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CHAPITRE PREMIER

Établissement des assemblées provinciales en Gaule.

Ce fut en l’an 27 avant notre ère, qu'Auguste se rendit en Gaule pour organiser le gouvernement de cette contrée à peine soumise. Il procéda à un recensement général et tint un conventus à Narbonne’. Ce conventus différait sans doute peu de ceux que nous avons vu tenir à César. C’élait probablement une assemblée des principes de la Gaule, et l'organisation de la Gaule réglée par Auguste à Narbonne rappelle l’organisation de la Macédoine réglée par Paul Émile à Amphipolis dans une assemblée analogue?.

Auguste, dans cette réunion, divisa la Gaule en quatre grands gouvernements. C'était d’abord l’antique Province Ultérieure. Celle-ci prenait le nom de Narbonnaise et ne subissait aucun changement. Elle était depuis longtemps romanisée, et Pline l’Ancien devait dire cinquante ans plus

1. Cum ille (Augustus) conventum Narbone ageret, census a tribus Galliis, quas Cæsar pater vicerat, actus. (Livius, Epitome, CXXXIV.) 2. Livius, XLV, 29.

tard de cette région que c'était plutôt une partie de l'Italie qu'une province : l{alia verius quam provincia'.

C'étaient ensuite les trois divisions territoriales formées dans la Gallia comata. La vieille répartition constatée par César des peuplades gauloises en trois grandes zones ethniques élait respectée, mais les limites respectives de la Celtique, de la Belgique et de l’Aquitaine élaient modifiées de facon à égaliser l'importance et l'étendue de leurs territoires. Enfin, Lyon, fondé en 41 av. J.-C. par le consul Lucius Minutius Plancus, qui y avait établi une colonie d’émigrés chassés de Vienne par les dissensions civiles, acquérait une importance prépondérante et, grâce aux institutions diverses qui y étaient fondées, devenait le centre etcomme la capitale des trois provinces de la Gallia comata?.

Mais ces quatre grandes régions ne formaient pas à elles seules la Gaule. La Gaule pour les Romains comprenait encore d’autres pays.

Auguste, en effet, forma l’an 16 av. J.-C. une petite province dite Alpes-Maritimes et comprenant le versant gaulois des Alpes. (

Enfin à la Gaulese trouvèrent rattachées au temps d’Auguste les deux Germanies : la Germanie supérieure avec Moguntiacum ou Mayence pour chef-lieu, et la Germanie inférieure dont le centre élait l’oppidum Ubiorum, depuis la Colonia Agrippina ou Cologne.

Dans le cours du Haut-Empire, c’est-à-dire entre les règnes d’Auguste et de Dioclétien, deux petites provinces, celles des Alpes-Pennines et des Alpes-Cottiennes, furent formées de petits royaumes auxquels Auguste avait laissé l'autonomie.

Ainsi la Gaule se trouva composée sous le Haut-Empire de huit provinces. Y eut-il des assemblées provinciales dans

1. Plinius, Historia naturalis, VIT, 1v, 31. Cf. Dubos, Histoire critique cle l'établissement de la monarchie française dans les Gaules (1749, in-19), t. I, p. 380.

: Aodyôouvoy pnrpémoduc. (Ptolemæus, II, vur, 11. Édit. Müller, Coll. Didot.)

chacune d’elles, et comment y furent-elles établies? Voilà ce qu'il nous reste à examiner.

La première assemblée provinciale que nous trouvions réunie sous le Haut-Empire est l'assemblée de principes des trois Gaules que Drusus convoque pour l'inauguration de l'autel de Lyon en l’an 10 ap. J.-C. Quelle était cette assemblée? Pour M. Guiraud!, c’est l'antique assemblée du dieu Lug. Pour M. Jullian?, c’est une assemblée de principes analogue à celles qu'avait tenues César. Tous deux s'accordent, on le voit, à y reconnaître la revivescence d’une institution antérieure à l'Empire. Il semble étrange au premier abord de voir Auguste ressusciter ainsi des pouvoirs de délibération et de contrôle. Cette anomalie s'explique. D'un côté, Auguste « voulait une royauté aussi entière que la monarchie des Perses et des Macédoniens” ». Il rêvait une autocratie orientale : or, des assemblées provinciales avaient existé dans les grands empires de l'Orient, et instituer des assemblées provinciales, c'était encore pour Auguste imiter Alexandre‘.

D'un autre, en relevant les assemblées provinciales, Auguste eut soin d'en modifier le caractère : il les consacra à un culte, au culle de Rome et d’Auguste.

Le culte de Rome et d’Auguste était l’adaptation au nouvel ordre politique d’un culte antérieur. Dès la république les étrangers adoraient « le dieu sénat, ®cov Zuyxlñrov, comme ils adoraient la déesse Rome, Oiav Pounv5 ». Or, le sénat était considéré comme l'autorité principale de la cité‘. Lorsque la

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