CHAPITRE X
OÉNXRALITK d’oRLKANS
(Orléanais).
La généralité d'Orléans comprenait à peu près les trois départements actuels du Loiret, d’Eure-et-Loir et de Loir-et-Cher, avec des fractions de Seine-et-Oise et de la Nièvre. Elle^ se divisait en douze élections, qui forment aujourd’hui onze arrondissemcnls ; Orléans, Montargis, Pilhiviers, Gien, Bcaugency, Chartres, Châteaudun, Vendôme, Blois, Roniorantin, Dourdan et Clamecy'. Le nombre des membres de l’assemblée provinciale fut fixé à cinquante-deux , et sou siège placé à Orléans, chef-lieu de la généralité; cette ville avait -iOjOOO habitants.
L'Orléanais était encore une de ccs provinces formées de pièces et de morceaux, qui ne présentaient aucune unité réelle. Les duchés d'Orléans, les comtés de Blois,
I Dourdan n'eat plua qu’un cher-lieu de canton.
!.. Il
de Vendôme, de Chartres, ont une histoire ; l’Orléanais n’en a pas. La forme même de la généralité témoignait de son origine artificielle; des plaines fertiles Je la Beaiice aux montagnes forestières du Morvan, il n'y a pas moins de cinquante lieues, et les mœurs difl'éraient tout autant que les conditions de sol et de climat. Chacun des pays dont la réunion formait l'Orléanais avait eu autrefois ses états ; ceux d’Orléans surtout ont laissé do nombreuses traces.
Voici ce qu’on lit dans VIJitloire d’Orléans, par Sym- |ihorien Guyon, imprimée en 1647 : «L’an du salut 1509 fut réformée la coutume d’Orléans iiour servir de loi à tous ceux qui dépendaient du bailliage et de la prévôté d’Orléans; et, pour procéder aveç niûre délibération à une réformalion si importante, fut faite l’assemblée des trois élats du bailliage d’Orléans, clergé, noblesse et tiers état. Tous les ecclésiastiques qui avaient droit et intérêt d’entrer dans cette assemblée y furent appelés, et leur ehef, Christophe de Brilhac, évêque d’Orléans, y assista. La noblesse envoya aussi ses députés, le chef desquels était Lancelot du I.,ac, seigneur de Chamerollcs, conseiller, chambellan du roi, qui était gouverneur et bailli d’Orléans, ayant succédé à Guillaume de Montmorency en ces deux offices. Les docteurs-régents de l’université d’Orléans ' furent aussi appelés. Finalement le tiers état, composé des officiers
' Cette ville avait alors une université qui attirait, dit-on, jusqu'à 5,000 écoliers. L'illustre Pothier a été un des derniers professeurs do cette université, qui n'existait plus en 1780
de justice, des éclioins et bourgeois de la ville, de tous les autres sujets des juslices subalternes du bailliage d’Orléans, ne manqua pas d’assister à celle assemblée si nécessaire, qui apporta une nouvelle forme à la coutume d’Orléans, laquelle dura en cet état soixantequinze ans. B
Une nouvelle réforme des coutumes se fil en 1383, mais celte fois les gens des trois étals no furent pas les seuls à y procéder; Achille de Harlay, prcniier président au parlement de Paris, et deux conseillers au même parlement furent envoyés par Henri III en qualité de commissaires royaux, et ne consultèrent les états que pour la forme.
Le duc de Montmorency-Luxembourg, nommé par le roi président de l’assemblée provinciale de l’Orléanais, possédait de grands biens dans le Câlinais et la Puisaye. II avait fait partie de l’assemblée des notables copune second pair de France et premier baron chrétien. Nommé en 1789 président de la chambre de la noblesse aux étals généraux, il fut de ceux qui combattirent la réunion au tiers état; un ordre cx[irès de Louis XVI put seul le contraindre à céder; il se le fil répéter plusieurs fois avant de l’exécuter, et donna presque aussitôt sa démission pour se retirer en Portugal. 11 n’avait pas eu la même répugnance pour l’assemblée provinciale, qu’il présida très-exactement.
La liste des membres du clergé s’ouvrait pur le nom de l’évêque de Chartres, M. de Lubcrsac, <|ui devait aussi faire partie de l’Àssemblée nationale, où il fut un
iM LES ASSEMBLEES PROVIKCIÀLES.
des plus zélés pour la réunion de son ordre au tiers état et plus tard un des auteurs de la nuit du i août ; l’évêque d’Orléans, M. de Jarente, à qui son grand âge n’avait pas permis d’assister aux séances, était représenté par son neveu et coadjuteur, l'évéque d’Olba. Passons quelques noms qui n’ont pas pour nous la même importance que pour les contemporains, entre autres celui de l’abbé de Baussel, grand-vicaire d’Orléans et plus tard évêque de Vannes, qu’il ne faut pas confondre avec le futur cardinal de ce nom, qui siégeait comme évêque d’Alais, aux états du Languedoc, et celui d’Anquetil l’bislorien qui était alors prieur-curé de Château- Renard, près Montargis, et arrivons à ceux que les événements ultérieurs ont le plus distingués : l’abbé Louis, conseiller -clerc au parlement de Paris, chargé par Louis XVI de plusieurs missions diplomatiques, administrateur du trésor sous l’empire, ministre des finances sous deux gouvernements, en 1813 et en 1830, et l’abbé Sieyès ou de Sieyès, car les procès-verbaux • lui donnent indifféremment les deux noms, chanoine et vicaire général à Chartres, et qu’il suffit de nommer.
Dans la noblesse, le nom qui suit immédiatement le duc de Luxembourg est celui du comte de Rochumbeau, lieutenant général, gouverneur de Picardie et cordon bleu , qui avait commandé le corps auxiliaire envoyé par Louis XVI au secours des insur-
* Un vol. in-4*, imprimé à Orléans, chez Couret de Villeneuve, éditeur du /oumal d'Orléans.
GENERALITE D’ORLEANS.
gés d’Amérique, et qui allait bientôt recevoir le bâton de maréchal de France. Après lui venaient trois futurs membres de l’Assemblée nationale, le vicomte de Toulongeon, qui appartenait par sa famille à la Franche- Comté, mais qui possédait une terre en Orléanais, et qui, alors colonel comme M. de Tracy, devait mourir, comme lui, membre de r.\cadémie des sciences morales et politiques'; le baron de Montboisier, non moins populaire pour la hardiesse etlalibcrté de scsopinions; le marquis d’Avaray, grand bailli d’Orléans, grand maître de la garde-robe de Monsieur cl père de ce comte d’Avaray qui facilita l’émigration du prince et devint son ministre dans l’exil. On s’étonne, au premier abord, de ne pas Irouver sur celle liste le nom de Malesbcrbes, qui possédait en Orléanais la terre dont il portait le nom et qui aimait à y séjourner; mais on s’explique son absence en songeant qu’il était alors ministre : sans aucun doute, il aurait fait partie plus lard de ces assemblées, dont il avait des premiers conseillé la création.
Dans le tiers état, un nom éclipse tous les autres, celui de Lavoisier. Le génie de cet homme e.vlraordinaire comme chimiste a fait oublier ses autres qualités; mais celle vie si bien remplie se partageait en deux moitiés égales, ses recherches de savant et ses travaux d’économiste, d’administrateur et de financier. Fermier général, il avait étudié à fond le mécanisme des impôts et du crédit public; propriétaire d’une grande
I II n’émigra pas et passa tout le temps de la Révululiun dans sa terre près de Clameoy.
terre aux environs de Blois, dont il dirigeait lui-nième la culture, il ne connaissait pas moins l'économie rurale dans toutes ses difiicullés pratiques. A ces talents universels, il joignait l’ânie la plus noble, la plus bienfaisanle, la i>lus ardemment dévouée aux intérêts de l’iiumaiiilé, et ce sera riionueur éternel du xviii' siècle, au milieu de bien des erreurs, d’avoir produit de pareils caractères, qu’oii ne reverra peut-être plus.
La ville d’Orléans renfermait une Société royale de physique et d’bisloire nalurelle, une Société royale d’agriculture et une Société pbilanibropique fondée par le duc d’Orléans. Ces diverses associations reçurent avec Joie l’assemblée provinciale et l’aidèrent dans ses travaux. Une foule de mémoires, qui traitaient presque tous des questions agricoles, lui furent adressés.
Le rapport de la commission intermédiaire fut présenté par l’un des procureurs-syndics, l’abbé Le Geard, abbé de la Cour-Dieu, dans le diocèse d'Orléans. Comme la plupart des documents du même genre, ce rapport témoignait de l’invincible défiance du peuple des campagnes. Encore de nouvelles tnangeries! s’était écrié un laboureur en apprenant l’institution de l’assemblée provinciale. C’est contre cet obstacle, habilement exploité par des meneurs, que sont venus se briser tantde nobles efforts : incrédulité naturelle sans doute, mais aveugle et sourde, châtiment d’un long despotisme, mais source redoutable de révolutions injustes.
Aucune province plus que l’Orléanais n’avait à se plaindre, car aucune ne souffrait plus ])rofondément.
GK.NKUAI.ITK D OKI.ÉANS. 167
Plus pauvre et plus dépeuplée que le iteri'i,clle était encore plus que lu Champagne écrasée par les impôis ; on y payait 28 livres 4 sols par tète, c’est-à-dire plus que partout ailleurs, à l’exception des deux ou trois provinces les plus riches, et la somme laniiuelle de 20 millions qu’extorquait le fisc sorluit presque tout entière de la province. LaBeauce, <|ui vendait des grains pour Paris, pouvait ramener assez de numéraire pour payer l’impôt; on a peine à comprendre comment le reste pouvait y suffire. Cette surcharge datait du règne de Louis XIV, et elle n’avait pas tardé à porter ses fruits. «La production et la population ont diminué d’un cinquième depuis trente ans dans cette généralité, » écrivait, en 1099, M. de Bouville, intendant d’Orléans.
La Sologne, qui formait 1e quart environ de la province, présente un des plus grands exemples connus de la puissance mortelle d’un mauvais gouvernement. Dans un mémoire de M. il’Autioche, membre de la Société royale d’agriculture d’Orléans, qui écrivait en 1786, on trouve le passage suivant : « Sous rcxcclleiit roi LouisXII, dont on ne saurait prononcer le nom sans attendrissement, tout offrait en Sologne l'image de la richesse et de la prospérité. Une population nombreuse animait et fécondait chaque branche de culture, les coteaux étaient couverts de vignes; plusieurs petites habitations appelées locatures, occupées par autant de ménages laborieux, entouraient chaque terre de quelque importance, et formaient comme autant de satellites. Des bestiaux abondants et bien nourris, en aug-
mentant la masse des engrais, procuraient des récoltes heureuses, et ccs récoltes, à leur tour, favorisaient la multiplication des animaux et des hommes. Et que l’on ne croie pas qu’on se fasse à plaisir un tableau chimérique ! Des états anciens du produit des dîmes et champurls ecclésiastiques prouvent que la seule production des grains était alors triple de ce qu’elle est à présent. Toutes les petites rivières qui traversent le pays étaient semées d’une foule de moulins Irès-rapprochés les uns des autres. Depuis cent ans, les deux tiers ont disparu, et le peu qui en reste excède encore les besoins. Les petites locations ont subi le même sort, et s’il en subsiste encore un petit nombre, il touche à son anéantissement. Quant aux vignes, on ne retrouve plus que la trace de leur existence ; les bruyères ont pris la place des raisins. »
M. d’Autroche décrivait ensuite les causes qui avaient amené, selon lui, le dépérissement de la Sologne, a L’impôt de la gabelle doit être, dit-il, regardé comme la principale. Dans les pays fertiles et de grande culture, son influence a dû être bien moindre. D’après les relevés les plus exacts, la consommation du sel dans une ferme de Beauce estimée 3,000 livres coûte à peine 300 livres; l’impôt n’est dans ce cas que d’un dixième par rapport au revenu. Dans une ferme de 300 livres en Sologne, il s’en consomme pour 150 livres; la proportion devient alors comme un à deux et s’accroît d’autant plus que la ferme est plus modique. »
Un autre écrivain de la même époque, H. de Frober-
ville , secrétaire perpétuel de l’académie d’Orléans , confirmait ces assertions et en ajoutait d’autres. « Le système féodal, dil-il, avait fixé en Sologne chaque propriétaire sur ses terres. Dès que les expéditions militaires ne les occupèrent plus, ils donnèrent leurs soins à l’agriculture. Vers le milieu du xvi* siècl'', les grands seigneurs commencèrent à s’y plaire moins ; ils se rapprochèrent de la cour, où la politique chercha à les fixer par des charges, par des bienfaits et par la galanterie. Les désordres des guerres civiles portèrent de nouvelles atteintes à ,1a population de la Sologne. Les petits propriétaires, qui étaient nombreux, disparurent. La plupart des liires de nos biens-fonds, composés de pièces morcelées, altestent cette vérité. »
On ne trouve nulle part, dans les procès-verbaux de l’assemblée provinciale, la preuve que Sieyès ait donné un concours bien actif à ses travaux. 11 appartenait au bureau du bien public, et tous les rapports émanés de ce bureau sont de Lavoisier. Le futur auteur de la constitution de l’an VllI n’aimait pas beaucoup le détail et la pratique des affaires ; plus habile à inventer des systèmes de gouvernement qu’à les exécuter, son esprit n’était à l’aise que dans le vide. 11 avait fait partie, avec l'abbé de Périgord, d'un nouveau groupe de libres penseurs, qui avait succédé, en Sorbonne, à Turgot et à ses amis, et il affectait déjà des airs de domination et un ton d’oracle. 11 avait d’ailleurs, comme tous les hommes qui surnagent dans les révolutions, un sentiment trèssûr de son intérêt personnel; les labeurs obscurs d’une
assemblée provinciale ne pouvaient donner que de la peine sans profit, et il évilait l’une autant qu’il recher- • chait l’autre. L’abbé Louis fut moins inactif j membre du bureau des comptes, il y travailla sérieusement, montrant cet esprit calculateur et positif qui devait faire dire de lui par M. de Talleyrand qu'il serait financier jusqu'au dernier soupir.
Mais celui qui fait tout, qui anime tout, qui se multiplie en quelque sorte, c’est Lavoisier. Son nom reparaît à chaque instant. Le plus important de ses travaux est un rapport sur l’agriculture, lu dans la séance du 1" décembre 1787. Il serait impossible, même aujourd’hui, de mieux approfondir ce grand sujet. L'auteur connaît parfaitement l’état de l’agriculture anglaise au moment où il écrit, et il en parle en termes excellents. Il insiste principalement sur l’état de la Sologne, et ce qu’il en dit est si juste qu’on y trouve à la fois le germe des progrès obtenus jusqu’à ce jour et l’indication de ceux qui restent à accomplir '.
Parmi les décisions particulières à l’assemblée de l’Orléanais, on doit citer l’idée première d’une caisse d’épargne du peuple, qui devait être en même temps une caisse de retraite. Un publiciste du temps, Mathon de La Cour, dans un ouvrage ingénieux ayant pour litre
1 Depuis la publication de ce chapitre sur l'assemblée provinciale de l’Orléanais dans la lievue des Deux Mondes, M. Loiseleur bibliothécaire de la ville d'Orléans, a découvert dans cette ville les manuscrits originaux do Lavoisier. Des recherches du même genre amèneront sans doute dans d’autres provinces des découvertes analogues.
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Teslamenl de Fortuné Ricard, maître d'arithmétique, avait présenté plusieurs exemples frappanls de la puissance des intérêts composés. Un autre écrivain, H. de La Roque, y joignant des études sur les tables de mortalité, avait eu la pensée de caisses de retraite pour le peuple au moyen de faibles placements dans la jeunesse et l’âge mûr. Le bureau du bien public proposa de créer une pareille caisse à Orléans sous les auspices de l’assemblée provinciale et de la Société philanthropique. L’assemblée nomma des commissaires pour préparer les moyens d’exécution, et, parmi eux, l’infatigable Lavoisier.
Une autre commission, dont Lavoisier devait encore faire partie, fut chargée de rédiger un mémoire pour demander au roi que tous les secours recueillis pour le soulagement de l’indigence fussent réunis dans les mains de l’assemblée. On s’occupa avec sollicitude du sort des enfants trouvés. Un édit récent venait de rendte les droits civils aux protestants; on voulut y joindre des droits politiques. Le baron de Monlboissier lut un mémoire sur l’admission des protestants dans les assemblées provinciales. Cet ouvrage, dit le procèsverbal, rempli d’excellentes vues, a excité les plus vifs applaudissements.Le commerce et l'industrie ne furent pas oubliés ; on demanda l’abolition de tous les règlements qui gênaient encore la liberté du travail, et entre autres des droits de péage perçus à l’intérieur du royaume. « Nous n’insistons pas sur ce sujet, dit le rapport, parce que nous savons que le ministère s’en oc-
|)Iu8 de ^00 par an. Les mêmes archives contiennent de nombreuses liasses sur les travaux des commissions intermédiaires de département. Ces divers documents montrent quelle vie animait cette organisation qui a duré si peu. Un des arguments favoris des partisans de la centralisation administrative, c’est que les petites villes de province fourniraient difficilement des administrateurs ca()ables et zélés ; l'exemple de l’Orléanais, une des provinces les plus arriérées en 1787, prouve le contraire.
Les membres de l’assemblée d’Orléans, comme tous les autres, eurent dans les événements qui suivirent un sort très-différent. En 1788, Sieyès publia son fameux pamphlet : Qu’est-ce que le tiers état? Tout était faux dans les trois propositions qui résument cet écrit incendiaire ; il était faux que le tiers état ne fût rien en 1788, et Sieyès lui-mème le savait parfaitement, puisqu’il avait fait partie d’une assemblée où cet ordre dominait; il était faux que le tiers état dût être tout dans la société régénérée, car l’expérience a prouvé qu’une nation ne pouvait pas se séparer violemment de son histoire, et Sieyès lui-mème l’a reconnu quand il a accepté le litre de comte sous un empereur héréditaire qui relevait pêle-mêle tous les débris du passé ; il était faux que le tiers état demandât seulement à être quelque chose, car il n’a pas tardé à se constituer en maître exclusif, et Sieyès lui-même l’y a poussé de tout son pouvoir. Mieux eût valu travailler à la réconciliation des ordres qu’à leur division ; mais le prévoyant cha-
Doine avait senti où était la force, il s’apprêtait à la servir et à s’en servir
Lavoisier eut moins de bonheur et d’habileté. Quand l’assemblée provinciale eut terminé sa session, il ne cessa de s’occuper activement des intérêts de la province. Les intempéries de 1788 ayant amené la disolle qui servit de prélude à la Révolution, il prêta à la ville de Blois une somme de 50,000 francs pour acheter des blés et en dirigea si bien l’emploi que cette ville eut peu àsouifrir. En 1791, quand l’Assemblée constituante voulut se rendre compte de la richesse territoriale de la France pour asseoir un juste système d’impôt, c’est lui qu’elle chargea de ce grand travail, et il s’en acquitta admirablement. Arrêté en 1793 et condamné à mort, il demanda en vain quelques jours de sursis pour terminer des expériences utiles à l’humanité ; il fut exécuté
1 Bertrand de Molleville, dans les notes de son Histoire delà B^oolulion, raconte arec détail une anecdote fort peu honorable pour Sieyès , qui se serait passée pendant la session de l'assemblée provinciale d’Orléans. Sieyès y avait d'abord montré un esprit d’opposition très-marqué ; l'abbé de Cczarges alla le trouver de la part du premier ministre, et lui offrit une abbaye de 13,000 livres de rente ; il changea alors de ton et approuva tout. M. de Brienne, avec sa légèreté ordinaire, oublia sa promesse, et .Sieyès, furieux d'avoir été pris pour dupe, écrivit, pour se venger, ses premières brochures uù il attaquait personnellement l'archevêque de Sens. Cette histoire devait être généralement connue au commencement de la Révolution , car dans une adresse aux provinces publiée en 1789 et attribuée à l'abbé do Montesquiou, on trouve cette allusion fort claire : « Qu'esl-ce qu’un abbé Sieyès que vous avez vu se déshonorer à l’assemblée provinciale d’Orléans, et qui, après avoir tenté en vain tous les moyens de faire fortune, est venu confondre toutes les conditions pour voler et piller dans le désordre t »
le 8 mai 179i, à l’âge de cinquante et un ans, pendant que son ancien collègue siégeait à la Convention.
L’Orléanais a fait de nos jours presque les mêmes progrès que la Champagne. On y paye aujourd’hui deux fois plus d'impôls qu’en 4787; mais un réseau de roules de terre, de voies navigables, de chemins de fer, |)ortc sur tous les points cette circulation du numéraire qui facilite rac(|uiltemcnt des charge.*. La rive droite de la Loire peut rivaliser de richesse avec les meilleures parties du territoire; la rive gauche, porte encore le triste stigmate que deux siècles lui ont imprimé; mais elle s’en dégage peu à peu. Si les principes économiques de 4787 et 4789, car ce sont bien les mêmes, avaient pu être appliqués sans interruption, la Sologne aurait maintenant effacé les dernières traces de son ancienne misère, tandis qu’elle a reculé au lieu d’avancer pendant la période révolutionnaire. Le département de Loir-et-Cher, qui figurait pour 259,000 habitants dans le dénombrement de 4790, n’en comptait plus que 227,000 dans celui de 4824.