Cæsar, De Bello Gallico, T
César nous signale plusieurs assemblées qu'il tint dans la Gallia comata de 58 à 50 av. J.-C. Ce sont :
1° Une assemblée tenue en 55, avant son départ pour la guerre de Germanie;
2° L'assemblée de Samarobriva (Amiens), à l'automne de l'an 54°;
3° L'assemblée de l'hiver de l’an 54, que César convoque pour s'assurer des dispositions douteuses de la population ;
h° L'assemblée du printemps de l’an 53, que César proroge ensuite à Lutèce;
5° L'assemblée de Durocortum (Reims), en 535.
Voilà la liste complèle des assemblées que César nous signale comme tenues par lui dans la Gallia comata. Appliquons à ces concilia de la Gaule la même méthode que nous avons suivie pour les assemblées de la période antérieure. Nous serons cerlainement loin de reconstituer dans son enlier le squelette de cette institution fossile, mais le ciseau de l'analyse pourra nous en faireapparaître quelques ossements.
Et d’abord quelle est la composition de ces assemblées ? Ce ne sont pas à coup sûr des comices populaires. En effet, si César se contente de désigner les assemblées de l’an 53 sous le nom de concilia Galliæ, s'il se borne à mentionner le concilium tenu à Samarobriva, à propos de l'assemblée de l'an 55, il nous dit expressément qu’il appelle à lui les principes de la Gaule’, et, à propos de l'assemblée de l'an 54, il raconte qu’il convoque auprès de lui les principes de chaque citéT.
César ne parle pas, il est vrai, dans ces passages, de concilium Galliæ, et ses expressions mêmes peuvent éveiller l’idée
1. Cæsar, De Bello Gallico, IV, 6.
Id., ibid., V, 24.
Id 1010: V5h.
Id., ibid., VI, 3.
. Id., ibid. VI, 44.
Principibus Galliæ evocatis. (Cæsar, De Bello Gallico, IV, 6.)
7. At Cæsar, principibus cujusque civilatis ad se evocatis. (Id., ibid., V,5k.)
aussi bien de conférences individuelles que d’une assemblée générale. Mais, fit-on abstraction de ces passages, il semble difficile de ne pas admettre que la composition des assemblées de la Gaule conquise ne fût pas la même que celle des assemblées de la Gaule indépendante, alors que les Romains avaient pour système de plier à leur politique les institutions préexistantes plutôt que d'en forger de noüvelles. Or, comme les concilia de la Gaule libre étaient formés des notables ou principes, c’étaient aussi les principes qui devaient constituer les assemblées de la Gaule conquise. Dans quel but César les convoquail-il? Ce n’était pas dans un but de délibération politique; car on ne voit pas qu'il y eût discussion. Ce n’élait pas dans un but de décision judiciaire, Car nous n’y apercevons aucun litige tranché. Dans l'assemblée de Durocorlum de l’an 53, nous voyons bien condamner Accon, mais, quoi qu’en dise M. Duruy!, le concilium est dans ce drame judiciaire bien plutôt un spectateur qu'un acteur : il n’a pas en effet la moindre part au jugement. C’est bien plutôt un exemple qu’on lui donne qu'une sentence qu’on lui demande, et César, en nous montrant plusieurs membres de l’assembiée s’enfuyant pour échapper au sort du condamné, nous laisse à penser que la convocation du concilium avait bien pu n'être qu’un mandat d'amener lancé contre les complices d’Accon. En général le but de la convocation de ces assemblées semble avoir été de mettre César à même de connaitre des dispositions de la population et, en conséquence, de confirmer les hésitants dans l'alliance de Rome et d'y ramever les timides par l'énergie, les aigris par la séduction de ses discours. C’est ce qu’il fait dans l'assemblée de l’an 55° et dans celle de l'hiver de l’an 545.