‹ Les assemblées provinciales dans l'empire romainChapitre 8 sur 73 · ASSEMBLÉES ANCIENNES, MODIFIEES PAR LES ROMAINS · texte numérisé non relu

ASSEMBLÉES ANCIENNES, MODIFIEES PAR LES ROMAINS

Le i*""" août de chaque année, les anciens Gaulois célébraient à Lyon la fêle du dieu Lug. 11 y avait là, à cette occasion, un grand concours de personnes accourues de toute la Gaule pour assister aux cérémonies religieuses, aux foires, aux tournois littéraires et poétiques qui rehaussaient l'éclat de ces solennités^^^ Avaient-elles aussi un caractère politique , comme en Irlande ? La chose est fort douteuse. Les questions politiques devaient être débattues plutôt dans ces concilia dont parle César, et qui étaient de deux sortes, les uns particuliers à chaque peuple, les autres communs à la Gaule entière et par cela même très rares ^^^. L'assemblée de Lyon fut maintenue sous l'Empire, mais en prenant une forme toute différente. On devine, d'après le récit de Dion Cassius, comment s'opéra cette transformation'^'. En l'année 1 2 avant J.-C. , les Sicambres et leurs alliés menaçaient la frontière du Rhin. Drusus, gouverneur des Gaules, se préparait à les attaquer, mais il voulait être sûr que pendant l'expédition sa province, alors quelque peu agitée ''', demeurerait tranquille. Il manda à Lyon les notables du pays , et les détermina à instituer le culte de Rome et d'Auguste dans un temple qui fut inauguré le i^'août de l'an lo'^'. Il pensait que la crainte de

'■> D'Arbois de Jubainvilie, Le cycle mythologique irlandais, p. 5, i38, 189, 3o4. 3o5; cf. Nouvelle Bévue historique du droit, 1881 , p. igS-aiS.

<^) César, De bello Gallico , I , xxx ; II , iv ; V, xx et xxiv ; YI , m ; VII , i , lxiii , lxxv ; Fuslel de Goulanges, Institutions politiques , I, SSg-Bgi (a° édit.); Desjardins, Géographie de la Gaule romaine , II, 54o-5i3.

W Dion,LIV,xxxn.

^''- TiteLive, £)^ùo»ne, cxxxvii : «lumultus, qiiiob censum exortus in Galliaerat.»

(^^ Suétone, Claude, 11. Sur cotte double date, voirLenormant, La monnaie dans l'antiquité, II , p. 1 88 et 189, note 3.

m ORIGINE

commettre un sacrilège les obligerait à rester dans le devoir. Par ce moyen, les habitudes des Gaulois étaient respectées, puisque rien n'était changé à la date ni au siège de leur réunion; mais en réalité cette fête n'était plus la même que dans le passé. Jadis elle avait pour objet le culte d'un dieu national; désormais c'était à une divinité étrangère, c'était au maître de l'Empire que ces populations allaient adresser leurs hommages; un acte d'adoration religieuse devenait ainsi un acte d'obéissance politique. A l'autre extrémité du monde romain, trois peuples d'origine également gauloise, les Trocmi, les Tectosages et les Tolistobogi, étaient groupés, au temps de leur indépendance, en confédération. Ils avaient un conseil de trois cents membres, qui s'assemblait en un lieu nommé Drunementum , et qui paraît avoir eu des attributions assez étendues ''l C'est de là probablement que dériva caxotvov TaXaTcovc^m, dès la (in du règne d'Auguste, votait la construction du fameux temple d'Ancyre ^^*. On en trouve la preuve dans ce fait que les peuples gaulois étaient seuls représentés dans ce xoivév^ à l'exclusion des autres habitants de la province de Galatie.

On peut ranger encore dans cette catégorie deux confédérations helléniques qui se montrent, la première, au début de l'Empire, la seconde, sous Hadrien.

Il y avait au premier siècle de notre ère une ligue qui embrassait la plupart des peuples de l'Achaïe; les Athéniens, les Lacédémoniens, les Eleuthérolaconiens, les Eléens, étaient en dehors, parce que leur condition de peuples libres les rejetait, pour ainsi dire, hors des limites de la province ^^l Dans une inscription de la fin de la République ou au plus tard du règne d'Auguste, cette ligue s'appelle to xoivbv Bo;<yTfi5r, EtîêoeW, Aoxpùivy ^cjxéôJVj Aupiécov^'^K Sous Caligula, un autre nom, celui d'Ap^aiôîj;, s'ajoute à ce titre, peut-être parce que dans l'intervalle

f'' Striîbon, XII, V, 1 ; Perrol, De Galatin provincia romana, 16-19.

(^' Motnmsen, Res ftostœ divi Augusli{ii° cdit.), p. \ et xi.

'•''' Foiicart , Imcript. de Mensénie ,819.

'''' C. /. A., lll, 568; Monimsen, Ephemms epiip., I, p. i5t.

les Achéens s'étaient agrégés à elle^'l Son siège était à Argos'^', et elle avait pour culte principal le culte des empereurs ^^l Elle fut évidemment l'œuvre des Romains, puisqu'elle eut les mêmes frontières que la province romaine d'Achaïe; mais elle fut tout entière formée d'éléments antérieurs à eux. On n'eut qu'à faire un pas de plus pour constituer la ligue des Panhellènes. Hadrien , cet admirateur trop indulgent des défauts comme des qualités du génie grec, eut la pensée de grouper ensemble tous tes peuples de civilisation hellénique, et il donna Athènes pour capitale à cette vaste fédération, où entrèrent des cités d'Europe, d'Asie et d'Afrique ^*\ Mais l'idée première de ce projet n'était point de lui; de tout temps Zeù? Uavellrlvios avait été considéré comme le dieu protecteur de toute la race grecque ^^l

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