‹ Les assemblées provinciales sous Louis 16Chapitre 25 sur 46 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

aiN^RALITK DB BORDBArX

(Btisse Guienne).

Nous arrivons aux trois jiarlements qui résistèrent à rinslilulion des assemblées provinciales. Le premier des trois, celui de Bordeaux, embrassiil dans son ressort les quatre généralités de Bordeaux, d’Auch, de Limoges et de La Rocbelle.

La généralité de Bordeaux comprenait les départements actuels de la Gironde, la Dordogne, Lot-et- Garonne et les Landes, avec une partie du Gers; d’une étendue totale de 3 millions d’iiectares, ou le double de l’étendue moyenne des généralités; elle se divisait en six élections, dont les cliefs lieux étaient Bordeaux en Guienne, PérigueuxetSarlat en Périgord, AgenenAgenais, Condom en Condomois, et les I.andes ou Lannes. Cliacune de ces élections avait une étendue extraordinaire; elles forment aujourd’hui dix-sept arrondisse-

menls, tandis que, dans la plupart des provinces, le nombre des arronJissemenls excède très-peu celui des anciennes élections'. Les trois quarts de ta généralité n’offraient qu’un vaste désert ; mais la ville de Bordeaux disputait à Lyon et à Marseille le second rang parmi les villes du royaume, et passait avec raison pour une des plus belles de l’Europe. Quand Arthur Young vint en France pour la première fois, il fut émerveillé de l’aspect de Bordeaux, a Malgré, dit-il, tout ce que j’avais lu ou entendu sur le commerce, les richesses et la magni- Dcence de celte ville, elle surpassa beaucoup mon attente. Paris ne m’avait pas satisfait, car il n’est pas comparable à Londres; mais on ne saurait mellre Liverpool en parallèle avec Bordeaux. »

M. de Tourny, intendant de cette généralité pendant quinze ans, de t7 43 à 17*18, avait commencé d’immenses travaux, qui n’avaient d’autre défaut que de consacrer à de stériles embellissements une trop grande part des ressources locales. Les jurais ou magistrats municipaux avaient fini par s’en inquiéter, et après une lutte assez vive, l intendant avait été rappelé et nommé conseillerd’Éiat pour dissimuler sa disgrâce; mais l’impulsion donnée se continuait après lui. Le maréchal de Richelieu, gouverneur de Bordeaux, y tenait une cour

* Les nouveaux chefs-lieux sont Blaye, Lesparre, Libourne, Bazas et LaR^ole, dans la Gironde ; Bergerac, Nonlron et Ribérac, dans la Dordogne ; Marmande, Villeneuve-d'Agen et Nérac, dans Lot-et-Garonne. Encore aujourd’hui, les départements do la Gironde, de la Dordogne et des Landes ont une étendue exceptionnelle.

LKS ASSEMBLEES PKOVINCIALES.

presque royale, dont le fastedonnail le ton.Lespiusbeaux monuments de cette ville datent de cette époque, entre autres le palais archiépiscopal, aujourd’hui hôtel de la mairie, et le fameux théâtre, chef-d’œuvre de l’architcctc Louis; ce dernier édiflee fut achevé en 1780. Louis XV avait cédé à la ville, à l’instigation du maréchal, 9, OOU mètres de terrain sur l’esplanade du château Tromiictle, pour y construire la nouvelle salle, avec permission de vendre rexcedant du sol pour subvenir aux trais de construction. Cette vente avait produit 810,000 livres, elle fournil environ le liersde la dépense. Les terrains achetés servirent à bâtir des hôtels qui font encore rorneinent de Bordeaux.

Un immense commerce rendait possible tout ce luxe. La seule île de Saint-Domingue, la plus riche des colonies, alimentait un va-et-vient annuel de 200 millions, dont Bordeaux [*renail la plus grande part. Le récent traité avec l'AnglcIerrc venait de donner un nouvel essor à cette prospérité. En 1789, l’exporlalion totale des vins atteignit 120,000 tonneaux. Louis XVI venait d’y établir une ligne] de paquebots transallantiijues; un arrêt du conseil, du 16 juillet 1786, portail (jiic vingt-quatre InUimenls, nommés paquebots du roi, feraient à l’avenir un service régulier entre la France et les deux Amériipies; les deux ports désignés pour les recevoir étaient Bordeaux cl le Havre. Les premiers partirent dans les premiers mois de 1787, et les départs SC succédèrent tous les quinze jours jusqu'au moment ou tout s’arrêta.

GEXERAUTE t)E BORDEAUX. S13

A la siiile do ces nouveaux progrès, on avait projeté des embellissements nouveaux. Le fort du château Trompette, cette bastille de Bordeaux, venait d’être cédé par le roi à une compagnie de spéculateurs qui le démolissaient pour mettre à la place un vaste et magnifique quartier, a J’ai vu les plans, dit Arthur Young, et si on les exécute, ce sera le plus beau développement qu’ait reçu aucune ville en Europe. » Dans le discours prononcé par M. de Galonné à l’ouverture de l’Assemblée des notables, le ministre citait avec orgueil cette entreprise parmi celtes qui devaient illustrer le règne : a La superbe place (|ui s’érige à Bordeaux, sur les ruines d'une inutile forteresse, procurera un des plus beaux points de vue de l’univers. » Ces mots n’avaient rien d’exagéré; le plan, dû encore au génie de l’architecte Louis, consistaiten une place demi-circulaire de centeinqiiante toises de diamètre, où treize rues, dont chacune portait le nom d’un des nouveaux États de l’Amérique du Nord, devaient déboucher par treize arcs de triomphe; au milieu devait s’élever une colonne de cent ([uatre-vingts pieds de haut, surmontée de la statue du roi et nommée la colonne Ludovise en souvenir de la colonne Trajane '. Cet ensemble monumental, se déployant le long du port, eu face du fleuve chargé de navires, aurait présenté un coup d’œil sans rival *.

Devant ces splendeurs de sa capitale, le reste de la

* La cotonne de la place Vendôme, élevée plus tard, n’a que cent trente pieds.

’ Bordeaux tout Louis XVI, par Henri Ilibadieii,

province disparaissait un peu. On ne peut pas dire cepcndanl que tout y fût négligé. La culture de la vigne se répandait rapidement, et le temps n’était plus où M. de Tourny lui-même, trompé par de faux systèmes, demandait au gouvernement d’interdire de planter des vignes. Dans les landes , de grandes entreprises de défrichement cl de culture se tentaient, et l’ingénieur Brémontier imaginait, pour arrêter le flot envahissant des dunes, les plantations de pins ([ui ont immortalisé son nom 5 la première se fit en 1780. De grands travaux, entrepris par ordre du roi, avaient pour but d’améliorer la navigation du fleuve; le fameux phare de Cordoiian, à demi détruit par les vents et les flots, sortait de scs ruines pour s’élever plus haut encore. Un puissant esprit d’indépendance locale se développait sous rinflucncc de la richesse; l’éloquence s’unissait aux autres arts, et le barreau de Bordeaux renfermait des talents qui ont éclaté plus tard à la tribune nationale. 11 semble donc que l’institution d’une assemblée provinciale dût y être très-bien reçue. Ce fut le contraire qui arriva.

Diverses causes amenèrent cet échec. La principale fut l'attitude inquiète et séditieuse ({ue prenait depuis quelque lenqts le parlement de Bordeaux. Ce corps aurait dû avoir pour Louis XVI des sentiments de reconnaissance, car il venait d’être rappelé de l’exil dont l’avait frappé Louis XV; mais il avait conservé de sa lutte et de sa victoire un excès d’orgueil. Aucun acte de l’autorité royale ne pouvait plus obtenir son a[>probation. Par l'article 6 de l’édit sur les assemblées provin-

GÉNÉRALITÉ DE BORDEAUX. »t»

ciales, le roi se réservait le droit de déterminer, par des règlements particuliers, la composition et les fonctions de chacune de ces assemblées. C’est à cet article que s’attacha le parlement de Bordeaux pour refuser l’enregistrement; il prétendit ne pouvoir juger la nouvelle institution en pleine connaissance de cause, qu’autant qu’on lui ferait connaître préalablement ces règlements particuliers, comme si l’expérience du Berri et de la haute Guienne ne suffisait pas. Le parlement de Paris, qu’on ne pouvait accuser'd’une déférence excessive, n’y avait pas mis tant de façons.

Le roi ne fit aucune réponse au parlement de Bordeaux, et se contenta de faire publier dans chaque généralité le règlement qui la concernait. Cette publication ne salisût pas le parlement; le 8 août il rendit un arrê^ pour défendre à l’assemblée du Limousin de se réunir. Quatre jours après, le Conseil d’Elat cassait cet arrêt comme attentatoire aux droits du roi etcontraire au bien de ses peuples, et le 18 le parlement en rendait un autre qui couflrmait le premier en des termes encore plus forts : « Considérant que les ennemis de l’État chercheraient en vain à calomnier les vues du parlement, que sa justification est dans sa conduite; que les peuples de ce ressort, accables soirs le poids des impôts, ne se méprendront pas sur les vrais motifs qui attirent au parlement sa di.^gràce; qu’il n’aurait pas eu la douleur de voir son zèle noirci aux yeux do la nation, si un adminislraleur infidèle (.M. de Calonne) n'eût épuisé le trésor de l’État, et si, pour opérer la ruine des peuples,

il ne se liit elTorcé d'enlever au parlement la coniiance publiiiue et l’estime du seigneur roi; que, dans l’étal déplorable oii se trouvent les flnances, tous les projets des ministres, même ceux qui paraissent les plus avantageux aux peuples, semblent n’avoir pour but que la fiscalité et raugmenlation de l’impôt; qu’à l’asiiect des malheurs qui menacent la propriété, malheurs que l’assemblée des étals généraux peut seule prévenir, chaque citoyen porte des regards inquiets sur le parlement, la cour, ne voyant dans l'arrêt du conseil qui casse l’arrêt du iiarlemenl, aucun caractère légal, puisqu’il n’est pas revêtu de lettres patentes, a persisté et persiste, sous le bon plaisir du roi, dans son arrêt du 8 du présent mois. »

Celle fois, la longanimité de Louis XVI fut poussée à bout : il fit délivrer des lettres patentes porlant translation du parlement à Libourne ; mais la cour, qui avait refusé de reconnaître l’arrêt du conseil, sous prétexte (|u’il hélait pas revêtu de lettres patentes, ne respecta pas davantage sous celle nouvelle forme l’aulorilé du roi, et, tout en se rendant à Libourne, elle protesta. H fallut que le comte de Brieune, commandant de la province sous le maréchal de Richelieu absent , se rendît à Libourne pour faire enregistrer militairement les lettres patentes. Ce coup d'autorité souleva une vive irritation, l’opinion locale prit parti pour le parlement. Lesjuraf.s de Bordeaux adressèrent les premiers une idainteau roi, la cour des aides vint ensuite, le parlement lui-mêinc renouvela ses doléances le 31 octobre.

«ENKRALITK DK BuKDEAL'X. 317

Des événemonls qui auraient dû le calmer s’élaient pourtant accomplis dans l’intervalle; les assemblées provinciales se réunissaient dans toute la France, et les membres les plus consi Jérables des autres cours avaient généralement consenti à en faire partie. Le roi venait de révoquer ses deux édits pour l’établissement d'une subvention territoriale et l’impôt du timbre. Il ne s’agissait donc pins d’enregistrer de nouveaux impôts; tout se bornait à l’augmcnlation des vingtièmes demandée aux assemblées provinciales cl qu'elles pouvaient refuser; le ministère avait d’ailleurs annoncé l'inlention d’adresser aux parlements les règlements des assemblées provinciales, quand lisseraient définitifs. Ces concessions ne firent que rendre le parlement de Bordeaux plus arrogant.

Ce même parlement avait demandé dans d’autres temps l’institution des assemblées provinciales. Voici ce qu'on lisait dans ses remoiHrances au roi en 1779 : <1 Qu’il soit permis, sire, à votre parlement de Bordeaux de présenter à Votre Majesté un plan qui réunirait tous les ordres de l'Élat, qui simplifierait l’administration intérieure du royaume , qui ramènerait l’agriculture, le commerce et les arts, qui élèverait l’àme parle sentiment intérieur de la liberté, qui mettrait dans les impositions une répartition juste et proportionnelle, qui anéantirait la corvée, et qui, en faisant la félicité des particuliers, ferait la gloire, le bonheur et la force des rois. Ce plan, sire, c’est celui que Votre Majesté a fait exécuter dans quelques pro-

vinces; c'csl le rétablissement de l'ordre iimnicipal et des pays d'étals dans rélendiie de ce ressort. Si la France lient compte an grand prince qui a donné le jour à Louis XV du projet qu'il avait formé de mettre toute la France en pays d’états, quels seraient les sentiments de tonte la nation pour le roi qui réaliserait ce projet! » En I78t, à propos d’un mémoire publié par l’intendant, M. Dupré de Saint-Maur, où il accusait le parlement d'avoir voulu mainlenir la corvée pour les chemins, lacourde Bordeaux était revenue à la charge, a Dans les remontrances (jue vous files en 1779, disait le magistral qui porta la parole, vous suppliâtes le roi d’établir dans votre ressort des administrations provinciales. Une des premières opérations de ces assemblées eût été sans doute l’abolilion de la corvée et la répartition sur tous les ordres de citoyens des sommes nécessaires pour la construction et l’entretien des chemins; vous l’aviez même annoncé dans vos remontrances. » Et trois ansseulemenl après cette dernière délibération, quand le roi accordait ce qu’on avait réclamé avec tant d’instance, celle môme cour se déclarait avec violence contre sa propre demande! Et, par un entraînement plus déraisonnable encore, la cour des aides, le corps municipal, la ville presque entière, l'appuyaient dans sa résistance!

Il semble, quand on lit aujourd’hui les pièces de ce singulier débat, qu’il s’agisse d’un coup de despotisme qui viole et confisque tous les droits, et on a besoin de se redire à tout moment que c’est bien à propos des

assemblées provinciales qu’éclate ce débordement , c’est-à-dire de l’acte le plus sage, le plus libéral, le plus utile, de la concession la plus décisive qu’ait jamais faite aucun gouvernement absolu. Pour se mettre à l’abri derrière un vœu national, le parlement réclamait les états généraux, mais l’un n’empèchait pas l’autre; les assemblées provinciales élaient au contraire la plus sûre préparation aux états généraux, accordés en principe par te roi, et qui ne pouvaient tarder longtemps. C’est ce que le garde des sceaux, M. de Lamoignon, ne mancjua pas de faire remar(|uer dans sa réponse au parlement : « Perdant de vue l’objet principal de la formation des assemblées provinciales, vous faites regarder les règlements (jui doivent les diriger comme devant émaner de l’assemblée de la nation. La nation sera assemblée, elle le sera par la volonté du roi, elle le sera au plus tard en 1791 d’après sa parole sacrée , cl Sa Majesté recevra de la nation le témoignage de reconnaissance quVlle lui doit pour le grand bienfait dont vous rév(i(|uez en doute l’utililc. Quand nos rois ont établi les |>arlements, ils ont voulu inslituerdcs ofllciers chargés de la dislribulion de la justice, et non pas élever dans leurs États une puissance rivale de l’aulorilé royale. Vous vous plaignez de la forme et de l’effet de votre translation ; vous prétendez que c’est contrevenir au traité passé entre Charles VII et les états

< Ce délai avait paru nécessaire pour laisser aux assembldea provinciales le temps de s'asseoir ; l'impatience générale fit avancer de deux ans la convocation.

Sili LKS ASSKMBLKüS I‘K0V1.\CIALES.

de Gnienne on 1451, et vous taisez qu’en 1462, lors du rélaldisseiTicnt du parlement de Bordeaux par Louis XI, il est dit dans les lettres que la résidence serait à Bordeaux tant qu’il plairait au roi, qunmdiu nostrœ placueril voluntali. Si la justice est interrompue, vous ne pouvez en accuser que vous-mêmes. Vous n’avez rempli à Libourne aucun de vos devoirs, vousinvoquez le serment que vous avez fait d’observer les ordonnances; elles vous enjoignent de rendre sans interruption la justice aux sujets du roi. »

I.A cour riposta avec une nouvelle violence; les avocats s’en mêlèrent et signèrent une adres.«e au roi pour demander le rappel du parlement. Il n’y eut |>as jusqu’aux étudiants de l’ruiversité qui ne se crussent autorisés à envoyer au garde des sceaux leur protestation. Pour vaincre celte opposition, le gouvernement eut recours aux vieilles armes du pouvoir absolu : il exila les deux syndics de l’ordre des avocats. Les protestations redoublèrent.

De nouvelles remontrances du parlement, en date du 4 mars 1788, contenaient de nobles principes exprimés en termes solennels. On y disait qu’en France, tout, jusqu’au nom de la nation, rappelait l’idée de la liberté, que de tous les hommes les rois étaient ceux qui avaient le plus besoin de l’autorité des lois, que les ordres arbitraires et les lettres de cachet étaient imcompalibles avec l’exercice de la justice, vérités éclatantes sans doute, mais qui n’étaient guère à leur place. C’était à Louis XV, en plein despotisme, qu’il

aÉNÈKAUTÉ DE BORDEAUX. ;jîl

l'allait tenir ce langage; sous son successeur, il fallait plutôt ménager l’autorité royale, battue en brèche de tous les côtés et travaillant elle-même à se désarmer. Les autres parlements n’en vinrent pas moins au secours du parlement de Bordeaux, et Louis XVI vil partout ses intentions méconnues par ceux qui auraient dû lui servir d’appui. Alors survinrent les fameux édits de mai 1788, qui avaient pour but de réduire l’aulorilé des cours souveraines'. Le parlement de Bordeaux refusa naturellement de les accepter. Le comte de Fumel, comtmndant de la province après M. de Brienne, se rendit àLibourne pour les faire enregistrer (le force; cette formalité accomplie’, le roi permit au parlement de rentrer .à Bordeaux, oii l’atlendait une réception triomphale.

Ainsi finit cette triste querelle; mais le moment de former l’assemblée provinciale était passé. Il ne parait pas qu’on ait seulement essayé de la convoquer. L’archevêque de Bordeaux, qui aurait dû la présider, était M. Champion de Cicé, qui avait déjà présidé avec tant •de succès l’assemblée de la haute Cuienne. Ce prélat venait de faire partie de l’Assemblée des notables, et il allait bientôt être élu aux états généraux, dont il fui pendant les six premiers mois un des membres les plus ■im|>orlanls; personne n’avait l’esprit plus libre et plus ■éclairé, et nul doute que, sous sa direction, l’assemblée

1 Vuir, sur ces (jdiU, qui précipitèrent lu Révolution en voulant la pré'venir, la note il la fin du volume.

provinciale de la bas^je Gnienne n’eûl rendu les plus grands services.

On pouvait aisément en juger par ce qu’avait déjà fait M. de Cicé depuis qu’il occupait sou siège arcliié|>iscopal. A Bordeaux comme à Hodez, il déployait une rare activité. Parmi les établissemenis qu’il avait fondés se trouvait l’école des sourds-muets, dirigée par le célèbre abbé .Sicard . C’est avec les secours et d’après les conseils, de l'arclievéque, que l’abbé Sicard avait fait le voyage de Paris pour apprendre de l’abbé de l’Épée son ingénieuse méthode. L’école qu’il institua à son retour s’ouvrit au mois de janvier 1786. Appelé plus tard à Paris pour succéder à l'abbé de l’Épée, il n’oublia jamais ce qu'il devait à son preniierappui. En politique, M. de Cicé ne donnait pas moins l’exemple d’une résosution hardie et intelligente. En revenant de l’Assemblée des notables, où il prit une grande part à la constitution de.s assemblées provinciales, il avait réuni tout son clergé, et hi, dans des termes fort nets, il n’avait pas dissimulé que le moment était venu pour les deux premiers ordres de renoncer à leurs privilèges.

Quand on eut ainsi manqué l’occasion d’avoir une représentation locale, ou se pril à le regretter. La noblesse lie la province se réunit au mois de juin 1788, et signa une adresse au roi pom- demander le rétablissement des anciens états, suivant le mot d’ordre donné par l’Auvergne et le Dauphiné. Dans ce mémoire, mélange bizarre de souvenirs féodaux et de théories radicales, ou parlait de lout, de la cour plénière, des

GÉNÉRAMTÉ DE BORDEAUX, parleinenls, des jüslices seifïneuriales, des états généraux, et enfin des états provinciaux. « La Guicnne en particulier, sire, a toujours joui de l’avantage d’accorder librement des aides à ses souverains. En 1353, le prince de Galles assembla les états d’Aquitaine à Bordeaux, pour délibérer sur les secours qu’on pouvait accorder au roi de Castille. En 1.307, il réunit les étatsgénéraux de cette province à Niort, en Poitou. Peu de temps après, il les assembla encore à Angoulème. On lui accorda l’aide qu’il demandait, mais à condition qu’il reconnaîtrait tous les privilèges de la Guienne, ce qu’il fit par lettres patentes. En réunissant, la Guienne à la couronne, Charles VH n'anéantit point ses privilèges; le traité de 1431 les confirma au contraire dans les termes les plus forts. En conséquence, nos rois ont souvent assemblé les états généraux de la province . Le prince Charles, frère de Louis XI, les tint à Bordeaux en 1469. En 1321, ils furent réunis pour la rédaction de la coutume; en 1389, le maréchal de Matignon les assembla encore ri Moissac : de sorte que la Guienne a toujours joui, comme le reste du royaume, et par conséquentdoitjouirencoredu droit i»ia/icnaè/c et imprescriptible de s’imposer elle-même.*)

Ce langage laisse percer les i)rétentions qui avaient poussé les Bordelais à la résistance. L’étendue de la généralité de Bordeaux paraissait trop petite à l’orgueil local; on voulait reconstituer l’ancienne Aquitaine , en y comprenant le Poitou, l’Angoumois, la Saintonge, la Gascogne, la haute Guienne, le Liiiioiisin,et lesdéli-

3i4 1..ES ASSEMBLÉES PllOVlNCIALES.

béralions des assemblées provinciales étant soumises à l'approbation du roi, on ne se trouvait pas assez libre, assez indépendant, assez souverain. On ne se contentait même pas du nom d'états provinciaux, on voulait ressusciter les étals généraux de la Guienne Importées en Auvergne par La Fayette, cos idées n’étaient pour lui qu’une fantaisie d’esprit, inspirée par le souvenir de la fédération américaine, et qu’il abandonna bientôt. A Bordeaux, elles avaient une réalité bien autrement vivante. Telles que Louis XVI les avait constituées, les assemblées provinciales conciliaient admirablement les droits des provinces avec l’unité de la monarchie. Tels qu’on les demandait à Bordeaux en 1788, les états provinciaux conduisaient tout droit à une fédération de dix ou douze grandes provinces, et personne ne reculait devant cette perspective.

Pendant qu’on se nourrissait à Bordeaux de ces idées ambitieuses, une partie de la généralité suivait d’autres tendances; pn se réunit à Périgueux pour demander la séparation du Périgord et le rétabli.ssemcnt de ses anciens étals.

On sait ce que Bordeaux a gagné à un pareil rêve. La Révolution venue, tout son commerce a disparu ; ses quais si animés sont devenus déserts, la population a reculé, la vie s’est éteinte. Le sang de ces hardis parlementaires, de ces éloquents avocats, qui traitaient si

t Hechenhts st*r le droit public et lei ilati géniraii.r dt fTtiieiilie, par l’avo^'at I.unîirrr», ‘Hordeaux,

GÉNÉUAUTK DK JlUKI iK A D V. 3iô

mal le gouvernement réformateur de Louis XVI, a coulé par la hache ou par le suicide. Sous l’Empire, le blocus continental a fini de tout étouffer. Cette ville, qui avait tant contribué par ses députés à l’établissement de la République et à la guerre contre l’Europe, a salué une des premières d’acclamations enthousiastes le retour de la royauté et de la paix. Depuis 1815, elle a reconquis à peu près son ancienne activité, mais sans regagner le temps perdu. La population n’y a pas tout à fait doublé : elle a passé de 90,000 à 150,000]âmes, tandis qu’à Liverpool elle a décuplé (de 60,000 à 600,000). C’est maintenant le tour de la ville française de ne pour voir supporter la comparaison avec le port anglais qu’elle dépassait en 1787, et d'immenses solitudes incultes s’étendent toujours jusqu’aux portes de la splendide cité.

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