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GÉ.NÉRAUXÉ DE RIOM

a L’assemblée a unanimement arrêté que son président est prié de faire parvenir à Sa Majesté l’Iiommage de notre profonde reconnaissance pour l’établissement salutaire et vraiment patriotique d’une assemblée pro> vinciale^ ainsi que de celles qui lui sont subordonnées, et particulièrement pour le principe équitable et bienfaisant qui doit régénérer les assemblées par une députation de représentants librement élus par leurs concitoyens. En même temps que nous recevons avec empressement une forme d’administration aussi désirée qu’avantageuse, nous espérons que le règlement qui nous est annoncé donnera un libre essor à notre zèle, à nos assemblées une dignité convenable; nous prenons la liberté d’observer que notre province est une de celles qui ont cessé le plus tard d’exercer leur droit de s'assembler en états, et, considérant la différence des fonctions qui semblent destinées à l’assemblée avec les prérogatives sacrées de nos états, nous croyons devoir supplier Sa Majesté de daigner déclarera la province, comme nous le faisons ici nous-mêmes, que l'exécution de ce nouveau règlement ne portera aucune atteinte aux droits primitifs et imprescriptibles de l’Auvergne. »

Les états d’Auvergne, rassemblés sous Charles Vil, n’avaient eu qu’une existence obscure dans les siècles suivants et avaient achevé de s’éteindre sous Louis XIV ; le droit primitif et imprescriptible de l’Auvergne sommeillait doncdepuislongtemps. En excitant ainsi toutes les provinces à réclamer leur ancienne constitution, on

ne pouvait que provoquer une confusion générale. Rappeler les prérogatives sacrées des états, c’était afficher la prétention de les rendre souverains, et tant de souverainetés ne pouvaient se concilier avec l’unité de la monarchie *. L’assemblée de novembre se réunit sans que la question fût décidée, le ministre s’étant borné à répondre qu’il prendrait les ordres du roi ; mais ou verra bientôt que la même agitation se produisit ailleurs avec plus de succès. Les provinces en bien plus grand nombre qui accueillirent avec reconnaissance l’édit de Louis XVI, et qui se bornèrent à l’exécuter, montrèrent un plus juste sentiment de leur intérêt.

Un des premiers actes de la session de novembre fut de choisir trois avocats pour examiner les contestations qui pouvaient s’élever entre les communes. Parmi eux se trouvait M. Coutbon, alors avocat à Clermont, qui devait quelques années plus tard partager la sanglante dictature et la mort tragicjue de Robespierre.

L’assemblée se livra ensuite aux occupations ordinaires. Comme membre du bureau du bien public, La Fayette présenta un rapport curieux sur l’agri-

1 Dans une lettre de La Fayette à M. de Latour-Maubourg, écrite vers la fin de 1789 et publiée pour la première fois par M. Mortimer-Ternaux dans les notes de son Histoire de la Ter-reur, on trouve le passage suivant, qui montre qu'il avait réfiéchi depuis l’assemblée provinciale d'Auvergne : t Faites les assemblées provinciales très^dèpe^idardes du pouvoir exécutif, et multipliez les provinces jusqu’au nombre de soixante ou même de quatre-vingts, pour leur ôter Tidée de faire des États fédératifs. »

culture et le commerce. Après un aperçu général, qui révélait un état assez avancé, 1e rapporteur entrait dans l’examen des moyens à prendre pour développer les diverses industries. « Nous ne parlerons ici des blés que pour en remarquer l’engorgement actuel et rendre grâce à la loi qui en permet l’exportation ; elle aurait plus d’effet, si la province n’avait pas été tellement oubliée dans la distribution des routes qu’à l'inspection de la carte des postes on serait tenté de croire que cette partie du royaume n’est pas habitée. Au seul mot de douanes, chacun de vous a dénoncé nos plus cruels ennemis. Placés à l’entrée de la province, l’un sur la route de Paris, l’autre sur la rivière d’ Allier, les deux postes de Gannat et de Vichy ne nous laissent que le choix entre deux écueils. Notre communication avec le Berri, la Touraine et l’Orléanais est interceptée par l’établissement d’un autre poste à Combronde. Il nous est doux, en nous élevant contre ces établissements monstrueux et destructeurs, de vous rappeler le beau projet qui honore le règne du roi et qu’il a scellé de sa parole sacrée*. La destruction de toutes les barrières, du moins jusqu’à la frontière de la Lorraine et de l’Alsace, est une opération aussi facile que désirée. L’esprit fiscal n’a pu y prévoir qu’une perte très-légère, et l’esprit d'administration y a trouvé un profil immense. »

' Allusion à eu qui venait de se passer à l'assemblée des notables, où -M. de Calonne et aprfcs lui M. do Drienne avaient annoncé la suppression des douanes intérieures.

L’amélioration des troupeaux, si généralement recherchée alors, ne pouvait manquer de trouver sa place dans le programme de La Fayette. « Les races de moulons, disait-il, varient beaucoup en Auvergne, et sont toutes mauvaises. Les assemblées du Berri et de la haute Guienne ont tiré des béliers de Flandre et du Roussillon ; nous nous bornons à vous proposer une souscription pour des béliers cl brebis du Rouergue et du Quercy, au choix de chaque élection. » Le rapporteur ne montrait pas moins de sollicitude pour la culture du chanvre et la fabrication de la toile, pour la confection des fromages, qu’il s’agissait déjà d’adapter aux usages de la marine, pour la réduction du prix du sel.

Une question qui est encore aujourd'hui à l’ordre du jour, celle du reboisement, avait occupé l’attention de plusieurs bureaux, u La disette de bois dans la province est d’autant plus fâcheuse qu’elle tourne rarement au |)rofU de la culture. Il est reconnu que des territoires de montagnes aujourd’hui inutiles pourraient se couronner d’arbres. » rapport se terminait par quelques détails sur les mines de charbon et sur la navigation : « Les mines de charbon, qui abondent dans le centre de la province, n’ont besoin que des soins des exploiteurs pour les garantir du feu, des inondations et des éboulemenls. Ces charbons s'embarquent à Brassac, sur l’Ailier, où la navigation est taxée par des péages et retardée par des obstacles dont il paraît essentiel du s’occuper. Il se construit annuellement, aux environs de Brassac, deux mille baleaux destinés pour Paris. »

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La grande affaire, en Auvergne comme partout, était l’augmentation demandée pour les vingtièmes. Le rapport sur cette question fut présenté encore par La Fayette au nom d’une commission spéciale que présidait l’évêque de Saint-Flour. Les vingtièmes payés par la province s’élevaient à l,4il,000 livres; mais le gouvernement avait estimé que cet impôt, plus régulièrement perçu, devait produire 2,038,000 livres, sauf à en déduire 231,000 livres, qui paraissaient pouvoir être mises à la charge des biens ecclésiastiques, et c’est sur ce pied qu’il avait annoncé l’intention d’accorder un abonnement. La réponse était nette et péremptoire : au lieu des 4,807,000 livres demandés, la province n’offrait que 1,298,000 livres, c’est-à-dire le revenu existant, déduction faite des frais de perception, a se réservant en outre de prouver par la suite que nonseulement un surcroît de taxes serait physiquement impossible, mais que la continuation des impôtsactuels de l’Auvergne serait évidemment injuste et destructive. B A l’appui de ce refus, les calculs qui avaient servi au gouvernement pour évaluer le produit légal des vingtièmes ébient discutés en termes hautains et méprisants.

Louis XVI fit faire à cette délibération une réponse sévère. « Si l’assemblée d’Auvergne, y était-il dit, s’était bornée, comme elle le devait, à présenter au roi le tableau de la situation de la province et des faibles ressources qu’elle trouve dans son sol par le défaut de délKHichés, le roi eût écouté avec bonté ces représenta-

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lions, et sans croire enlièrement à des détails exagérés que leur motif eût justifiés à ses yeux, il eût pesé dans sa sagesse jusqu’à quel point il pouvait être juste d’accorder à cette généralité une faveur qui ne tirerait point à conséquence vis-à-vis des autres; mais que l’assemblée provinciale, oubliant le seul objet de sa mission, sc permette, après que le roi lui a fait connaître les bases constitutives d’une imposition, de douter de la validité des dispositions, d’en détourner le véritable sens, c’est ce que Sa Majesté a dû voir avec autant de surprise que de mécontentement, et ce qu’elle ne tolérera jamais. Sa Majesté connaît les classes de ses sujelsqui, dans la province d’Auvergne, ont su se soustraire à une partie de la contribution qu’ils auraient dû acquitter. Elle fera exécuter la loi à l’égard de tou» les propriétaires indistinctement. Le commissaire du roi fera connaître enfin à l’assemblée qu’elle s’est écartée des fonctions (jue le roi lui avait permis d’exercer sous son autorité, et qu’elle doit dé.sormais s’occuper avec plus de soin et de mesure de justifier sa confiance et celle dé la province. »

L’assemblée ne se laissa pas intimider par la lettre ministérielle. Le 2-2 décembre, La Fayette lui présenta un nouveau projet de délibération ainsi conçu : a L’assemblée provinciale d’.Vuvergne, encouragée jusqu’à la fin de ses travaux par le doux espoir d’obtenir l’approbation du roi, n’a pu recevoir les marques inattendues de son mécontenlementsansèlre frappée d’une profonde consternation. Il ne lui resterait, dans sa vive douleur.

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aucune consolation, si chacun de ses membres, en adoptant la délibération du 23 du mois dernier, n’avait pas uniquemetit suivi la voix de sa conscience. L’assemblée abjure toute expression qui aurait pu déplaire à Sa Majesté; mais elle doit à la patrie, au roi lui-méme, de persister dans les sentiments qui ont formé le fond de sa délibération. Elle ose espérer que Sa Majesté, touchée de la situation particulière de celle province, dai^mera ne pas rejeter sa première proposition ; elle la réitère avec confiance aux pieds d’un roi chéri, dont elle tient une existence qu’elle s’empressera de consacrer à la gloire et à la satisfaction de Sa Majesté, essentiellement liées au bonheur de ses peuples. » Après ce vote, l’assemblée se sépara.

Ainsi se termina, par une rupture qui laissait tout en suspens dans la province, une session commencée sous de plus favorables auspices : triste récompense des efforts du roi, fatal prélude de ce qui devait arriver aux étals généraux. Voilà bien du bruit pour pour une pauvre somme de 3üG,000 livres que le gouvernement aurait facilement réduite de moitié, comme il le lit pour la plupart des provinces. Plus riche et plus peuplée que les deux tiers du territoire national, l'Auvergne devait ces avantages à la fertilité prodigieuse de ses plaines et à l’industrie pastorale de scs montagnes. Uans la répartition générale des impôts, elle ne payait pas plus que sa part. 11 a|)parlenait d’ailleurs à La Fayette moins qu’à tout autre de marchander le faible secours que demandait le roi, car le déQcit des finances tenait

20b I.KS AS.SKMlit.KKS PKOVfNTlAI.RS.

à ia guerre d’Amérique, qui avait dévoré plus d’un milliard.

L’idée des anciens étals ne fut pas abandonnée après la clôture de l’assemblée provinciale. Le président continua à s’en occuper, il écrivit à ce sujet un mémoire détaillé qui fut mis sous les yeux du roi. Nous trouvons dans les procès-verbaux imprimés de l’assemblée du département de Riom ', tenue en octobre 1788, de nouvelles preuves pour démontrer l’existence des états ; on y donnait, d’après Savarou, Belleforél et un grand nombre de titres, la liste de vingt-huit sessions, de l'année 940, où remontait leur origine, à l’année 1602, où ils s’étaient tenus pour la dernière fois. Cette délibération et plusieurs autres émanées de la même assemblée, comme les vœux émis en faveur d’un impôt territorial unique, de la liberté indéfinie du commerce, de la réforme des lois civiles et criminelles, méritent d’autant plus l’attention que l’assemblée de Riom était présidée par le marquis de Laqueuille, qui allait devenir un des chefs de la droite aux étals généraux et qui donna sa démission de député au mois de mai 1790. A Aurillac, on adopta aussi avec empressement le grand mot d’états, mais en demandant que la haute Auvergne eût ses étals particuliers. La digue une fois rompue , toutes les itrélenlions se produisaient à la fois.

Parmi les membres de l’assemblée provinciale se trouvait le marquis de Capponi, seigneur de Com-

• Ud v)Iume in-4* imçriiné à Riom.

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brondp, issu de l’illustre famille des Capponi, de Florence, dont une branche était venue s’établir en Auverf^ne pendant les révolutions de ritalie. Il mourut en 1788, et des témoignages extraordinaires suivirent sa perte. « Vous avez vu, dit M. de Laqueuille à l'assemblée dq Riom, avec quel zèle le respectable marquis de Capponi s’occupait de tout ce qui pouvait avoir trait au bien. La perte d’un homme vertueux et éclairé est une calamité pour son siècle. Quel trait pourrais-je ajouter à son éloge qui ne soit connu de vous? » L’assemblée voulut consigner au procès-verbal l’expression de ses regrets unanimes pour la perte inappréciable qu’elle venait de faire. Le nom du marquis de Capponi est probablement oublié en Auvergne ; il nous a paru juste de consigner ici cet hommage de toute une province.

Ia} président de l’assemblée provinciale, M. de Montagu, il ne resta pas longtemps sous l’influence de La Fayette. Il ne fut point nommé aux étals généraux, émigra un des premiers et commanda un des corps de l’armée de Condé qu’on appelait la coalition d’Auvergne, parce qu’il se composait d’officiers et de soldats de cette province. La coalition d’Auvergne fut bientôt dissoute, et son vieux commandant réduit à errer d’asile en asile, presque sans ressources. Il fut rejoint par son fils et sa belle-fille, qui adoucirent pour lui les douleurs de l’émigration. Une main pieuse a recueilli ces souvenirs dans une notice sur madame de Montagu, qu’on ne peut lire sans une émotion pro-

fonde. Celle jeune femme, forcée à vingl-cinq ans de quiller son pays, perdaul ses cnfunls l’un après l’aulre dans les angoisses de l’isolement, apprenant d’un seul coup la mort de sa sœur, la vicomtesse de Xoailles, de sa mère, la duchesse d’Ayen, et de sa grand’mere, la maréchale de Noailles, e.\éculées le même jour sur le même échafaud, tenant tête à tant de malheurs avec la résignation d’une [)iété fervente, créant au milieu de sa propre détresse l'OEuvre des Emigrés, et parvenant à force de zèle à secourir bien des infortunes : il n’y a pas de récit plus triste et plus consolant à la fois. Deux autres ûgures se détachent dans ce tableau de famille : l’une est sa sœur, madame de La Fayette, si héroïque et si simple dans son dévouement à son mari ; l’autre est le général La Fayette lui-même, toujours calme, intrépide, inaltérable, assistant à la révolution comme à un naufrage qui ne doit pas dégoûter de la navigation, cl conservant, sous les reproebes ouverts ou tacites de ses comi)agnons d’exil, celle bonté affecluense qui le rendait si séduisant dans l’intimité.

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