‹ Les assemblées provinciales sous Louis 16Chapitre 38 sur 46 · ÉNÉRAL1TÉ DE DIJON · texte numérisé non relu

ÉNÉRAL1TÉ DE DIJON

Condé, présidait en personne. D'un caractère ouvert et facile, ce prince aimait à s’entourer d’hommes de lettres , il avait pris pour secrétaire de ses commandements Ctiamfort, ce bel esprit méchant, qui avait dû à sa qualité d’enfant naturel, dans le monde facile et tolérant d’alors, une faveur bien supérieure <à son mérite, et qui, loin d’en être reconnaiss;mt. préludait par d’amères épigrammes à l’exaltation révolutionnaire qu’il devait montrer un jour. Cet entourage avait suivi le prince à Dijon et contribuait à sa popularité; il se montrait lui-même affable et bienveillant, et le discours qu’il prononça à l’ouverture des états plut généralement par sa bonne grâce. C’est ce même prince de Condé qui, après avoir voté pour les principales réformes aux deux assemblées des notables, se prononça contre la réunion des ordres en t78t>, émigra aussitôt après la prise de la Bastille, et prit à l’étranger le commandement de l’armée des émigrés.

Le savant et spirituel de Brosses était mort depuis dix ans; il avait été remplacé, comme premier président, par son beau-père, M. de .Saint-Seine. L’évêque d’Aubin, président-né des états, était M. de Marbeuf, alors chargé de la feuille des bénéfices; après lui, siégeaient l’abbé de Cîteaux et le prieur de Cluny. Le président de l’ordre de la noblesse était le comte de Chastellux, colonel du régiment de Beaujolais, cousin de ce marquis de Chastellux, maréchal de camp et membre de l’Académie française, qui avait écrit sur la félicité publique un livre fort vanté par Vol-

(aire, el (|ni avait clé, pendant la guerre d'Amérique, major général de l’armée de Hocbambeau. Le vicomte maïeur ou maire de Dijon, siégeait en tête du tiers étal; puis venait le maire ou vierg d’Autun, ainsi nommé en souvenir du vergobret gaulois.

Celte session n’eut rien de bien saillant, si ce n’est qu’il s’y établit une petite lutte pour les vingtièmes; les (leu.x ordres de la noblesse et du tiers se réunirent pour y soumeltre le clergé, et celui-ci résista, en sc référant à l'assemblée générale convoquée pour le mois de mai.

Dans le tours de l’année suivante, une vive agitation se déclara en Bourgogne comme partout. Le tiers se plaignit amèrement de la composition des états, qui ne lui accordait aucune représentation sérieuse. 11 formula principalement ses griefs dans une adresse au roi où se trouvaient les détails suivants : « Le tiers état paye les frais du voyage que les élus généraux font à Paris pour la présentation des cahiers; il paye les sommes ordonnées par la noblesse et le clergé pour être distribuées à titre de secours et d’aumônes; il |>aye, chose honteuse, les sommes affectées pour l'administration de la province, pour les élus des deux premiers ordres, déjà rétribués i>ar une gratification royale. Enfin, il payerait encore les tapis, les bougies et le papier du bureau particulier de la chambre de la noblesse, les gages de son capitaine de la porte et les journées du commissaire vérificateur des litres des genlilsbommes, si, aux étals ilcrniers.la noblesse ne s’en était ebargee.»

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C’élaieiit là sans doute de bien petits abus, mais qui en supposaient de bien plus graves.

Une assemblée de la noblesse de Bourgogne se tint à Dijon, dans les derniers jours de 1788, pour délibérer su r ces réclamations . Elle choisit pour président le corn te de Vienne et pour secrétaires le comte de Mandelotet le marquis deDigoine. Soixante-deux membres étaient présents. 11 y fut décidé que la noblesse consentait à partager à l’avenir tous les impôts, dans la proportion de ses propriétés ; il y fut reconnu en même temps que le tiers état devait être représenté aux étais de la province par des mandataires librement élus, et qu’il était juste d’accorder à cet ordre un droit de vélo contre les délibérations des deux autres, mais la division en trois ordres fut maintenue, et la noblesse se déclara prêle a la défendre jusqu'à son dernier soupir ' .

Un passage du procès-verbal montre que la noblesse ne supportait plus qu’avec impatience l’autorité de l’intendant. Le tiers état ayant demandé que les frais de rinlendance fussent supportes en commun , elle répondait ; « Le vœu de la noblesse est et sera toujours de partager avec le tiers état toutes les impositions qui présenteront des objets d’intérêt général, et certainement, si on reconnaissait celle d’un commissaire déparli dans la province, la noblesse contribuerait à cette

* Extrait du procès-verbal delà noblesse de Hourgogne, assembléê à Dijon du 20 décembre 1788 au 7 janvier 1789, imprimé de 122 pa(^es. Je dois communication de cette pièce à M. Garnier, archiviste à l)ijon«

dépense dans la même pro|>ortion que pour les autres; mais les élals et la commission intermédiaire, pouvant se charger de l'administration intérieure dont l’intendant a été chargé jiis(|u’ici, il paraît juste de supprimer la dépense de cel article qui n’a plus d'objet. »

Dans l’avertissemenl placé en tète du procès-verbal, la noblesse reconnaissait que les étals de la province n’étaient depuis longtemps qu'un vain mommenl d'ostentation. De leur côté, le parlement et la chambre des comptes s’associèrent à l’abandon de tout privilège pécuniaire, (ies concessions furent repoussées par l’ordre des avocats de Dijon, qui s’était constitué le représentant du tiers état, et l’élan révolutionnaire fut terrible en Bourgogne, surtout dans les campagnes, où il prit tout d’abord le caractère d’une jacquerie.

La noblesse et le tiers état ne firent, dans les élections de 1780, aucun choix remarquable. Le clergé en fit un destiné à une immense influence, celui du nouvel évêque d’Autuu, .M. de Talleyrand, qui songeait à tout autre chose qu’à réclamer son siège de président-né aux élals de Bourgogne. .\vec lui, fut élu l’évcque d’Auxerre, M. deCicé, frère de l’archevêque de Bordeaux, et un des plus anciens amis de Turgot.

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