Essais sur l'histoire de France, p. 217, n
écarlées de la domination romaine. Il y a vingt-cinq ans, le 20 novembre 1866, sir John Lawrence, vice-roi des Indes, présidait à Agra, assis sur un trône monté sur une estrade, le grand Durbar impérial. A ses pieds se tenaient debout vingt-six princes souverains et un grand nombre de feudataires venant lui présenter la pièce d’or, symbole de l’hommage, et recevoir les présents d’amitié du gouverneur anglais. À leur réunion manquaient de puissants rajahs voulant témoigner par l’abstention leur persévérante hostilité. Dans un éloquent discours, sir John Lawrence exhortait les princes indiens « à gouverner sagement leurs États, à y introduire les bienfaits de la civilisation européenne, et à se rendre dignes de l'amitié de l’impératrice des Indes'. » Changez sir John Lawrence en César, et au lieu d'illuminer cette scène du soleil ardent de l'Hindoustan, éclairez-la du jour plus nébuleux de la Gaule, substituez les mœurs et les coutumes de l'Italie aux bienfaits de la civilisation européenne et l'alliance du peuple romain à l’amitié de l’impératrice des indes, et vous aurez le tableau des concilia de la Gaule conquise, vous entendrez l’écho des harangues qu'y prononcçait le gouverneur envoyé de Rome.
1. Louis Rousselet, L'Inde des Rajahs, ch. xx (Tour du Monde, t. XXIV, 1872, t. IT, p. 155). Quoique la dénomination d’impératrice des Indes n’ait été ajoutée au titre royal de la souveraine de l'Angleterre que par un acte du Parlement de 1876 (Government year-book, 1889, p. 32) proclamé dans l'Inde au Durbar impérial de Delhi le 1° janvier 1877 (Garcin de Tassy, La langue et la littérature hindoustani en 1877, p. 1), elle était déjà employée avant cette époque dans le langage officiel de la vice-royauté des Indes. D’ailleurs « chaque fois qu'on veut parler du Royaume-Uni, comme constituant un tout politique, on dit l’empire britannique, el les institutions sont en toute occasion désignées comme impériales».— Arthur Dudley (Mme Blaze de Bury), Lord Elgin au Canada (Correspondant du 25 mars 1859, p.499, n. 1).