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CHAPITRE II

Le sacerdos provinciæ.

Si les cérémonies et les fêtes qui accompagnaient la réunion des assemblées provinciales avaient été en quelque sorte sécularisées, le clergé chargé d'accomplir les rites du culte de Rome et d’Auguste n’avait pas subi une moindre métamorphose.

Dans la transformalion de ce clergé, il y a deux mouvements différents qu’il importe de distinguer, le mouvement païen el le mouvement chrétien.

La religion païenne n’abandonna pas la lutte contre le christianisme après l'échec des moyens qu'elle avait d’abord employés pour le combattre. Bien des païens, quittant les voies de la violence, plus habiles dans leur modération, renoncèrent à des persécutions systématiques, cherchèrent à vaincre les chrétiens par leurs propres armes, à emprunter à la nouvelle religion de quoi fermer les brèches qu’elle avait faites au. paganisme. C’est ainsi que le successeur immédiat de Caracalla, Alexandre Sévère, n’hésitait pas à adopter certaines coutumes du culte proscrit et affichail les noms de ceux qu’il se proposait d'appeler à une charge, comme les chrétiens avaient l'habitude d’afficher les noms des prêtres qui devaient être ordonnés pour jar aux griefs et aux réclamalions de se produire.

1. Villemain, Grégoire le Thaumalurge (Correspondant du 25 mars 1858, p. 443).

Mais c’est surtout au 1v° siècle que les païens employerent celte stratégie. Maximien, empereur reconnu par unc partie de l'Orient dans l’époque troublée qui sépare l’abdication de Dioclétien de la monarchie dualiste de Constantin et de Licinius, tenta de transporter dans le paganisme la hiérarchie de l'Église chrétienne. Il institua des espèces de doyens ou d’archiprêtres dans chaque ville, et des sortes de prélats dans chaque province. « Il élablit une nouveauté, dit Lactance, en créant dans chaque cité des prêtres principaux choisis parmi les premiers de la ville; et cela lui eût paru trop peu s’il n’avait aussi établi à la têle des provinces des chefs d’un plus haut rang, comme pontifes. »

Ce système de contrefaçon religieuse, nul ne le poussa plus loin que Julien.

Julien, en voulant infuser au paganisme un esprit nouveau, allait même jusqu’à créer une nouvelle religion, l’hellénisme?, à laquelle il ne manquait que de pouvoir répondre au besoin d’infini que le christianisme venait d’éveiller dans les âmes. Parmi les instilutions dece culte renouvelé, il n’eut garde d’omettre la hiérarchie sacerdotale Comme Maximien, il avait compris quelle force de cohésion donnait au christianisme naissant la discipline de son clergé. Il voulut communiquer au paganisme, ou plutôt à l’hellénisme, une semblable vigueur d’organisation. La réforme qu'il apportait en même temps à la théologie païenne en créant, ce que n'avaient pas connu les anciens, un dogme, et en faisant

1. Novo more sacerclotes maximos per singulas civitates singulos ex primoribus fecit.….Parumque hoc fuit nisi etiam provincis ex altiore dignitatis gradu quasi Pontifices superponeret. (Lactantius, « De mortibus persecutorum, XXXVI. Opera, édit. Migne, t. Il, p.252. — Cf. Abbé Beurlier, Essai sur le culte rendu aux empereurs romains, p. 143, 281, 292.)

2. Boissier, L'empereur Julien d'après de récentes publications (Revue des Deux Mondes du 1° juillet 1880, p. 96). — La fin du paganisme, t. I, p. 139.

3. Louis de Ronchaud, Julien l'Apostat (Etudes PNA ur tique et religieuse, p. 70).

du Roi-Soieil l’âme de leur religion nouvelle et le centre de croyances jusque-là dispersées, facilitait cette concentration des ministres de cultes épars, auxquels elle offrait un point de ralliement. Pour chefs de ce clergé, il choisit, comme l'avait fait Maximien, les sacerdotes Romaæ et Augusti. Institués dans chaque province prêtres d’un culte fédéral, ils se trouvaient tout naturellement appelés à devenir les chefs régionaux de la religion. Ils prirent le nom de sacerdotes provinciæ. De larges pouvoirs leur furent conférés. Ils purent desliluer les membres du clergé subalterne qui manqueraient à leurs devoirs; au-dessus d’eux, l’empereur, grand pontife, jouait le rôle d’une sorte de roi-pape. Les lettres de Julien, en effet, adressées aux prêtres provinciaux, constituent, comme on l’a dit, de véritables « encycliques* ». Faut-il croire, pourtant, qu’il y eût là, comme semble le penser M. Guiraud*, remplacement d’un culle par un autre et substitution de l’hellénisme à la religion de Rome et d’Auguste ? Tel n’est pas notre avis. La tentative de Julien se réduisit à fédérer, en quelque sorte, les cultes variés du paganisme autour d’un dieu unique, «le Roi-Soleil », à créer, comme l’a dit Benjamin Constant’, une « Église du polythéisme; » mais de même qu'il ne changea pas les anciens culles locaux, de même, pensons-nous, il se contenta de conférer une surveillance générale au pontife déjà chargé du culte provincial de Rome et d’Augusle, sans pour cela abolir la religion dont il était spécialement le ministre.

Celte tentative de reslauralion du paganisme échoua. Julien essayail de bâtir un nouvel Olympe; mais les assises sur lesquelles il prélendait le fonder étaient vermoulues ; il ne pouvait réussir : son édifice, dont la base était minée, ne

1. G. Boissier, L'empereur Julien d'après de récentes publications (Revue des Deux Mondes du 1"° juillet 1880, p. 89). — La fin du paganisme, t. I, p. 130.

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