II. — LES BESOINS
62. — Dans le seul domaine de l'entretien et de la construction des édifices cultuels ils sont immenses. Et je ne parle pas des 2.000 églises détruites ou endommagées par la guerre dont on a pu relever que la moitié à peine malgré des concours financiers extraordinaires et l’œuvre magnifique de la Coopérative des églises dévastées.
Mais sur tous les points du territoire des églises croulent,. Rien que dans le département de l’Aube on signale que dans ces dernières années à Montgueux, à Laines-aux-bois, à Saint-Thibault les églises ont disparu, celle de Mesnil-Seillère est démolie celles de Charmont, Assencières, Sacey sont dans un triste état. Celle de Notre-Dame des Noés quoique classée a grand besoin d’être réparée.
A la détresse des petites églises de campagne s’ajoutent la tristesse des faubourgs surpeuplés sans églises, sans chapelles, la
4. Ainsi c’est M. Herriot lui-même qui s’est chargé du rapport sur le crédit de 500.009 francs pour la construction de la mosquée de Paris; “en remettant cette somme à la société des Habbous des Lieux Saints de l’Islam le gouvernement à montré qu’il ne regardait pas comme intangible la loi qui interdit les subventions Ges autorités publiques aux cultuelles. Car cette société est une cultuelle : elle se propose la construction, l’entretien, la réparation d’une mosquée ou d’hôtelleries musulmanes, le recrutement confessionnel des membres de l’association et la propagande islamique.
Le projet adopté sans débat à la Chambre le 9 juillet 4920 (J, O., Débats parl. Chambre, p. 2933) a été voté au Sénat,sur rapport de M. Ra- phaël Georges-Lévy, le 31 juillet ct promulgué le 19 août 1920. (J. O., 91 août 4920).
misère des lotissements insalubres où les grandes cités industrielles ont dégorgé le trop plein de leur population. ;
De 1905 à 1920, 32 paroisses ont été érigées dans le diocèse. de Paris, 19 dans celui de Lyon. En 20 ans Mgr Gibier évêque de Versaille a construit 35 églises. Il lui en faut encore 15 ou 20. A Paris les paroisses surpeuplées ne suffisent plus. Les cadres …
anciens sont devenus trop étroits et doivent être remaniés.
Sainte Marguerite dans le 41€ arrondissement a pour une popu- … lation de 96.000 habitants une église et deux annexes. Saint-.
Ambroise n'offre également qu’une église et deux annexes aux 95.000 âmes qui habitent son territoire. Un peu moins gonflées certaines paroisses peuvent produire des chiffres imposants. Dans le 43° Sainte-Anne de la Maison-Blanche a 52.000 habitants, Notre-Dame de la Gare 60.000 ; dans le 14e Saint-Pierre de Montrouge 61.000, dans le 15€ Saint-Lambert de Vaugirard 80.000, Saint-Jean de Grenoble 75.000, dans le 17€ Saint-Ferdinand des Ternes en a 50.000, Saint-Michel des Batignolles 52.500, Saint-Joseph des Epinettes 50.000, dans le 18° Notre- Dame de Clignancourt a 95.000 ressortissants, dans le 192 Saint- Jacques-Saint-Christophe en compte 70.000, dans le 20€ Saint-
Germain-de-Charonne 63.300 et Notre-Dame de la Croix de :
Ménilmontant 65.000.
Ces chiffres suffisent. Il est bien évident que les églises sont dans Paris trop petites, trap éloignées les unes des autres, en banlieue beaucoup trop rares, certaines situées à plusieurs kilomètres des centres qui viennent de se créer et rendues inacessibles en hiver par le mauvais état des chemins (1).
63. — Qu'on ne dise pas que les catholiques sont responsables de cet état de choses et qu’ils sont mal venus à se plaindre de linsuffisance de leurs temples quand ils ont refusé longtemps de profiter des avantages de la loi de 1905. Les protestants qui ont formé dans le délai légal les associations cultuelles, qui ont.
pu les doter des biens des anciens consistoires et les faire
fonctionner depuis 20 ans font entendre les mêmes plaintes. La capacité réduite des cultuelles est la cause du mal. Dès 1905, un éminent juriste protestant M. Armand Lods,
4. Voir le livre du P. Lhande, Le Christ dans la banlieue. Plon, 1927.
entre autres critiques du projet de loi, reproche aux auteurs l'interdiction pour l’association de recevoir des dons et legs ce qui rend impossible la constitution de réserves (1).
Le 30 juin 1905 le consistoire luthérien de Paris prend une délibération dans le même sens et le 19 juillet la commission exécutoire du Synode général de la confession d’Augsbourg réunie d'urgence a voté à l'unanimité un ordre de jour réclamant notamment le maintien du traitement intégral des pasteurs en exercice, la capacité pour les associations cultuelles de recevoir à titre gratuit et l'augmentation du fonds de réserve.
A l'expérience ces réclamations apparaissent comme justifiées et elles sont renouvelées en 1912 d’abord, en 1920 ensuite ; le 8 juin de cette année le Synode luthérien demande au gouvernement de prendre l'initiative d’un projet de loi ayant pour objet de donner aux cultuelles la capacité de recevoir des dons et legs avec l’autorisation du Conseil d'Etat et de permettre l’augmentation du fonds de réserve pour que le revenu total des valeurs mobilières atteigne la moyenne annuelle des sommes dépensées pendant les cinq derniers exercices pour les frais et entretien du culte (2).
La dernière protestation contre la loi de 1905 a été formulée
en 1923 à l’assemblée nationale du protestantisme français à
Lyon. À toute occasion M. Lods rappelle avec compétence, modération et persévérance les difficultés financières, réclame la modification de la loi (3), cite le précédent que constitue la loi du 12 mars 1920 sur les syndicats (4).
L'infuffisance des associations cultuelles et les avantages dont jouissent les syndicats déterminent les protestants à en constituer. Dès la promulgation de la loi qui en développe la
capacité un groupe déjà constitué sous la forme d’une associa-
tion de personnes autour du journal Za Confiance propose une association des Pasteurs de France placée sous le régime syndical. Toutes les Eglises y adhèrent, sauf la Commission perma-
1. -A. Lods, La-loi de séparation de l'Eglise et de l’État devant la Chambre des députés. Paris, Fischhacher, 1905: