‹ Les Assemblées Provinciales De La Gaule RomaineChapitre 8 sur 324 · Cæsar, De Bello Gallico, VII · texte numérisé non relu

Cæsar, De Bello Gallico, VII

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k. De Valroger, Les Celtes et la Gaule celtique, p. 119.

AVANT LA CONQUÊTE ROMAINE. Il

donc que celte assemblée dépendait du gouverneur romain. Nous répondons que cette objection dénature la lettre et méconnaît l'esprit du récit de César. Que nous apprend en effet César? « Après l’achèvement de la campagne contre les Helvètes, des députés de presque toute la Gaule vinrent trouver César pour le féliciter. Ils lui demandèrent qu'ils fussent autorisés à convoquer une assemblée générale de toute la Gaule, et à ce faire du consentement de César : ils auraient à se concerler sur certaines demandes qu’ils voulaient lui adresser. Cette autorisation obtenue, ils fixèrent le jour de l’assemblée! ». La structure de la phrase semble marquer que César eut une double permission à accorder, permission de convoquer l’assemblée, permission de la convoquer ex voluntate Cæsaris. Mais comment ne pas voir, pour peu qu’on analyse ce texte, qu'il faut renoncer à cette interprétation littérale à peine de rendre ce passage contradictoire dans les termes? Si une permission de César était nécessaire pour qu'ils pussent convoquer le concilium, pourquoi les legati gaulois insisteraient-ils sur celle circonstance que César approuvait cette convocation? Et d’ailleurs à quel titre César aurait-ileu à donner son consentement à la réunion de cette assemblée? César à cette époque n’était maître que de la Provincia, le reste de la Gaule était indépendant. César finissail à peine d'arrêter l'invasion des Helvètes, et les legal venaient précisément le féliciter « de ce que cette campagne, quoique entreprise pour venger d’anciens outrages des Helvètes au peuple romain, n’avait pas été moins profitable au pays gaulois qu’au peuple romain? », expressions qui

1. Bello Helvetiorum confecto, totius fere Galliæ legati ad Cæsarem gratulatum venerunt…. Petierunt « uli sibi concilium totius Galliæ in diem certam indicere idque ex Cæsaris voluntate facere liceret ; sese habere quasdam res quas ex communi consensu ab e0 petere vellent.» Ea re permissa, diem concilio constituerunt. (Cæsar, De Bello Gallico, I, 30.)

__ 2. Intelligere sese, tametsi pro veteribus Helveliorum injuriis populi romani ab is pœnas bello repetisset, lamen eam rem non

témoignent assez de l'indépendance réciproque des Gaulois et des Romains. Non, ce que demandaient les legali, ce n’était pas la faculté de réunir le concilium totius Galliæ, c'était la permission de se servir du nom de César’, d’attirer ainsi, grâce au prestige du vainqueur des Helvèles et du gouverneur romain,un plus grand concours à cette assemblée, et de pouvoir ainsi donner plus de poids aux importantes déterminations qu’on devait y prendre au sujet d’Arioviste.

Il y à simplement dans la phrase de César une figure de grammaire, une métonymie, plus techniquement une synecdoque, figure qui consiste à attribuer à une partie de la phrase ce qui se rapporte à une autre, ou à l’ensemble d’une phrase ce qui ne se rapporte qu’à une de ses parties. Licitum est gouverne grammaticalement l’ensemble de la phrase et ne peut cependant logiquement se rapporter qu’au second membre de la période. Bref, ce que sollicitent les legati, ce que leur accorde César, se réduit à ceci : Le gouverneur romain de la Provincia consent à patronner la réunion, à laisser en quelque sorte son nom figurer dans la convocation, j'allais dire sur le prospectus, du concilium totius Galliæ.

Tel est le caractère de cette assemblée; voyons maintenant les autres renseignements que le rapide récit de César peut nous fournir à son sujet.

Les legati venus pour féliciter César la convoquent, ils en font partie; ils en dirigent, ce semble, les délibérations, puisque ce sont eux qui reviennent porter à César les doléances et les vœux de l'assemblée. Ils ne forment pas à eux seuls l’assemblée, puisque César nous dit qu'ils ont

minus ex usu terræ Gallicæ quam populi romani exstitisse. (Cæsar, De Bello Gallico, I, 30.)

1. Fustel de Coubages, Histoire des RUTIAN politiques de l'ancienne France : La Boule romaine, p. k.

2. Bello Helvetiorum confecto, totius fere Galliæ legali, principes civilatum, ad Cæsarem gratulatum venerunt.….. Eo concilio dimisso, idem principes civitatum qui ante fuerant ad Cæsarem ad cum reverterunt. (Cæsar, De Bello Gallico, 1, 30-31.)

besoin de la convoquer, ce qui semble bien impliquer l’appel de personnes absentes et non pas seulement une réunion des legatli présents.

Elle devait être formée de principes : César ne le dit pas expressément, mais d’un côté la composition oligarchique des deux dernières assemblées de la Gaule, l'expression même de concilium, qui, pour vague qu’elle soit devenue’, n’en désigne pas moins proprement chez les Romains une assemblée limitée et non des comices populaires?, l’impossibilité de tenir une assemblée où figurerait l’ensemble de la population gauloise, tout enfin, jusqu’au serment mutuel dont ses membres enchaînent leurs lèvres et qui ne peut se concevoir qu'entre un petit nombre de personnes, tout concourt à nous montrer dans cette assemblée un comité restreint, et de l’autre le caractère des legati qui viennent trouver César et qui sont des principes nous porte naturelment à supposer que leurs collègues dans le concilium devaient aussi être des principes.

Qu'’élait-ce que ces principes? Sur ce point nous avons peu de lumière. « Les principes, dit M. d’Arbois de Jubainville’, ce sont les hommes qui exercent le plus d'influence » ; et M. Viollet‘ les qualifie, assez justement ce semble, de « notables gaulois ». On ne leur connaît, remarque M. d’Arbois de Jubainville, d’autres fonctions que de se rendre au concilium totius Galliæ, et dans ces fonctions ils prennent le nom de legati. L'expression même de principes, comme l’observe M. de Valroger’, n’éveille qu’une idée de primauté Il est

1. Viollet, Histoire des institutions politiques de la France, t. I, p- 10,n. k.

2, Is qui non universum populum, sed parlem aliquam adesse jubet, non comilia sed concilium edicere debet. (Lælius Felix, cité Gellius, XV, xxvir, 4). — Cf. Cicero, De legibus, 11, xu, 31. Forcellini, Totius latinitatis Leæicon. Voy. ConciLiu.)

3. La Gaule au moment de la conquête romaine (Revue celtique, t. VIII, p. 226).

&. Histoire des institutions politiques de la France, L. I, p. 7.

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