Cod. Justin., XIL, Lxur
TRI VIT #LVS 2:
tempus de la propriélé, alors que ces empereurs prohibaient formellement toute transmission de la proprietas sous un. terme extinctif, ainsi que nous l’a révélé le texte exact de la constitution inséré sans allération dans les Fragmenta Vaticana*.
Enfin, cette époque qui s'écoule entre Héliogabale et Honorius est une période de troubles et de déchirements qu’on pourrait appeler les « âges obscurs » de l’Empire romain et n’a pour hisloriens que de secs et arides annalistes.
Mais ces causes ne suffisent qu’en partie à expliquer les ténèbres qui règnent sur les concilia de la Gaule à celte époque. Car durant celte période « les Gallo-Romains cultivèrentles leltres avec une ardeur et une activité qui n’avaient alors d’égales dans aucune partie de l’Europe, du moins en Occident?. » En effet, à partir du milieu du mr siècle, la littérature latine semble avoir émigré en Gaule. C’est à cette époque que fleurissent Rutilius Numantianus etsaintSidoine Apollinaire, Ausone et saint Paulin de Noleÿ. Sulpice Sévère, évêque d'Aquitaine, compose une Vie de saint Martin et esquisse, sous le nom d'Histoire sacrée, les annales du monde, que Bossuet déroulera douze siècles plus tard. Un aulre Aquitanien, Prosper d’Aquilaine, écrit aussi une sorte de chronique universelle. Sans doute les détails locaux disparaissent souvent dans ces abrégés d'histoire générale, et nous n'avons plus les mémoires de Julien sur les guerres des Gaules, nouveaux commentaires d’un César du 1v° siècle, qui eussent pu nous fournir d’utiles renseignements : néanmoins, si nous ne trouvons guère de traces des concilia de la Gaule à cette époque, on ne saurait l’imputer à la disette d’hisloriens capables de nous en transmettre le souvenir, et
1. Fragmenta Vaticana, $ 283. (Mispoulet, Manuel des tetes de droit romain, p. 843.)
2. Ampère, Histoire littéravre de la France avant Charlemagne, 2° édit., t. 1, p. 141.
--8. Am. Thierry, Tableau de l'Empire romain, p. 244. — Boissier, La fin du paganisme, t. IT, p. 57.
la pénurie des écrivains locaux ne saurait être la cause exclusive de cette disparition.
Non, l'obscurité qui plane sur cette institution a une autre et meilleure explication. Si les auteurs sont avares de détails sur ces assemblées, s’ils mentionnent rarement leurs réunions c’est que les concilia donnèrent peu de signes de leur existence et ne linrent que des sessions intermittentes. Les circonstances étaient peu favorables à des réunions régulières. En effet, la Gaule était déchirée par les factions et écrasée par les invasions. La fin du Haut-Empire fut marquée dans la Gaule par des tentatives de formation d’un empire gallo-romain. Postumus, Victorinus, Marius et Tetricus en furent successivement les chefs. D’autres maux plus terribles fondirent bientôt sur ces provinces qu’Aurélien avait ramenées dans l’hégémonie romaine. Déjà Postumus, l’un des quatre empereurs gaulois du 1° siècle, dans une déclamation que la tradition attribue à Quintilien, mais qui semble bien devoir lui être restituée’, se faisait l’écho des plaintes des paysans : « Ce qui nourrissait une population est maintenant le parc d’un nabab.? » « Nous sommes partout bloqués par les lignes de la richesses. » Bientôt, la population rurale, exaspérée par la misère et les exactions’, allait se
1. Amédée Thierry, Tableau de l'Empire romain, p. 238. — Cf. Viollet, Histoire des institutions politiques de la France, t. I, p. 165, n. 2.
2. « Quod cives pascebat, nunc divitis unius hortus est. » (Quintilianus, Declamationes, XIII, 11. Opera, édit. Lemaire, t. V, p. 227.)
3. Undique vallo divitiarum clausi sumus. (Id., ibid., XIIT, 111. — Id., 2bid., t. V, p. 298.)
k. Quibus enim alis rebus Bacaudæ facti sunt, nisi iniquitatibus nostris, nisi tmprobitatibus judicum, nisi eorum proscriptionibus et rapinis, qui exaclionis publicæ nomen in quæstus proprii emolumenti verterunt, el indictiones lributarias prædas suas esse fecerunt, qui in similitudinem immanium bestiarum non rexerunt traditos sibi, sed devorarunt, nec spoliis tantum hominum, ut plerique latrones solent, sed laceratione etiam et ut ita dicam, sanguine pascebantur? (Salvianus, de gubernatione Dei, IV, vi. — Salvianus, Arnobius Junior, Mamertus Claudianus, édit. Migne, p. 99.)
soulever. Postumus régna en Gaule de 258 à 267, et dès 277 les Bagaudes, c'est-à-dire les Jacques gallo-romains, commencent à ravager les campagnes !.
D’autres dissensions agitent encore la Gaule : à côté de la guerre sociale sévissent les luttes des prétendants. En 383, un usurpateur, Maxime, s'empare de la Gaule, et ce n’est que huit ans après qu’Arbogaste, général de l’empereur Valentinien, parvient à s'en rendre maître. Puis un autre prétendant, Constantin, s'établit à Arles sous Honorius, et il faut attendre jusqu’à 409 que Constance, lieutenant de l’empereur d'Occident, restaure l’autorité impériale en Narbonnaise ?.
Ce n’est pas tout : non seulement la Gaule semble vouloir secouer le joug romain, mais le corps jusque-là étroitement uni de ses provinces commence à se désagréger.
Des régions entières cherchent dans leurs propres forces la protection que Rome est désormais impuissante à leur donner. Les habitants de la première et de la seconde Aquitaine, et de la seconde, de la troisième et de la quatrième Lyonnaise, qui, avec certaines parties de la Belgique, formaient ce qu’on nommait le {ractus Armoricanus, se constituent en république et se gouvernent d’une façon indépendante (409), et l’on voit, en dehors des provinces demeurées fidèles à l’Empire, se former jusqu’à trois États éphémères dans la Gaule romaine#. |
Enfin, comme si ce n’était pas assez de ces luttes intestines, les Barbares entrent en Gaule; leur avant-garde, les Vandales, passe le Rhin le 31 décembre 4065, conquiert les provinces de Belgique et ravage jusqu’à la Narbonnaise.