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CHAPITRE IL

Les provinces étaient depuis Dioclétien groupées en diocèses, et les diocèses en préfectures. Celles-ci étaient, pour tout l'Empire, au nombre de quatre : Italie, Gaules, Illyrie, Orient. Quant aux diocèses, on en compta douze à la fin du m" siècle, et quatorze dans les premières années du v". Ils étaient d'étendue fort inégale. Il y en avait un, par exemple, qui comprenait la Gaule tout entière, depuis les Pyrénées jusqu'au Rhin, un autre qui allait des environs de Rome au Danube, tandis que ceux de Dacie et de Thrace couvraient un territoire beaucoup moins vaste. En général, ces circonscriptions offraient une certaine unité géographique ; elles réunissaient des populations qui avaient entre elles des affinités de race et d'intérêts; et, à ce titre, elles étaient quelque chose de plus qu'une subdivision administrative.

Les empereurs ne créèrent pas des assemblées de diocèse; mais ils permirent à leurs sujets d'en former partout où ils voudraient, La plus ancienne que l'on connaisse nous apparaît en 36/i. Cette année-là, en effet, «les Espagnes» élevèrent un monument à un personnage qui avait été vicaire du diocèse '^\ et il est clair que ce fut d'après un vote du concilium commun aux différentes provinces du pays. Une loi publiée en 38 9 proclame pour chaque diocèse la liberté c^de délibérer collectivement et d'envoyer des délégués à la cour»; elle place sur le même pied ces sortes de réunions et celles qui étaient restreintes

'') C. I. L., VI, 1729 : rrFl. Sallustio V. c. cons. ordinario prœf. prœt. comiti consislorii , vicario urbi Rom;p, vicario Hispaniariim, vicario quinqueprovinciarum. . . HispanicT dicaverunt.»

à une province isolée; c'est aux populations qu'il appartiendra de choisir, suivant les circonstances, l'un ou l'autre procédé ^^'. L'édit étant adressé ad provinciales dut être applicable à tout le monde romain, et il est visible, à la manière dont il s'exprime, que l'empereur ne prétend nullement établir par là une institution nouvelle. L'essentiel dans sa loi n'est pas le fait de l'existence des assemblées diocésaines, mais plutôt le détail des prescriptions qu'elle énonce à leur sujet.

La rareté des documents qui ont trait à ces diètes donne à penser qu'elles ne fonctionnaient pas à l'état permanent. Leurs sessions ne revenaient pas à intervalles fixes ; il fallait , pour les faire entrer en activité , qu'un intérêt identique invitât les provinces à se rapprocher; dans ce cas, mais dans ce cas seulement, il y avait lieu de convoquer un concilium de ce genre. Peut-être les empereurs ne favorisèrent-ils cette pratique qu'afin de remédier à un abus de jour en jour plus intolérable. Deux ans auparavant, Théodose avait engagé les cités à se concerter entre elles, chaque fois qu'elles désireraient lui présenter quelque requête, et à n'élire que trois délégués par province^-'. La loi de 382 procède du même esprit. Elle avait probablement pour objet de réduire la multitude des députations qui encombraient le palais du souverain, d'atténuer les dépenses qui en résultaient tant pour les envoyés eux-mêmes que pour les corps qui les nommaient, et d'alléger les charges qui de ce chef pesaient sur le service des postes impériales.

Une grande nouveauté fut introduite, à cet égard, dans la Gaule sous le règne d'Honorius. Le préfet du prétoire Petronius imagina de donner un caractère de périodicité à l'assemblée diocésaine du pays, et il est certain que ce projet reçut un commencement d'exécution. La date de cette innovation ne nous

''' Code Théodos., XII, xii, 9 : trSive inlenfra diocœsis in commune consiiliierit. . . n Et plus loin : «Si intégra diocœsis unum vel duos elegerit quibus desideria cuncta commiltat.»

(^' Code Théodos., XII, xii, 7 : tfCum desideria sua singulae civitales cupiunt explicare, non viritim legatos mittant ad nostri numinis comitatum, sed, traclalu habitoquc conventu, 1res e provincia, qui pelilioncs advehant, delegentur.n

est pas signalée d'une manière bien précise; quelques indices nous la laissent seulement deviner. Petronius est sans doute le même personnage qui fut vicaire d'Espagne en SgS-Sg^^^^ préfet des Gaules après Vincentius, c'est-à-dire après /ioo'^', et consul en /io6. La réforme eut lieu, par conséquent, dans l'une des années lioi-hob, et il y a apparence qu'elle suivit de très près la translation à Arles du siège de la préfecture, auparavant fixé à Trêves (^l

L'assemblée avait à peine inauguré ses séances qu'elle fut forcée de les interrompre. La Gaule, en effet, se trouva tout d'un coup livrée aux horreurs de la guerre étrangère et de la guerre civile. Une multitude de barbares franchit le Rhin , et dévasta la plupart de ses provinces ^^l Puis ce fut le tour d'un usurpateur,

0) Code Théodos., IV, xxi, i; lV,xxu, 5; XII, i, i5i.

("^î En SgS, le préfet des Gaules était Théodore {Code Théodos., XII, i, i4o et i48). Il fut remplacé par Vincentius (Symmaque, Epist., IX, xxni), dont le nom fi{;ure dans dos constitutions do 897 {Code Justin., III, xiii, 5), de 398 {Code Théodos., VII, xiv), de 899 {ibid., XI, 1, 26; XII, xv), de 4oo {ibid., IV, xxiii, 1 ; VII, VIII, 6; VII, xviii, 10; VIII, v, 61 ; XII, xix, 1, 2, 3), et qui fut consul en /ioi. Ceux qui remplirent cette charjje après lui furent Petronius, Limeiiius et Dardanus. Or Dardanus l'occupait dans les années f\og-tn3 {Code Théodos., XII, I, 171; Prosper d'Aquitaine, Chronique, ad a. iii3; Wilraanns, laAo). Petronius lui fut donc antérieur, puisque son nom se lit en tète d'une loi d'Arcadius {Code Justin., XI, lxxiv, 3), lequel mourut en UoH (Zosime, V, xxxiv; Socrate, VU, i). Il fut même antérieur à Limonius, puisque ce dernier était préfet en A08 (Zo'iime, V, xxxii), et que Petronius fut élevé au consulat en /io6.

(') On a proposé pour cet événement les dates les plus diverses, depuis l'année 399 jusqu'à l'année il 8. Le plus simple est de la faire coïncider avec l'adminis- Iration de Petronius.

(') Orose, VI II, xl : «Génies Alanoruin, Sueborum, Vandalorum, multaequé cum liis alia; Francos proterunt, Rhenum transeunt, Gallias invadunt, directoque impetu Pyrenœum usqiie pcrveniunt.i Prosper d'Aquitaine, Chron., ad a. /106 : trVandali et Alani Gallias, trajecto Rlieno, pridie kal. Januarias ingressi.» Saint •Jérôme, Epist. ad Ageruchiam (D. Bouquet, 1, ']Uli) : rtinnumerabites et ferocissimœ nationes universas Gallias occuparunt. . . Moguntiacum, quondam nobilis civitas, capta atque subversa est. . . ; Vangiones longa obsidione deleti; Remorum nibs prœpotens, Ambiani, Atrebatœ, extreraique bominum Morini, Tornacum , Nemetœ, Argentoratus translata in Germaniam. Aquitaniœ Novemque populornm, Lugdunensis et Narbonensis provincia;, prœter paucas urbes, populata sunt cuncta , quas et ipsas loris gladius, intus vastat famés.» Pétigny, Etudes sur les institutions de V époque mérovingienne, I, p. a55-9Gj.

Constantin, qui réussit à détacher de la domination romaine presque tout l'Occident '^^ La crise heureusement fut de courte durée. Les barbares firent beaucoup de mal; mais ils passèrent vite pour aller aussitôt se perdre en Espagne ^-l Constantin capitula dans Arles en Ai i ^^\ et Jovin, qui voulut l'imiter, fut pris peu a|)rès dans les environs de Valence f'I

Quand le calme fut revenu , on songea a convoquer de nouveau l'assemblée gauloise, et Honorius, sur le conseil du préfet Agricola, promulgua le célèbre édit de /iiS^^l II serait utile de savoir si bîs dispositions de cette loi différaient des règlements élaborés par Petronius. Mais il n'est pas une ligne du document (jui nous éclaire là-dessus. Peut-être quelques modifications furent-elles apportées à la précédente ordonnance; mais elles se

('' Piosper d'Aquitaine, Chronique, ad a. 607 : rrConslantinus ex infuna militia, ob solam speciein nominis, in Britannia tyrannus exorilur, et ad Gallias Iransil.i Oroso, Vit, XL : tfQui coalinuo, iit invasit imperinni, in Gallias transiit. . . Misil in Hispanias judices; quos cum provincia- oba.'dienk'P ancopissenl. . . » Zosime, VI, ii-iv; Sozomène, IX, xi. Olympiodoro [Frojpn. Iiislor. Grœc, IV, p. 69, n" 1 2) : Kuival avjlvoi eîi ro toZ a^ToxpctTopos dvctêtëdlerai ovofia. Outos lovalïvov xat ^eoSijdalnv al pa.-cr)yoxii ■sspo^aXopi.svos Kcti tàs BpSTrar/as iâaixi , tsepaioùjai d\ia rwv avTov èiii hovciivi^v. . . V.vOa êtarpii^as , xat oXov rov FaXXov xai Axînavov aT partûrriv iêionotnadiievos , xpirsï isdvTùôv tùv (ispôHv Tfjs TaXa'iias f^e^P' ÂAwswi' Tsùj/ (tera^v iTaX/as ts xai PaAttrias. Voir deux' aiticies d'Am. Thierry sur Arles et le tyran Coitstnnlin, dans la Revue des Deux-Mondes (i*''fit i5 mars 1857).

(-' Prosper d'Aquitaine, Chron. , ad a. /'109 : ffVandali Hispanias occiipaverunl.j' Prosper Tiro : rrHispaniarum ])artenn inaxiniam Suevi occnpavere.» Idace, Chron. : r. Alani, et Vaiidaii, et Suevi Hispanias injfressin (en A09). Orose, VII, xl-xi,i.

'■''' Orose, VII, xmi : «(^onslanliiis comos, in Galliam cuin cxercitu profectus, Constanlinum iniperatorom apud Arelalem civilatcm clausit, cepit et occidit. -i Prosper d'Aquitaine, Chron., ad u. h\\ : tfConstantinus per Honorii duces apud Arelatense oppidum victus et captus est.n Olympiodore [Fragm. hist. Grœc, IV, p. 59, n" lO).

(''' Orose, VII, XLii : trjovinus, vir Galliarum nohilissimus, in lyrannidem mox ut adsurrcxit et cecidit. Sebaslianus, tValer ojnsdem , hoc soium ut tyrannus morerelur, elegil; nam continuo ut creatirs occisns esl.n Voir, sur ces révoltes, (jibbon (trad. Guizot), I. VI, p. 10^1-1 la; Fauriel, Histoire de la Gaule méridionale, 1, io5-io6, 118-119; Histoire du Lanfruedot;, I, p. 388-898 (nouvelle édil.); Pétigny, I, 3 0 5-3 12.

(*' Cet édit se trouve dans dom Hon(|uol, I, p. 7GG; dans Ilaniel, Corpus legum ab imperatoribus lalarum, p. ;!38; ot dans Pardessus, Diplomata ad res Gallofrancicas spectaulia, p. 3-6.

réduisirent évidemment à des détails secondaires '*l Nul doute, en particulier, que l'ancien ordre des choses n'ait été respecté sur ces deux points, le nombre des provinces qui participaient à la diète , et la ville oii elles devaient se réunir ^^\

Les seules provinces que l'édit-d'Honorius appela au concîlitim d'Arles furent la Viennoise, les deux Narbonnaises, la Novempopulanie, les deux Aquitaines, et les Alpes Maritimes. Ce n'était pas là, à proprement parler, une assemblée de diocèse. Le diocèse des Gaules, en effet, comprenait officiellement les dixsept provinces délimitées par le Rhin, les Alpes et les Pyrénées. C'est par suite d'une erreur manifeste, ou tout au moins d'une incorrection d'expression, qu'il est désigné dans la Notkia sous le nom de Seplem Provinciœ^^\ On n'a qu'à se reporter quelques lignes plus bas pour se convaincre que ces sept provinces étaient en réalité dix-sept '^l II y avait eu vraiment deux diocèses en Gaule au iv^ siècle '^l Quand ils eurent été confondus, l'habitude persista encore, et cela jusqu'au milieu du v% de distinguer, dans le langage courant, les Gallicanœ provinciœ, qui équivalaient à l'ancien diocèse des Gaules, et les vu provinciœ, identiques à l'ancien diocèse de Vienne ^''l Bôcking va même plus loin : il prétend qu'il se faisait, dans la pratique, un partage d'attribuer Honorius ordonne de suivre «hanc pr.eceptionem noslram», c'est-à-dire l'édil de Al 8, et crpriorem sedis sua; dispositionem», c'est-à-dire les arrangemeuls pris par Petronius.

'^) Gela paraît bien résulter de cette phrase : «Si ([uidem hoc, rationabili piano probatoque consilio, jam et vir iliustris Petronius priefectus observari prœceperit , (|uod inlerpellatum vei incuria lemporum, vel desidia tyrannorum, reparari solila prudcntiic nostrae aucloritate decernimus.n

(') Notitia (édit. Seeck), p. i lo, III, m.

f'' Ibid., p. 111, li^jne lA.

('') Voir la Liste de Vérone, dans Seeck, p. aig-aSo; Bouché- Leclercq, A/anue/, p. 9ii-2i5; Mommsen, Mémoires Hur les province» romaines, p. h^-bt (trad. Picot); Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, t. III, p. 46a.

(*) ffDiiectissimisfratribus per Gallias et quinque provincias constitutis episcopisr» (Sirmond, Concilia Galli^, I , p. i8). Même expression dans un document ecclésiastique de /îoi {ibid., p. 97). Lettre de l'usurpateur Maxime au pape Siricius : rrVel qui intra Gallias, vel qui intra quinque provincias commorantur» {ibid., p. a3). Lettre du pape Zosime : ffEpiscopis per Gallias et septem provincias constitutis^ {ibid., p. Ii9.). On lit dans la Notitia Galliarum, qui date du v' siècle : rln pro-

lions entre le préfet du prétoire et le vicaire, que le premier avait sous son autorité directe les dix provinces du Nord, et que les sept autres dépendaient du second. Il est vrai que la Notitia les range toutes sub dispositione vicarii m provinciarum ^'^. Mais Bôcking est d'avis que le vicaire n'administrait celles du Nord (ju'en l'absence et par délégation spéciale du préfet^'^l

Guizot émet, à propos de l'assemblée d'Arles, une conjecture singulière. Il croit que le pouvoir impérial, se sentant incapable de gouverner la Gaule, prit le parti de l'abandonner à ellemême, et que l'édit de /n8 eut pour objet de la rendre complètement maîtresse de ses destinées'^'. Les faits ne confirment guère cette opinion. L'idée première de l'institution fut conçue, comme il a été dit, par Petronius vers /io3. Or, à cette date, les conseillers d'Honorius avaient si peu le dessein de renoncer à la Gaule, qu'ils employèrent tous leurs soins à la recouvrer sur l'usurpateur Constantin, malgré les sincères propositions d'alliance que celui-ci prodigua à la cour de Ravenne^^l La Gaule, par sa situation entre l'Italie et l'Espagne, par l'étendue de son territoire, par sa population, par sa richesse, offrait de trop grands avantages à l'Empire pour qu'il se résignât facilement à la perdre. Au m" siècle, elle était considérée comme la principale force de l'Etat'^'; Honorius devait l'envisager toujours ainsi, et à plus juste titre, puisqu'il ne possédait plus que la moitié du monde romain. Loin d'être une concession à l'esprit particulariste des Gaulois, l'édit de 4 18 fut un moyen de resserrer le lien qui les unissait à l'Empire. Ce n'est pas seulement

vinciis GaHicanis quœ civitates sintn (Seeck, p. 962), et plus loin : ffltein in provinciis numéro viir» (p. 268).

''' Seeck, p. 1 70.

f-' Bôcking, Nolitia dignitatiim, Occid., p. /176.

''' Histoire des origines du gouvernement représentatif, t. I, p. 36.

'^' Olympiodore (Fragm. hist. Grœc, IV, p. 09, n" 1 2) : Y^vvcfvavûvns eh ivpavvièoL iodets ■apeaSeûcTat 'usooe Ùveipiov, ixwv (lèv Haï xmo tûv al paitunSiv piaaOeîs inoXoyovfisvos âp^cti , anyyvéyLtw êè ah'2v, xat Trfv Tfjfs ^SaitAe/as a^mv Koivù)viav. Zosime, V, xun. Orose, VII, xlii : aHonoriiis imperalor. . . lyrannos deleri jiibet.» Il ajoute que la chose fut faite tfmagna induslria et feiicitate. n

f') Trebellius Pollion, Claudius, vu : rtGallias el Hispanias, viras reipublicœ.»

23/i LES ASSEMBLEES

parce qu'il leur assurait un contrôle plus efficace qu'autrefois sur les agents du prince; c'est aussi et surtout ])arce qu'il leur imposait des démonstrations plus fréquentes de loyalisme. On trouvait à cette mesure un double profit. Elle encourageait à l'obéissance par les garanties de bonne administration qu'elle promettait. De plus, en obligeant les députés des sept provinces à délibérer tous les ans sous les yeux du préfet, elle les cmpêcbait d'oublier qu'ils étaient les sujets de Rome, et elle leur montrait que l'empereur avait le droit d'exiger d'eux le concours même de leurs lumières.

Le concilium d'Arles est le seul exemple que nous ayons d'une assemblée régulière de diocèse. Partout ailleurs, ces diètes conservèrent le caractère que leur attribue la loi de 882. C'est du moins la conclusion que l'on peut tirer du silence des documents, et il est probable que, s'il en eiit été autrement, on en découvrirait quelque indice dans les innombrables constitutions du code Théodosien. Cette anomalie s'explique par plusieurs raisons. Pour ce qui concerne l'Italie, il est permis d'alléguer qu'une assemblée de ce genre eût fait double emploi avec le sénat (le Rome. L'Afrique manquait d'unité, puisque, sur six provinces, cinq relevaient du vicarius, tandis que la plus importante, l'Afrique proconsulaire, était placée directement dans la main du prince^''. L'Espagne, dès les premières années du v" siècle, se trouva morcelée en plusieurs Etats barbares, très indociles à l'égard de Rome, et très acharnés à se faire la guerre entre eux''^', si bien qu'à partir de ce moment elle fut à peu

'') Notitia (Seeck), p. i65 : «Sub disposilione viri spectabilis vicarii Africaj : consulares Byzacii, Numidùn, prœsides TiipolUanac, Maurilaimc Sitifensis, Mauritaniœ Caesarieiisis. n Code Théodos., I, xv, 10 : «Vicario Africic aditns provincitc proconsularis inhibendus ost.51 Ibid., XI, xxx, 3 : (Ad Probianum, proc. Alrlc.) crAppellationuin causas, qnos per vos in audilorio vestro, qnibus vicem noslri mandamus examinis. . . n Orelli , 3673 : «Proconsuli provinciœ Africc vice sarra judicanli.n Bôckinjj, Occid., p. i/i8.

'-) Sur l'élal de l'Kspajrne à celte époque, consulter principidemeul blac!> ( Palrol. latine de Migne, t. LI, p. 879-890). Cf. Orose, VH, xi,ui : trNunr, qnotidie apiid Hispanias fjeri bcUa ifciituini el agi slrages ex allcnilio barbaiorum criibris ccrtisqin' inintiis disciiuus."!

près perdue pour l'Empire, malgré la présence des faibles contingents et des magistrats impuissants que la cour de Ravenne y entretenait '^l L'île de Bretagne fut évacuée par les légions vers le même temps, et elle ne cessa désormais d'être en proie aux invasions des Pietés et des Scots^-'. La Gaule septentrionale demeura encore romaine de nom, et peut-être de cœur; mais l'autorité d'Honorius et de ses successeurs ne s'y exerça plus que d'une façon intermittente'^'. On sait, au surplus, qu'en ces matières les emj)ereurs n'aimaient pas à devancer le vœu des populations. Or il est possible que dans la plupart des provinces la pratique des concilia de diocèse ait rencontré peu de faveur, et que les hommes n'aient pas jugé avantageux de délibérer de la sorte. La Gaule, au contraire, en avait gardé longtemps l'habitude. Pendant trois siècles, le conciliiim Galliarum avait appelé chaque année à Lyon les députés de la contrée tout entière, sauf la Narbonnaise, et à plusieurs reprises cette vaste région avait formé un Etat indépendant et unifié. La création de la diète

^'' Prosper d'Aquitaine, Chron., ad a. /i92 : ttHoc lempore exercitiis ad Hispanias contra Vandales missus est, cui Cassinus diix fuit.» Idace, p. 878, n" 96 : trAsterio Hispaniarum comité.» Ibid., n° 28 : crCastinus nia^ister militum cum magna manu et auxiliis Gotliorura belluni in Baîtica Vandalis infert. . . ; ad Tarraconam victus efFugit.j» P. 881, n° 17 : «Asturius, dux utriusque militia>, ad Hispanias missus.» P. 889, n" 99 : ffVitus, majjisler utriusque mililia; factus, ad Hispanias missus, non exiguœ manus fretus auxiiio. . . difTugit.n P. 883, n° 99 : ffAd Suevos Mansuetus, cornes Hispaniarum , ot Fronto, simiiiter comes, iegati, pro pace mittuntur.» I*. 887, n" h : «Per Suevos Romani cum redore suo repentino occidunlur incursu.r» ibid.: «Majorianus Hispanias iiigredilur imporator. "

f'^ Zosime, VI, it : Ùvwpiou Se ypdyifioLut tspos ràs èv BpsTtavia, y^pr](jayiévov zsôXeis «pvAarTSffOa» 'zsapa-yyéXovai. Rèdc, Hist. eccL, I, xn : ffXum Romani denuntiavcre Brittonibus non se ultra ob eorum defensionem lam laboriosis expeditionibus posse i'atigari ; ipsos potius mononl arma corripere et cerlandi cum hostibus studium siibire.55

(^) Zosime, VI, v. (Cf. l'analyse que M. Fustel de Coulangos donne do ce texte dans les Institulions jmliti/jues de la France, I, p. 591-092, 9° édit.) En /iA8, cette contrée était encore indépendante, et Aetius songea à la soumettre (D. Bouquet, l, 6A9-6A3). Prosper d'Aquitaine, Chronique, ad a. ^198 : «Pars Galliarum propinqua Rlieno, quani Franci possidendam occupaverunl, Aetii comitis armis recepta. » Dans la campagne contre Attila, les «s Armoricani» servent simplement comme auxiliares, au même titre que les Burgondes et les Alains. (Jordanis, Gelica, 30.)

d'Arles n'était donc qu'un retour partiel vers le passé. Ces réunions générales et périodiques étaient, pour ainsi dire, dans la tradition des Gaulois, et il est naturel qu'on ait eu l'idée de les établir de préférence là où les hommes devaient être disposés à les accueillir le mieux.

Le malheur est que les prescriptions de l'édit de 4 1 8 ne furent pas rigoureusement appliquées dans les années suivantes, et que l'assemblée des sept provinces eut de fréquentes éclipses. Est-ce la faute des populations ou des circonstances, si son activité fut moindre qu'on n'eut voulu? La question est plus facile à poser qu'à résoudre. Toujours est-il que, vers 45 o, on ne parlait déjà plus d'elle. A cette date, plusieurs évêques du midi de la Gaule écrivirent au pape pour réclamer le maintien des prérogatives ecclésiastiques dont jouissait le siège métropolitain d'Arles. Ils invoquent dans leur lettre des arguments d'ordres très divers. Ils font valoir qu'Arles a eu pour premier évêque saint Trophime, institué par saint Pierre lui-même, et que c'est de là que le christianisme s'est propagé dans le reste de la Gaule; ils rappellent que cette cité porte le surnom de Constantina, qu'on y prend parfois possession du consulat, qu'elle est la résidence du préfet et des hauts dignitaires du pays, qu'une multitude de gens y viennent de toutes les cités pour défendre leurs intérêts communs ''l C'eût été évidemment le cas de mentionner le concilium, si à ce moment il eût encore fonctionné. Le document n'en dit rien, et il serait téméraire de voir une allusion à son existence dans la phrase où les évêques signalent en gros ries privilèges accordés à Arles par Valentinien et Honoriusw.

La diète toutefois n'avait pas définitivement disparu. Il est certain qu'en l'année 455 elle joua un rôle dans l'élévation d'Avitus à l'empire*^'. C'est elle aussi qui en 468 accusa le préfet du prétoire Arvandus devant le sénat '^'. Mais on devine ,

'■' Sirmond, Concilia Galliœ, I, 89-90. '^' Voir plus bas, chap. vi.

'') Sidoine Apollinaire, Episl., I, vu : «rLegali provinciœ Gallix. . . Arvandum pubiico nomine accusaluri cum gestls decretalibus iiisequunlur. Qui inter cjclera

par ce double exemple, qu'il fallait des motifs d'une rare gravité pour la déterminer à se réunir et à agir. En somme, la réforme ébauchée en /n 8 avait presque échoué. On avait voulu assurer à la Gaule une représentation permanente. La Gaule se prêta peut-être, pendant quelque temps, à cette expérience; mais bientôt les sessions, au lieu de rester annuelles, s'espacèrent de plus en plus, au point de devenir, pour ainsi dire, accidentelles'". L'établissement des Wisigoths en Gaule '-', leur turbulence toujours croissante, leurs fréquentes incursions dans les contrées voisines '^^, y contribuèrent sans doute pour une large part. Qui sait pourtant si le succès de cette tentative ne fut pas également compromis par l'indolence d'une population trop peu soucieuse de faire vivre une institution dont elle ne retirait que de médiocres avantages?

quœ sibi provinciales agenda mandaverant. . .» Ain. Thierry suppose avec raison que le procès fut engagé au nom de l'assemblée d'Arles ( Récits d'hùtoire romaine , p. 6/1-65).

'') Un lait aiialojjue se produisit pour les conciles; rapprocher le 5° canon du concile d'Hippone tenu en 898, le 8° du concile de Carthage réuni en Agi, le i"" du concile de Carthage assemblé en /107, et le g° du concilium Milevitanum de A 16. Voir aussi le 8° canon du synode de Riez en hSg (Sirmond, l, lxv) et le 99" du synode d'Orange en 5i;? [ibid., 1, lxxi).

'*) Prosper d'Aquitaine, Chronique, ad a. /i 19 : «Constantinus patricius pacem fumât cum Wallia , data ei ad habitandum socunda Aquitania et quibusdam civitatibus confinium provinciarum.71 Idace : trGolhi per Constantinum ad Gallias revocati sedes in Aquitanica a Tolosa usque ad Oceanum receperunt.n Orose, Vif, xuii : ftW^allia... pacem optimam cum Honorio imperalore datis lectissimis obsidibus pepigit.^

'•^) Prosper d'Aquitaine, Citron. , ad a. A 96 : «Arelas a Gothis multa vi oppugnatum est.» Ad a. /i36 : «Gothi pacis placila perturbant, el pleraque municipia sedibus vicina suis occupant, Narbonensi oppido maxime infesti.» Ad a. /i38 : tfAdversum Gothos in Gallia quaedam prospère gesta.» Idace, p. 879, n" /i; p. 880, n°' 13-1 3; p. 881, n" i4-i5. Sidoine Apollinaire, Epist., III, 1 : «(Gothi) Septimaniam suam fastidiimt. . . veterum fmium limitibus cffractis..., possessionis metas in Rbodauum Ligeriœque prolerminant. ^i Ibid., Vil, v.

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