‹ Les assemblées provinciales sous Louis 16Chapitre 16 sur 46 · LV · texte numérisé non relu

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1788 contient des détails intéressants sur une de ces crises commerciales qui affligent périodiquement la ville de Lyon. Une souscription ouvcrle sur place jjour venir au secours des ouvriers sans travail avait produit

280.000 livres , a somme qui paraîtra d’autant plus considérable, disait l'auteur du mémoire, que dans le cours de la même année rHôtel-Dieu a reçu en aumônes extraordinaires, pour rétablissement des lits à seul,

163.000 livres, a Ces etforts généreux ne suffisaient pas. Le nombre des ouvriers secourus, suivant les étals fournis par les curés, s’élevait à 19,680, et les deux sous qui leur étaient alloués par jour, formaient un total de 59,000 livres par mois; si de nouvelles aumônes ne survenaient pas, la caisse ne devait plus avoir de fonds à distribuer au 15 avril.

L’élévation subite du pri.v de la soie, sans doute par suite de quelque maladie analogue à celle qui attaque aujourd’hui le précieux ver, avait commencé par ralentir le cours ordinaire des manufactures. « A ce premier inconvénient, poursuivait le mémoire, s’en joint un autre plus affligeant encore, c’est la stagnation totale du commerce de nos étoffes. La ville de Lyon fournit essentiellement l’Allemagne et tous les États du Nord; mais les lois somptuaires de la Prusse, de la Suède, de l’Empire, la guerre de la Russie avec le Turc, le défaut de consommation dans le Levant, les manufactures d’Italie, celles de Valence en Espagne, et depuis longtemps les révolutions de la mode dans la capitale, toutes ces causes, réunies à la rareté des soies,

CKNÉRALrrÉ UE I.YON.

non-seulement ont arrêté toutes les commissions, mais empêchent même la vente des étoffes fabriquées. On assure qu’il y en a d’amoncelées dans les magasins de nos fabricants pour plus de douze millions. 11 est impossible de proposer au gouvernement de soutenir la fabrication par des avances sur le prix de la matière et des façons, puisiju’un pareil moyen ferait monter encore le prix des soies et emmagasinerait inutilement des étoffes dont la multiplicité rabaisserait de plus en plus la valeur. »

On attendait la foire de Leipzig, o regardée comme le vrai thermomètre des manufactures de Lyon, » pour savoir si les commissions reviendraient. Pour le moment, on réclamait de nouveaux secours de la part des souscripteurs volontaires, et on suggérait une organisation plus active de la charité. « Nous vous proposons de former dans chacun des vingt-huit quartiers de la ville un bureau des pauvres, comme il en existe déjà dans plusieurs paroisses ; ce bureau serait composé de dix ou douze personnes, hommes ou femmes, dont l’aisance, le loisir et la charité leur permettraient de surveiller cent ménages par exemple, et qui fourniraient le pain et la viande nécessaires par des caries signées chez le boucher et le boulanger. Celle inspection, bornée sur un certain nombre d’individus, s’exercerait plus exactement : elle rapprocherait le riche du malheureux, elle exciterait davantage la sensibilité du bienfaiteur et la reconnaissance du pauvre; on trouverait plus facilement les moyens d’occuper les ou-

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vriers sans travail. La mendicité ponrrail être rigoureusemcnt défendue. MM les curés présideront , guideront, éclaireront les commissaires dans leurs paroisses, et la Providence hâtera le succès d’une œuvre dictée par l’humanité, la religion et le patriotisme. » Ces conclusions furent adoptées, et les syndics généraux se chargèrent de l’exécution.

L’archevêque de Lyon, qui était en même temps abbé de Saint-Victor de Paris, mourut à Paris, dans son palais abbatial, le 2 mai 17K8; la commission intermédiaire, qu’il avait soutenue de son crédit dans un moment critique, exprima les plus vifs regrets de sa perte ; il fut remplacé dans son archevêché par M. de Marheuf, évêque d’Antun, remplacé lui-même par M. de Talleyrand, et il eut pour successeur à l’Académie française le chevalier de Boufflers. Lors de la réception du nouvel élu, l’Académie française entendit de nobles paroles sur son prédécesseur. .Après un élégant portrait de M. de Montazet comme homme d’église, comme homme du monde et comme écrivain, M. de Boufflers ajoutait : « C'est lui, quand la Provividence semblait oublier son diocèse, qui en remplissait les fonctions; c’est lui qui veillait aux besoins renaissants d’un pays où les habitants des campagnes attendent leur subsistance de la prospérité de la capitale, tandis que le sort de cette capitale elle-même dépend du goût et des caprices du luxe de tout l’univers. Plus d’une fois, sans sa main protectrice, cetle précieuse colonne de notre commerce était prête à s’écrouler.

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Dans ces moments de crise , prompt à se montrer au milieu de son peuple affligé, ses discours promettaient des temps plus heureux, ses bienfaits permellaient do les attendre, et c’est ainsi que la vertu d’un homme balançait une calamité publique. »

A son tour, Saint-Lambert, qui répondait au récipiendaire, s’exprima ainsi : a M. l’archevêque de Lyon aimait l’assemblée provinciale dont il était le président. Là il voyait la noblesse, oubliant ses prétentions et non le véritable honneur, se confondre avec le peui)le, et le peuple n’avait plus pour elle ce respect mêlé de crainte qui tient les hommes dans un état de haine, mais ce respect tendre et touchant qu’inspirent l’estime et la confiance. Il aimait à voir 1e peuple et les ordres privilégiés concourant ensemble, et des deux parts en même nombre, tantôt èi marquer la roule et à calculer les frais d’un canal, tantôt précipitant la construction d’un édifice consacré à l’indigence, quelquefois cherchant à encourager un nouveau genre d’industrie sans nuire à la liberté du commerce, et s’occupant de répartir l’inijiôl suivant la richesse et non suivant tes rangs, ici retrancher un dixième inutile, là sauver au pauvre les frais d’une dépense nécessaire; enfin le peuple et la noblesse monirer toujours et toujours de concert l’amour du bien général, l’amour des lois et le plaisir d’unir leurs intérêts. » C’est ainsi qu’ou parlait à l’Académie française le 29 décembre 1788.

L’agitation qui suivit dans toute la France les édits de mai 1788 eut son relenlissemenl à Lyon. M. Darou

du Soleil, procureur-syndic pour le tiers état, avait été nommé procureur du roi près du grand bailliage de Lyon ; il refusa d’accepter. Le commandant de la province reçut l’ordre de le faire arrêter et enfermer au fort Brescou. La commission intermédiaire écrivit dans les termes les plus pressants au ministre pour demander sa mise en liberté. Dès le retour de Necker au ministère, la détention de M. Barou fut convertie en un exil dans sa terre du Soleil; mais, la commission ayant insisté pour obteuir sa liberté pleine et entière, il revint prendre séance avec ses collègues.

La commission continua a tenir scs séances jusqu’au 30 juin 1790. Parmi les alfaires dont elle eut à s’occuper, ou trouve une concession faite par le gouvernement au marquis d’Osmond des houillères de Roehela-Molière et lieux circonvoisins, dans les environs de Saint-Etienne. La commission s’éle\a contre le princijie même de la concession, comme contraire au droit de propriété et comme devant faire renchérir le charbon de terre. La concession de Hoche-la-Molière et Firminy, la plus étendue du bassin de la Luire, n’embrassait l»as moins de quatre lieues carrées.

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