
(*) Dès l'époque répubiiraine, trie général, qu'on l'appelât dictateur, consul, préteur, proconsul, propréleur, ou qu'il fût seulement désigné par le titre d'tmperalor, avait, par le fait même du commandement en chei {impei'ium) dont il était revêtu, le droit de battre monnaie. tj (Mommsen, Hist. de ta monnaie rotnaine , t. II, p. 57, de la traduction française.) «Vimperator avait de tout temps frappé des monnaies d'or et d'argent hors de Rome ; César en fit frapper à Rome même; Auguste, ayant obtenu la puissance suprême, fit un pas de plus en réservant exclusivement ce droit à ïimperator.n []bid., III, 7. Cf. Slaatsrecht, II, 98^-985, 2' édit.) Sous Auguste, quelques proconsuls émirent encore des monnaies dans les provinces sénatoriales : L. FABRIC(«u«) PATELLIV(s) en Cyrénaïque; AFK{icanus) FA(6iu«) MAX(imm) COS. PROCOS. (en Afrique). (L. Millier, Numismatique de l'ancienne Afrique, I, p. i65;Il, p. 61.)
P) Le sénat, héritier des prérogatives du peuple, était considéré, sous l'Empire, comme la source même de la souveraineté. Tacite, Hist., I, xlvii : trVocat senatum prœtor urbanus..., adcurrunt patres, decernitur Othoni tribunicia potestas, et nomen Augusli, et omnes principum honores.» I, lxxxiv : «Senatus nobiscum est : sic fit ut hinc respublica, inde hostes reipubhcœ consliterint.» IV, m : «Senatus cuncta principibus sohta Vespasiano decemit. » Dans les documents officiels, le sénat s'a[)pelait «senatus populusque romanus.n (Capitolin, Maximini, xv.)
W Lenormant, La monnaie dans l'antiquité, II, '100-/101.
lAS LES PROVINCES AVAIENT-ELLES
demeura en vigueur pendant près de trois siècles, et, si l'on excepte une vaine tentative de Néron pour l'abolir, elle fut toujours respectée ^^\ A côté de la monnaie d'Empire, destinée à circuler partout, il y en avait une autre que l'empereur émettait pour les besoins particuliers de telle ou telle province, et qui n'avait cours légal que dans la province même. Celle-ci était toute en cuivre dans les contrées occidentales, et elle n'y fut frappée que jusqu'au règne de Néron'-'. En Orient, au contraire, elle était en argent, mais jamais en or. «Le plus souvent la monnaie d'argent fabriquée ainsi pour le service d'une province déterminée est une monnaie purement impériale, qui n'a de local que son type et son système de poids. Le nom de la province n'y apparaît pas, car l'émission est faite au nom du souverain, au nom du gouvernement central, et le monnayage ne porte en rien le caractère d'une autonomie indigène '^'. »
Les provinciaux cependant avaient certains droits monétaires, qui variaient, il est vrai, suivant les pays. Nous n'avons pas à nous occuper ici de ceux qui concernaient les villes. Nos recherches doivent se borner aux assemblées régionales, et voici ce que les numismates nous apprennent sur elles.
Parmi les espèces exclusivement provinciales, il faut distinguer les médailles et les monnaies. Les premières ne sont pas faites pour servir aux transactions ; elles sont plutôt commémoratives; elles n'ont d'autre objet que de rappeler le souvenir de quelque événement; ce sont toujours des pièces en bronze et de grande dimension. Beaucoup d'entre elles sont fabriquées par les cités; mais il en est aussi qui le furent par les xoivâ^^K II est évident que nous n'avons pas à en tenir compte. L'existence de
^') Mommsen, Hist. de la monnaie romaine, III, ii.
^'^1 Lenormant, II, p. 189-190. Par une anomalie encore inexpliquée, on voit apparaître, sous Philippe l'Arabe, une monnaie de cuivre frappée spécialement pour la Dacie. (Mionnel, I, p. 35o; Lenormant, II, 19/», noie.)
(') Lenormant, II, 1/19-1 53.
'*' Ex. Kotvàv &pé.xwv kXe^dvSpia Uvdia. èv <J}tXfititoT:6Xei (Mionnet, I, p. Ai 7; Eckhel, il, p. A3). Upura xotvà kalasèv 'S.ftvpvri (Eckhel, II, 56o). Kotvov y isô- Aewf (Eckhci, II, 507-608). Kojroi» narjwvjW (Mionnet, suppl.,VI: lonxe, 728).