CHAPITRE XXI
CKN'ÊRALITK DE MET2
'Trois-Évôchés et Clcrmontois).
La généralito de Melz ou des Trois-Evècliés, qui formail ci elle seule, comme celle de Nancy, le ressort d’un parlement, comprenait les arrondissements actuels de Melz et Thionville dans la Moselle, de Verdun et Monlinédy dans la Meuse, de Toul et Sarrebourg dans la Meurllie et de Sedan dans les Ardennes, plus une partie de la vallée de la Sarre, qui a cessé de nous appartenir. Bien plus anciennement réunie que celle de Nancy, elle était aussi beaucoup moins prospère ; on n’y comptait que 680 habitants par lieue carrée au lieu de 934, et on y payait 19 livres 9 sols d’impositions par tête au lieu de 12 livres 19 sols. La petite principauté du Clermontois, enclavée dans la province, avait appartenu à la maison de Condé, qui venait de lu céder au roi ; la petite ville de Varenncs, célèbre par l'arrestation de Louis XVI,
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faisait partie du Clermonlois, qui avait pour clicf-lieu Clermont en Argonne, et qui forme aujourd’hui quatre cantons du département de la Meuse.
La généralité de Metz ayant moins d’étendue que celle de Nancy, l’assemblée provinciale ne se composait que de trente-deux membres. Le président nommé par le roi était révêque de Metz, M. deMontmorency-I.aval, grand aumônier de France et frère du maréchal duc de Laval ; après lui venaient l’évê(iue comte de Verdun et l’évêque comte de Toul: tous trois avaient eu autrefois la souveraineté de leur diocèse et portaient encore le titre de princes du Saint-Empire. Dans la noblesse, le marquis de Chérisey, lieutenant général, M. de Walter de Neurbourg et le baron de Pouilly, maréchaux de camp, qui furent élus plus lard aux états généraux ; dans le tiers état, plusieurs échevi ns de Metz, le maire de Toul, le maire de Sarrebourg, le maire de Thionville, le lieutenant général du Clermonlois. Les deux procureurs-syndics élus furent, pour les deux premiers ordres, M. de Tinseau, lieutenant-colonel, et pour le tiers état M. Maujean, chevalier, seigneur de Labry, maîlre-échevin de la ville de Metz.
Ce litre de maîlre-échevin avait une grande importance historique. La ville de Metz avait été longtemps une véritable république, gouvernée par une aristocratie bourgeoise assez semblable à celles des républiques italiennes et des villes Ubres de l’Empire. La charge de maitre-échevin était d’abord à vie ; elle devint annuelle à partir du xii* siècle. Tant que dura la souve-
raineté épiscopale, le maitre-échevin balança l'autorité des prélats ; après le réunion du pays Messin à la France, il ne fut plus qu’un maire ordinaire, et en échange de ses antiques privilèges on lui donna la noblesse et le titre de chevalier. Une constitution analogue se retrouvait dans les villes épiscopales de Tout et de Verdun.
L’intendant de Metz, M. Depont, étant empêché par un deuil de famille, ce fut l’intendant de Nancy, M. de La Porte, qui remplit les fondions de commissaire du roi. La question du tarif fut, comme à Nancy, le principal objet des délibérations, mais elle ne donna lieu qu’à un rapport assez bref, o La province, y était-il dit, a toujours élé très-altachée à scs franchises ; le reculement des barrières n’a jamais été envisagé qu’avec effroi par toutes les classes d'habitants. Demander ou consentir le tarif, quand même on aurait l’espérance qu’il ferait naître des manufactures, serait opérer un mal très-certain et très-grand, pour un seul espoir trèsincertain et peu vraisemblable, v L’assemblée vota, à l'unanimité de» voix, que le roi serait supplié de ne pas reculer les barrières à l’extrême frontière de la province et de ne pas lui imposer le tarif. Là aussi on s’exagérait la portée du changement proposé ; ce vote montre toujours combien les provinces qui avaient goûté de la liberté du commerce répugnaient à accepter des douanes, même quand on leur offrait en échange le libre accès du marché français.
L'ossemhlée retentit des doléances des manufacturiers de Sedan contre le traité de commerce avec l'An-
gleterre. « La draperie royale de Sedan, dit le bureau du bien public, qui voit sa ruine inévitable, a représenté au conseil du roi l’anéantissement de son commerce, la situation désespérée de quatorze mille ouvriers sans ressources , la chute prochaine de ses maisons les plus accréditées. La ville de Sedan, quoique contrariée par sa situation géographique à l’extrémité du royaume, éloignée de tous les ports, manquant des matières premières qu’elle tire à grands frais de l’Espagne, était parvenue, malgré tant d’obstacles, à un point qu’elle ne pouvait espérer. Mille métiers en activité fabriquaient vingt mille pièces de draps Ans de 24 à 26 aunes, qui se vendaient depuis 18 jusqu’à 34 livres l’aune, et qui produisaient une somme de 40,789,000 liv., tirée en grande partie de l’étranger. Le dernier traité a brisé les barrières protectrices des fabriques nationales. Les Anglais achèteront par de premiers sacrifices l’avantage de les écraser ; ils peuvent mettre leurs draps à des prix si bas qu’ils arrêteront toute concurrence et attireront à eux seuls ce commerce important. » Ces plaintes étaient un peu en contradiction avec le vote précédent, mais l’assemblée ne se piqua pas d’être fort logique; elle accueillit les réclamations des manufacturiers de Sedan, et chargea son président d’interposer ses bous offices auprès du conseil du roi.
Une autre déUbération roula sur la liberté d’exportation pour les grains, qui venait d'être instituée par édit royal. Sur le rapport de l’évêque de Toul, l’assem-
aw LES ASSEMIILÉES l’UOVINClALES.
Liée opina que celle liberté ne devait pas être illimitée, et que, quand le quintal de blé aurait atteint sur le marché de Metz le prix de 12 livres 10 sols, ce quelle espérait ne voir arriver jamais, le roi serait supplié d’arrêter l’exportation, à la condition toutefois que l’assemblée provinciale de Lorraine se réunirait à celle des Trois-Évêchés pour en faire la demande. C'était mettre une bien basse limite au prix du blé dans la province, où il était en elTet moins cher que dans le reste du royaume; au point de vue économique, c’était une erreur, mais une preuve de désintéressement de la part des propriétaires.
Pour les vingtièmes, l’assemblée offrit la moitié de l’augmentation demandée, à la condition qu'elle en ferait elle-même la répartition. Comme elle annonçait l’intention de toucher aux formes jusqu’alors suivies par le clergé pour la levée de sa part d'impôt, les membres de cet ordre proteslèrenl, non sans quelque raison, car ces formes traditionnelles allégeaient beaucoup le fardeau pour les ecclésiastiques pauvres ; tout en posant le principe d’une contribution additionnelle, les instructions ministérielles avaient admis le maintien des anciennes formes ‘.
< L'article relatif au clergé Jans les inaiructions adressées au nom du roi aux assemblées provinciales pour l'augmentation des vingtième, était ainsi conçu :
« Les détails mis sous les yeux de Sa Majesté l avant convaio» eue que la forme de répartition adoptée, quant d présent, par le clergé, pour celle du don gratuit, était avantageuse aux curés et ecclésiastiques pauvres, Sa Majesté r jugé de kr sagesse de ne point éter à ce premier corps de l’État ses formes anciennes,
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Tous les rapports sur les travaux publics furent faits par l’évêque de Verdun, M. Desnos. Telle était alors l’occupation favorite du successeur de ces grands évêques de Verdun, qui accolaient dans leurs armes l’épée avec la crosse et qui tenaient tête aux rois et aux empereurs. Mais ce qui parut passionner le plus les esprits par suite sans doule de quelque circonstance locale, ce fut une sorte d’acte d’accusation dressé par l’évêque de Tout, au nom du bureau du bien public, contre les offices d’huissiers-priseurs pour meubles, a Un cri public, disait ce prélat, s’est élevé dans la province contre les huissiers-priseurs. Depuis leur funeste établissement, ils n’ont été occupés qu’à donner une extension progressive à leurs fonctions et aux droits qui leur ont été attribués. Cette augmentation presque illimitée est devenue aujourd’hui effrayante', elle nous a paru telle d’après les plaintes générales et malheureusement trop fondées qui nous ont été portées. Cet objet est devenu inüniment intéressant pour toutes les classes de citoyens, et surtout pour les malheureux habitants des campagnes, dont les
mais elle veut que les revenus qui appartiennent au clergé soient aussi portés sur les rôles des vingtièmes, afin que, quoique énoncée pour mémoire, on puisse cependant connaître la juste propoation de ce que ces biens pourraient payer, à raison de 1 etirs revenus, par comparaison avec les autres propriétés foncières du royaume, y compris ceux du propre domaine do Sa Majesté. »
Il eût mieux valu dire tout nettement qu’on voulait désormais soumettre le clergé à l’acquittement des vingtièmes, sauf à admettre des immunités pour les ecclésiastiques pauvres, que prendre ainsi une voie détournée qui ne trompa personne.
faibles successions sont dévorées par les droits excessifs, les abus criants , etc. o Suivait un long détail des exactions attribuées aux huissiers-priseurs, tableau probablement fort grossi , mais que l’assemblée sanctionna par son vote, en demandant la suppression de ces officiers publics et en chargeant son président d’insister auprès des ministres pour l’ohtenir.
L’assemblée ayant eu à désigner trois avocats qui devaient être rétribués par la province pour donner gratuitement des consultations dans l’intérêt des communes, un de ses choix se porta spr M. Rœderer, avocat à Metz, dont le fils devait être député aux états généraux, conseiller d’État, comte, sénateur, pair de France et membre de l’Institut. M. Rœderer fit répondre qu’élant déjà le conseil des principaux propriétaires de la province, dont les intérêts pouvaient se trouver en désaccord avec ceux des communes, il ne croyait pas devoir accepter.
Dans son discours de clôture, l’évêque-président, après avoir rappelé sommairement les principales délibérations, ajouta: a Oui, le clergé, la noblesse, le tiers état, animés des mêmes sentiments, du même désir du bien, ont cherché tous les moyens de l’opérer. Vous qui partagez avec moi les fonctions honorahles qu’il a plu au roi de nous confier, je dois vous rendre et je vous rends avec la plus grande satisfaction un témoignage public de votre zèle patriotique, de vos vues bienfaisantes et éclairées, de votre capacité, de votre activité, de votre assiduité au travail, de votre
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entier et absolu désintéressement. C'est à ces traits qu'on reconnaît le vrai citoyen et zélé patriote. Vous allez retourner dans tos foyers , au milieu de vos concitoyens; vous vous écrierez avec un juste et légitime enthousiasme : Français, écoutez-nous, le roi bienfaisant qui nous gouverne voudrait que nous fussions tous heureux ; forcé par la situation des finances de lever des impôts sur ses peuples, il veut que la perception s’en fasse avec justice, égalité et économie; il nous a prescrit de prendre tous les moyens possibles pour soulager les peuples, pour encourager et accroître le commerce, pour fertiliser les campagnes. » Cet évêque de Metz, d’une éloquence si affectueuse et si patriotique, était te cousin du vicomte Mathieu de Montmorency- Laval, qui avait été élevé par Sieyès, et qui, après s’être distingué aux états généraux par sa passion pour toute sorte de réformes, se repentit dans l’émigration, et reçut de Louis XVIIl le titre de duc et le portefeuille des affaires étrangères.
Après la clôture de l’assemblée, l’agitation qui régnait partout se répandit dans le pays Messin. Ce pays voulut /
avoir aussi ses états provinciaux ; on alla même jusqu’à leur donner le nom ambitieux d’états généraux d’Austrasie, en souvenir de l’époque mérovingienne*. M.Emmery, avocat à Melz, qui devint depuis sénateur, comte et pair de France, se mit à la tète de ce mouvement.
Une réunion se tint à l’hôtel de ville de Melz, le 15
« Je tien» ces faits peu connus de M. le comte Van der Stratten-Ponthoz, petit-fils par alliance de M . de Chérisey.
ÎM LKS ASSEMBLÉES PROVINCIALES.
janvier 1789, sous la présidence du marquis de Cbérisey, que le roi avait nommé le premier membre de la noblesse à l'assemblée provinciale; elle se composait de vingt-deux membres du clergé, quarante-neuf de la noblesse et soixante-quinze du tiers état; Rœderer, alors conseiller au parlement et déjà connu par des écrits économiques et politiques, y assistait, a Nous avons dessein , dit le président, de demander à Sa Majesté que l’administration provinciale soit convertie en élals provinciaux.» Le maréchal de Broglie, gouverneur de la province, blâma celte assemblée comme illégale, mais M. de Cbérisey tint tête au maréchal; il fut nommé à la ûn de 1789 colonel général de la garde nationale.