Histoire des Romains, t. IV. p. 44, planche coloriée
6. Séance du 21 juin 1889 (Comples rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1889, p. 179 et 210).
Enfin, les jeux scéniques avaient dans certaines parties de la Gaule un éclat particulier. On y trouvait une institution originale qu’on a rencontrée aussi dans quelques provinces grecques !. C’étaient des tournois littéraires analogues à ce que devaient être plus tard les concours de la Mecque, où les poètes arabes couvraient de leurs poèmes les murs de la Kaaba*? et où l’on gravait en lettres d’or dans le temple l’ouvrage couronné”.
Caligula* avait établi en effet à Lyon des concours d’éloquence grecque et latine. Les pièces élaient affichées sur les murs, c’est-à-dire peintes sur les murs au moyen d’un enduit, et ie tyran faisait effacer par la langue ou l’éponge les compositions qui ne trouvaient pas grâce à ses yeux. Les férules ou la Saône étaient la punition de la résistance. C’étaient les vaincus qui offraient les prix aux vainqueurs. Un auteur, Juvénal®, compare la pâleur d’un concurrent à celle d’un homme qui pose son pied nu sur un serpent. L'expression dont il se sert (dicturus) donnerait à penser que les compositions devaient être, comme les devoirs d'élèves dans les écoles des rhéteurs, déclamées par leurs auteurs. La ville de Lyon était d’ailleurs digne d’être le siège de ces joutes savantes. C’étail le centre raffiné d’une région lettrée. Tacitef nous apprend que, dès le règne d’Auguste, Aulun était une ville d’études renommée : Martial” se félicite que Vienne lise
1. Guiraud, Ass. prov., p. 123. — Cf. Egger, Traités publics dans l'antiquité, p. 125.
2. Florian, Précis historique sur les Maures d'Espagne, 1°° époque, note 5. — Gonzalve de Cordoue (Didot, 1792, in-24), t. 1, p. 222.
3. Gibbon, Decline and Fall of the Roman Empire, Ch. L. (London, 1886, in-k), p. 906.
k. Suetonius, Caligula, XX.
GE Palleat ut nudis pressit qui calcibus anguem
Aut Lugdunensem rhetor dicturus ad aram!
(Juvenalis, 1, 43-44.)