De Bello Gallico, VIII
apporter d’ailleurs à l’organisation de ces assemblées aucune modification!. Encore n'est-ce pas lui, mais le continuateur de son ouvrage, l’auteur du livre VII de la Guerre des Gaules, Hirtius, à ce qu’on croit, qui nous rapporte ces détails.
Nous arrivons à la Gaule conquise par César, ou, comme on l’appelail, à la Gallia comata,
La Gallia comala nous présente un spectacle bien différent de celui que nous offrait la Narbonnaise. Elle n’est pas encore organisée; elle n’a pas encore reçu une forma provinciæ. Certains auleurs ont cru cependant y trouver des conventus analogues à ceux de la Narbonnaise. « Deux fois par an, dit M. Fustel de Coulanges?, César appelait à lui les chefs des cités ; dans la réunion du printemps, il fixait le contingent en hommes, chevaux, vivres, que chaque cité devait fournir pour la campagne ; à l’aulomne, il distribuait les quartiers d'hiver et déterminait la part de chaque cilé dans la lourde charge de nourrir ses légions. » Dans ces assemblées, que seul peut réunir un commandement du général romain, « il siège, poursuit M. Fustel de Coulanges, sur une estrade élevée et prononce ses ordres, ex suggestu pronunlial; il transfère l’assemblée où il veut. Il la déclare ouverte ou levée, suivant qu’il lui plaît. Parfois, du haut de ce tribunal, la foule des Gaulois étant à ses pieds, il exerce son droit de justice et prononce des arrêts de mort. »
L'existence dans la Gallia comata de conventus analogues à ceux des autres pays soumis à la domination romaine semble au premier abord assez plausible, et les passages où César nous parle des assemblées qu’il convoqua pendant son séjour en Gaule paraissent à première vue concorder avec le caractère semi-polilique,semi-judiciaire, des réunions tenues par le gouverneur en tournée dans sa province. Mais ce n’est qu’une spécieuse apparence. En effet, c'était la forma pro-
1. Herzog, Galliæ Narbonensis provinciæ romanæ hisloria, p.75. — Ernest Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, t. HT, p. 18.
9. Histoire des institutions politiques de l'ancienne France : La Gaule romaine, p. 5.
vinciæ qui traçait la circonscription du conventus; donc aucun conventus proprement dit ne pouvait se tenir jusqu’à la publication de la forma provinciæ. Or, au temps de César, la Gallia comata était un territoire occupé militairement et non une province organisée. Puis les conventus des provinces romaines, tels qu’ils nous apparaissent dans les Espagnes, sont des assemblées de circonscriptions particulières, de subdivisions territoriales. Or, les assemblées de la Gaule sont des réunions générales où l’on se rend de toutes les parties de la Gaule et non des assises locales. Ensuite, les conventus provinciæ se liennent successivement dans les différentes villes aux époques fixées, et les assemblées de César ne tiennent qu'une seule session dans une ville unique. À peine une fois voyons-nous le général romain renvoyer l’assemblée dans une autre ville. Encore cetle translation de l’assemblée, motivée par d'’éclatantes absences, n'est-elle qu’une prorogation de la même assemblée et non pas la convocation, dans un autre lieu, d’une assemblée différente. En outre, ces asscmblées ne nous présentent nullement le caractère essentiel des conventus. Parloul les conventus ont pour objet propre l'administration de la justice et, dans les assemblées de la Gaule, une seule fois nous voyons juger un procès criminel, celui d’Accon. Enfin, l'expression propre pour désigner ces assemblées réunies dans les circuits des gouverneurs était le mot conventus. Or, César, qui n’ignorait pas ce vocable, puisqu'il l’emploie pour désigner un conseil local des Éduens!, fait usage en général pour indiquer les assemblées de ia Gaule du mot concilium. La nature profondément différente des conventus provinciaux romains et des assemblées tenues en Gaule, et que César nous dépeint, et la diversilé des expressions usitées pour les unes et de celles employées pour les autres par l’auteur des Commentaires, ne permettent donc aucune assimilation entre elles.