‹ Les assemblées provinciales sous Louis 16Chapitre 12 sur 46 · CHAPITRE Xlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlll

(Auvergne).

La généralité de Riom comprenait l’ancienne Auvergne ou les deux départements actuels du Pny-de-Dôme et du Cantal, avec une fraction de la Haute-Loire, et se divisait en sept élections qui forment aujourd’hui dix arrondissements ; Riom, Brioude, Mauriac, Clermont, Aurillac, Saint-Flour et Issoire L'assemblée provinciale ne fut pas convoquée à Riom, capitale de la généralité, mais à Clermont, ville plus importante et un peu plus centrale. Riom (U valoir ses antiques privilèges, mais sans succès ; déjà commençait ce déplacement qui a doublé depuis un siècle la population de Clermont et qui a réduit au contraire celle de Riom. L’assemblée se composait de

' Les nouveaux chefs-lieux sont Thiers, Amberl el Murat,

quarantc-buit membres; le président nommé par le roi, M. de Monta(m, vicomte de Beaune, petit-fils par sa mère du maréchal duc de Berwick, appartenait à une des plus anciennes familles du pays, qui avait fourni au xin‘ siècle un grand maître de l’ordre du Temple, et, sous le roi Jean, un chancelier de France. L’évêque de Saint- Flour siégeait en lête du clergé, l’évêque de Clermont s’étant excusé sur sa mauvaise santé; dans la noblesse, le marquis de Laqueuille et le marquis de La Fayette, nommes plus tard tous deux aux états généraux, où ils figurèrent dans des rangs opposés ; dans le tiers état, des avocats, des négociants, les maires des principales villes. Les procureurs -syndics élus furent, pour les deux premiers ordres, le comte de Lastic- Lescure, et pour le tiers état M. Reboul, maire de Clermont.

Né en 1757, La Fayette avait alors trente ans. Revenu depuis peu de la guerre d’Amérique, vainqueur de Cornwallis et ami de Washington, il était dans tout l’éclat de sa gloire et de sa popularité. Brave, spirituel, généreux, aventureux jusqu’au romanesque dans ses discours comme dans ses actes, peu d’hommes ont réuni à ce point les qualités brillantes qui charment les Français. La cour et la ville, comme on disait alors, raffolaient de ce jeune marquis républicain, qui parlait avec tant de grâce un langage si neuf et qui osait dire tout haut ce qu’on pensait tout bas. Le roi s’était empressé de le nommer maréchal de camp, la reine le comblait des attentions les plus délicates. Le gouverne-

ment l’avait appelé, malgré son âge et son grade, à faire partie de l’assemblée des notables, où il traila d’égal à égal avec les princes du sang. « (Comment, monsieur! s’élail écrié le comte d'Artois, vous demandez des étals généraux? — Oui, monseigneur, et même mieux encore, b De pareils mots enflammaient les esprits en leur ouvrant des perspectives infinies. Même aujourd’hui, après tant d’expériences, on se laisse séduire malgré soi par l’entraînement de ces souvenirs, et cependant, lorsqu'on examine de sang-froid l’influence de La Fayette sur la révolution, on est bien près de se demander s’il n’a pas fait autant de mal que de bien à ses propres idées. Nul ne pouvait prévoir alors les tristes journées du 6 octobre et du tO août ; on s’abandonnait sans réflexion à l’ivresse de l’espérance. Nommé par le roi membre de l’assemblée provinciale d’Auvergne et allié d’assez près à la famille du président', La Fayette y exerça une influence dominante.

Les procès-verbaux de l’assemblée préliminaire du mois d’août n'ont pas été imprimés, mais on sait par les mémoires de La Fayette lui-même ce qui s’y passa. Cette réunion n’avait, comme partout, d’autre but que de compléter par voie d'élection le nombre des membres; on ne s’en tint pas là, et sur là proposition de La Fayette, on adopta la délibération suivante dont il est inutile de faire remarquer le ton hardi et agressif :

I Lo marquis de Montagu, (ils du vicomte de Beaune. venait d'épouser une des cinq filles du duc d'Ayen et par conséquent une sœur de madame de La Fayette.

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