CHAPITRE XXIII
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(Rouinillon.)
La généralité de Perpignan avait longtemps compris le Roussillon et le comté de Fois ; le comté de Foix en avait été détaché en 1783, et elle n’embrassait plus que le Roussillon avec ses annexes ordinaires, la Cerdagne et le ConQent, c’est-à-dire le département actuel des Pyrénées-Orientales. Réunie à la France par Richelieu, celte ancienne possession espagnole n’avait pas conservé d’administration provinciale indépendante; mais l’esprit municipal y était très-puissant, comme dans tous les pays autrefois soumis à la domination romaine. Institutions et mœurs, tout y avait un caractère fortement démocratique. L’importance de Perpignan comme ville frontière y avait fait établir un gouvernement militaire, et le gouverneur, le maréchal de Hailly, avait
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conquis une grande popularité par l'éclat de son administration.
L’assemblée provinciale du Roussillon se composait de 28 membres pour une population totale d’un peu plus de 100,000 âmes ; elle avait pour président l’évêque d'Elne. Dans le clergé siégeaient encore don Louis de Campredon , grand sacristain de l’abbaye de Saint- Michel de Cuixa, et don de Gispert, prieur claustral de l’abbaye d’Arles; dans la noblesse, don Pierre de Margarit, marquis d’Aguilar, et don Abdon-Sennen de Ros, comte de Saint-Félin ; dans le tiers état, des consuls, des négociants, des propriétaires. Les procureurs-syndics élus furent don Raymond de Matheu-Bou, chevalier, pour les deux premiers ordres, et M. de Llucia, avocat général au conseil supérieur ou parlement de Roussillon, pour le tiers état. Tous ces noms portent l’empreinte de la langue catalane; mais les procès-verbaux sont en français', et tout ce qu’ils contiennent montre que les idées françaises avaient complètement gagné le Roussillon. L’assemblée se réunit à Perpignan le 15 décembre 1787. L’intendant, M. de Saint-Sauveur, remplissait les fonctions de commissaire du roi.
Les délibérations n’olTrent d’intérêt qu’en ce qui concerne les travaux publics. Pays montagneux et brûlant, le Roussillon est sujet à des violences de climat
•Un vol. in-4*, imprime à Narbonne, chea la veuve Besae, imprimeur des états du Languedoc. Ce sont les seuls procèsverbaux qui n’aient pas été imprimés dans la province même- Perpignan ne possédait pas sans doute d’imprimerie sufBsante.
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i]ui rendent ces travaux à la fois plus nécossaires et plus difficiles qu’ailleurs. o Dans d’aulrcs provinces, disait le rapport de la commission inlennédiaire, les assemblées peuvent fixer leurs yeux sur des routes perfectionnées; pour nous, c’est sur des ruines que nous devons arrêter votre atlenlion. Les nionla;;nes qui nous ceignent donnent naissance à une infinité de torrents qui joignent à un volume d’eau très-considérable l’impétuosité d’une chute presque perpendiculaire ; de là la nécessité de multiplier sur les routes les ouvrages d’art, de là la stabilité si précaire de ceux qui existent. Les chaussées cllcs-mcmcs, entamées par des ravins ou percées par des rivières, sont plutôt des monuments de nos désastres (|ue des témoins des dépenses employées à leur confedion. d Le principal de ces travaux était la digue Orry, ainsi nommée du nom de l’intendant qui l'avait fait construire; élevée pour contenir les eaux de la Têt, elle défendait la roule du Languedoc en Espagne par Perpignan, la principale artère de la province. Celte digue avait été rompue eu l~ll, et il devenait nécessaire, pour la fortifier, d’en doubler la longueur. De tous côlés se présentaient des ponts à construire ou à relever, des routes à réparer ou à ouvrir, et l’assemblée ne pouvait dis|)0ser que d’un fonds annuel de 218,000 livres, y compris 39,000 livres pour le rachat des corvées et 75,000 livres de secours exlraordinaires donnés parle roi. Ou calculait (|u'avec ces ressources les ouvrages les plus urgents pouvaient être faits dans un délai de