‹ Les Assemblées Provinciales De La Gaule RomaineChapitre 220 sur 324 · Ass. prov., p. 260, n · texte numérisé non relu

Ass. prov., p. 260, n

5. Eusebius, Historia ecclesiastica, X, v. Opera, édit. Migne, t. II, p. 889.

facullé, c'est donc que l’évêque ne l’avait pas de droit; et d'ailleurs, ici, il s’agil, non plus d’une assemblée civile de diocèse, mais d’un synode ecclésiastique, non plus d’un legatus, mais d’un évêque ; et l’on sait que les empereurs accordaient en général aux évêques se rendant aux réunions diocésaines ou œcuméniques de l’Église l'usage du cursus publicus', du moins à ceux qu’ils pensaient devoir y soutenir leur théologie officielle’. Mais, pour les legati des curies, ils ne possédaient ce privilège que s’il leur était accordé par une faveur individuelle ou quand ils élaient appelés par l'empereur à se rendre auprès de lui. C’est à ce dernier titre qu’en bénéficia Sidoine Apollinaire lorsque Anthemius le manda à Rome en 4675.

Le siège du concilium de diocèse était fixé à Arles par l’édit de 418. Cette ville n'avait pas élé arhitrairement choisie pour êlre le lieu des séances du concilium. Honorius, en effet, dans la constitution Saluberrima Magnificentiæ, fait un pompeux éloge de la cité qu'il a préférée, et semble pour en tracer le tableau emprunter au chantre des Géorgiques le pinceau dont il s’est servi pour peindre les magnificences de l'Italie. Cet éloge n’était pas immérité.

Fondée sans doule comme Marseille, sa voisine, par des colons hellènes, Arles avait été érigée en colonie romaine par Nero Claudius, le père de Tibère*. Son admirable situation avait favorisé son développement : « Assise dans son della, a dit Méry, baignant ses pieds de marbre dans le Rhôneet la mer; arrêlant d’une main les barques de Lyon, de l’autre les vaisseaux d'Alexandrie, les trirèmes d’Ostie et

1. Choppinus. De sacra politia forensi, 11, vu, 1 (tertia editio, Paris, 1609, in-folio), p. 338.

2. G. Humbert, art. Cursus PuBLICUS dans le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de Daremberg et Saglio.

3. Egresso mihi Rhodanusiæ nostræ mœænibus publicus cursus usui fuit, utpote sacris apicibus accito. (Sidonius Apollinaris. Eprstolæ, 1, v, 2.) |

&. F, Béchard, Droit municipal dans l'antiquité, p. 494.

5. L'Italie des Gaules, I (vue de Paris du 18 mai 1834, p. 164).

d’Anxur, elle s’'épanouissait à son soleil ». Grecque par la race qui l’habitait, elle élait, « par la splendeur de ses monuments, une ville romaine! ». Elle était riche en somptueux édifices. C'était là que s'élevait un des sanctuaires du culte oriental de Mithra?. C'était là que se dressait un amphithéälre perfectionné, disposé pour faciliter la préparation des arlilices des machinisles et pour assurer aux spectateurs une agréable fraicheur”. A la fin du 1v° siècle Ausone pouvait lui dire : « Ouvre, Ô Arles la double cité, ouvre tes ports, aimable hôtesse, Arles, petite Rome des Gaules, toi qu’entourent et Narbonne consacrée à Mars, et Vienne où les colons alpins apportent leurs richesses. Le Rhône impétueux te coupait de ses eaux : et tu as su faire de son sein par une digue de vaisseaux un quai où Lu recois les marchandises du monde romain, sans les retenir, pour en faire profiter les autres peuples et les autres cités, pour en faire jouir la Gaule et le sein fécond de l’Aquitaine‘. »

Tant d’opulence devait y atlirer naturellement les plus hauls personnages. On y célébra des jeux magnifiques en l'honneur de Constance. Constantin, en août 316, après sa victoire sur Magnence, s’y arrêta quelque temps avec l’impératrice Fausla, el c’est là que naquit son fils Constantiné. Séduit par sa situation au milieu même des côles nord-

1. Duruy, Histoire des Romains, t. V, p. 439-447. 2, Mary Lafon, Hisloire du Midi de la France, t. T, p. 108. Srld. bit. 171.

&. Pande, duplex Arelale, tuos blanda hospita portus, É Gallula Roma Arelas, quam Narbo Martius et quam Accolit Alpinis opulenta Vienna colonis, Præcipitis Rhodani sic intercisa fluentis, Ut mediam facias navali ponte plateam, Per quem Romani commercia suscipis orbis Nec cohibes, populosque alios et mœnia ditus Gallia quis fruitur gremioque Aquitania læto. (Ausonius, Ordo urbium nobilium, X, Teubner.) 5. Mary Lafon, Histoire du Midi de la France, t. I, p. 71. 6. Godefroy, ad leg. 5 Cod. Theodos., XI, xxx, édit. Ritter, E. IV, pr 2975000 : 21

ouest de la Méditerranée, au sommet de la parabole qu’elles figurent, à égale distance de l'Italie et de l'Espagne, il songea à en faire une Constantinople d'Occident‘. Réalisant en partie le vœu du premier empereur chrétien?, Honorius y transporla le chef-lieu de la préfecture du prétoire des Gaules, qui avait été d’abord à Trèves, puis un moment à. Autun. Il n’y avait donc rien d'étonnant à ce qu’il choisit cette résidence d’un préfet du prétoire pour siège d’une assemblée des provinces méridionales. Le souffle poétique qui anime l’édit d’Honorius, et qui l’a fait considérer comme apocryphe par certains critiques, n’est pas non plus unique en son genre. Lisez la lettre qu’écrit au moment de mourir Jean de Padilla à la ville de Tolède, sa patrie” : ce dernier défenseur des cortès du Moyen Age en Espagne ne prodigue pas de moins lyriques éloges à sa cité natale que n’en donne à Arles Honorius en y inslituant l’assemblée de la Gaule méridionale.

Quand se réunissait l’assemblée? Elle se réunissait tous les ans. La date de l’ouverture du concilium devait se trouver des ides d’août aux ides de septembre, c’est-à-dire du 13 août au 13 septembre‘. On peut s'étonner du choix de celte époque, l’une des plus chaudes de l’année; mais, outre qu’il pouvait y avoir là une tradition des concilia antérieurs, outre que c'était le moment où avait lieu la répartition de l'impôt romain pour laquelle le préfet était bien aise

1. Méry, L'Italie des Gaules, II (Revue de Paris du 18 mai 1834, p. 165).

2. Aug. Thierry, Lettres sur l'histoire de France, XXV. Œuvres. t'il DNA TS |

3. Roberston, History of the reign of the emperor Charles V book IT. Works, édit. in-k, p. 485, note.

&, Unde Illustris Magnificentia Tua et hanc præceptionem nostram el priorem sedis suæ dispositionem secuta, id per Septem Provincias in perpetuun faciet custodhri, ut ab Idibus Augustis quibuscumque medis diebus in 1dus Septembris, in Arelatensi urbe noverint Honorati vel Possessores, Judices singularum provinciarum, annis sinqulis concilium esse servandum. (Edit d'Honorius.)

d’avoir près de lui pour se renseigner des notables des différentes parties du pays, la foire de Beaucaire, à quelques heures d'Arles, ne se lenait-elle pas autrefois, elle aussi, dans le cœur de lélé, pendant les huit derniers jours de juillet?

C'était sans doute le préfet du préloire qui fixait le jour de la réunion dans les limites de la période indiquée par la loit. Mais nous serions assez porté à croire que cette fixation avait lieu après entente avec le concilium : l'entente devait avoir lieu à la fin de la session précédente. C'élait, comme nous le verrons bientôt, la procédure suivie pour les assemblées uniprovinciales.

Ces sessions, qui devaient avoir lieu tous les ans, n’ont laissé, pour ainsi dire, aucune trace. M. Guiraud? mentionne, comme vestiges de leur existence, la part que prit une diète d'Arles à l'avènement d’Avitus à l’Empire (455), et le procès intenté contre Arvandus (468). Que le procès intenté contre Arvandus ait été intenté par le concilium d'Arles, c’est, comme nous le verrons plus loin, une conjecture vraisemblable. Mais que la dièle d'Arles, qui éleva Avilus à l’Empire, fût, ainsi que le veut aussi M. Baret*, une session du concilium de 418, c’est ce que nous nous accordons avec M. Duval‘ pour contester absolument. Cette diète d'Arles, en effet, n’est au fond qu’une de ces assemblées de notables comme déjà, sous le Haut-Empire, en convoquaient les prétendants pour leur faire ratifier leur fragile puissance. Elle n’est pas convoquée par le préfet du prétoire. Elle est composée de notables et non des trois ordres si soigneusement distingués par Honorius. Ces notables viennent aussi bien des bords du Rhin et de la chaîne des Alpes que

Page 1