Les Celtes et la Gaule celtique, p
6. D’Arbois de Jubainville, Le cycle poétique irlandais et la mythologie celtique, p. 5-6 (Cours de littérature celtique, t. Il)
Mais, quoique dans le Bellené « l’on rendit des arrêts et l'on réformât les lois », cependant ces grandes assises étaient essentiellement des pèlerinages, des purdons; les file réci taient leurs histoires au peuple assemblé! et elles rappelaient les Panathénées où Hérodole lisait ses ouvrages à la Grèce réunie?. Des assemblées analogues existaient certainement en Gaule. Se tenaient-elles à Lyon, Lugdunum, la ville de Lug, comme le veut M. d’Arbois de Jubainville*? Il serait peut-être téméraire de le croire?.
M.Jullianf a contesté l’existence de toute assemblée de ce genre. Il a pourtant, comme l’a remarqué l’abbé Beurlier’, fourni un argument à l’opinion qu’il combat en signalant ce fait que les cités gauloises d’origine celtique sont seules représentées au concilium des Gaules. Nous manquons de toul renseignement sur ces réunions. Du reste on ne saurait voir dans ces vastes agglomérations humaines des assemblées délibérantes.
Les aulres sont des assemblées qui présentent un caractère plus voisin de celui des conciles ; ce sont les assemblées des druides.
Elles étaient elles-mêmes de deux espèces.
Les unes n'avaient aucune périodicité. Certains événements les convoquaient. Elles se réunissaient pour choisir le
1. D’Arbois de Jubainville, Le cycle poétique irlandais et la mythologie celtique, p. 5-6 (Cours de littérature celtique, t. IN).
2. L'abbé Barthélemy, Voyage d'Anacharsis, ch. xzv (Œuvres, édit. Belin, t. Il, p. 517).
3. Guiraud, Les assemblées provinciales dans l'Empire romain,
, 4. Le cycle poétique trlandais et la mythologie celtique, p. 5-6 (Cours de littérature celtique, t. Il.
5. Fustel de Coulanges, Histoire des institutions poliliques de l’ancienne France : La Gaule romaine, p. 181, n.8.
6. Compte rendu des Assemblées provinciales dans l'Empire romain, de Guiraud (Revue historique, novembre-décembre 1889, p. à02).
7. Essai sur le culle rendu aux empereurs romains (Thèse pour le doctorat ès-lettres de Paris, 1891). p. 104, n. 1.
chef des druides quand celui-ci mourait en laissant plusieurs candidats à sa succession égaux en dignité’. Elles formaient de véritables collèges électoraux. C’étaient les assemblées pour ainsi dire extraordinaires.
Les autres tenaient des sessions régulières. « Les druides, dit César, à une époque fixe chaque année, sur le territoire des Carnutes, région considérée comme le centre de la Gaule, se réunissent dans un lieu consacré. C’est là que de toutes parls se rendent tous ceux qui ont des litiges, et ils sesoumettent à leurs jugements el à leurs ordonnances?.»
En analysant soigneusement ce texte, nous pouvons en tirer quelques renseignements. L'assemblée se composait de druides. Elie se réunissait non seulement périodiquement, mais encore à date fixe, puisque César nous dit qu’elle avait lieu chaque année à une époque déterminée. Elle avait pour siège le territoire des Carnules. Ce pays était considéré comme le centre de la Gaule, et il se trouverait en effet au centre de la région limitée par l’Océan, le Rhin et une ligne tirée de Bordeaux à Cologne”; c'était une région sacrée : c'élail là que, le sixième jour de la lune, le grand prêtre cherchait le gui de l’an neuf; et la vague réminiscence du culte des druides semble être demeurée dans le pays chartrain, où, au siècle dernier, on appeïait encore les étrennes éguilables'. Enfin cette assemblée semblait posséder des
1. His... omnibus druidibus præest unus qui summam inter eos habet auctoritatem. Hoc mortuo, aut si qui ex reliquis eæcellit dignilate, succedit, aut, si sunt plures pares, suffragio druidum, nonnunquam etiam armis de principatu contendunt. (Cæsar, De Bello Gallico, VI, 13.)
2. Hi (Druides) certo anni tempoie in finibus Carnu!um, quæ regio totius Galliæ media habetur, considunt in loco consecrato. Huic omnes undique qui controversias habent conveniunt eorumque judiciis decrelisque parent. (Id., ibid., VI, 13.) e
3. Cénac-Montaut, Histoire des peuples et des Étals Pyrénéens, 3° édit., t. I, p. 40.
&. Duclos, Mémoire sur les Druides (Œuvres, édit. Belin, t. I, p. 490-491).
attributions judiciaires, puisque César parle de ses judicia, et même réglementaires, puisqu'il parle de ses decrela, attributions sur lesquelles nous manquons de renseignements.
Cette assemblée devait être antique en Gaule. En effet, chez les Galates, ces Celtes d'Orient, existait aussi, Strabon nous l’apprend, une assemblée : « Le sénat des douze tétrarques, dit-il, avait trois cents membres; ils se réunissaient en un lieu appelé Drunemetum ; le sénat jugeait les meurtres, les tétrarques et les juges les autres délits!» Cette assemblée est, au fond, identique à celle du pays des Carnutes. En effet, d’un côté, le lieu où se réunit le sénat chez les Galates s'appelle Drunemetum. Or, ce mot estcomposé de nemeton, en celtique «lieu sacré », et de dru, terme dont la signification est inconnue ou exprime peut-être l’idée de chène?, mais qui se retrouve comme radical dans le mot druide”. C'était donc aussi dans un lieu consacré que se réunissait l'assemblée des Galates. D’un autre côlé, ce sénat. jugeait les meurtres. Il avait donc, comme l’assemblée de Gaule, une compétence judiciaire. Salle des séances et but des réunions sont donc les mêmes sur les rives de l’Halys et sur les bords de l'Eure. |
Or, les Gaulois arrivèrent en Asic Mineure 278 ans avant notre ère : s'ils y établirent ces institutions, c’est qu’elles florissaient déjà dans leur patrie. Car, d’un côlé, les émigrants emportent sur le sol où ils vont se fixer les instilutions du pays qu'ils abandonnent, et, de l’autre, ils ne purent les recevoir postérieurement, puisque les conquêtes d’Altale, roi de Pergame, coupèrent, en 241, leurs communications avec la Gaule. Ainsi, un sénat judiciaire se réunissant dans un lieu consacré existait déjà en Gaule au commencement du une siècle
. ‘H GE rôv duôena rerpapywy Boudñ LE AGaV TpLaxboLot, ua elc toy xakodpevoy Apuvépetov. à pÈèv oùv govuxà À Bouin Sete ta dE ka où vetpdgyas at où àcxuctai. (Strabo, XII, v, 1.) . Michelet, Histoire de France, édit. in- 19, PA LS AN S D’Arbôis de Jubainville, Introduction à l'étude de la littérature celtique, p. 113-116 (Cours de litlérature celtique, t. 1).
av. J.-C., et le concilium des Druides devait donc avoir, au moment de l’arrivée de César en Gaule, au moins deux siècles et demi d'existence‘.
Nous ignorons complètement quelle était l’importance de ces assemblées. On a vu dans le druidisme le principe générateur de la nationalité gauloise, et dans son concile annuel le centre de formation d’une patrie commune?. Ce n'est qu’une hypothèse. Tout ce qu’on peut dire, c’est que le siège des assemblées druidiques semble avoir été un foyer d’ardent patriotisme ; car c’est du pays des Carnutes que sorlit la grande guerre de l'indépendance gauloise. Mais, après César, toutes ces assemblées disparurent‘. C'était des réunions d’un autre culte que devaient, sous l'empire romain, sortir les assemblées provinciales de la Gaule.
1. D'Arbois de Jubainville, Introduction à l'étude de la littérature celtique, p. 113-116 (Cours de litlérature celtique,.t. D).
2, A. Réville, Vercingéloricæ et la Gaule au temps de la conquête romaine (Revue des Deux Mondes du 15 août 1877, p. 853).
3. Henri Martin, Les Celles el la Gau'e celtique (Séances et travaux de l’Académie des sciences morales, t. CXIT, p. 457).
k. Fustel de Coulanges, Comment le druidisme a disparu (Séances et travaux de l'Académie des sciences morales, t. CXIL. p. 124). — Histoire des instilutions politiques de l'ancienne France : La Gaule romaine, p. 112. — L'abbé Beurlier, Essai sur le culte rendu aux empereurs romains, p. 103.