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LES FACTEURS DE PIANOS

La fabricalioa des piaaos, genre dans lequel la France est siob rivale, occupe, à Pari$ seulement deux à trois mille personnes, seloa les temps. Bien que plusieurs chefs de grandes maisons, artistes avant d'être spéculateurs, soient d'une libéralité à laquelle chacun rend jusUce, des désirs d'affranchissement se sont produits dans leurs ateliers, par des motifs qu'il n'est pas inutile de connaître.

La fabrication des pianos se décompose en sept ou huit opériH tionSy qui sont, pour ainsi dire, des métiers distincts. Or, dans les grands établissements, les patrons ne se mettent en rapport qu'avec les chefs de spécialité, qui sont, en effet, largement rétribués. Geux^^i s'entendent avec un petit nombre de contre-mattres qui prennent à forfait certaines tâches; et ces derniers, enfin, s'adjoignent des auxiliaires dont ils marchandent le temps et les bras : en définitive, si généreux que soit le patron, le fort de la besogne est fait par des ouvriers dont le salaire tombe parfois à S fr. 50 c. ou 3 fr. par jour. U n'est pas étonnant qu'il y ait eu de nombreux froissements dans les ateliers soumis à ce régime. Chacun se souvient d'avoir vu, dans les premières émotions de Février, de longues files d'ouvriers qui s'acheminaient vers rHôtel-de^Ville, précédées de bannières sur lesquelles on lisait : Plu$ de marchandage I On comprendra le sentiment qui les guidait par l'exemple que nous venons de citer.

Dès que l'Assemblée omstituante eut ouvert un crédit en faveur des associations , plusieurs centaines d'ouvriers facteurs de pianos se concertèrent pour demander une subvention. Puisqu'on n'avait à leur offrir qu'un refus, il eût été convenable de ne pas le faire trop attendre. La réponse, qui fut iwgative, n'arriva que le 10 janvier

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4849, six mois après la demande. Pendant cette longue attente, chacun avait eu le temps d'épuiser ses ressources. La grande association se trouva dissoute de fait.

Commencer sans argent et sans crédit un établissement qui ne peut prospérer qu'avec un capital considérable, c'était choquer le sens commun. Mais la foi qui ne raisonne pas a une sorte de clairvoyance souvent supérieure à la raison. Quatorze hommes se dévouèrent pour donner un exemple. Quelques-uns d'entre eux, qui avaient travaillé à leur propre compte, apportèrent, tant en outils qu'en matériaux, une valeur d'environ 2,000 francs. Il fallait, en outre, un fonds de roulement. Chacun des sociétaires opéra, non sans peine, un versement de 10 francs. Un certain nombre d'ouvriers, non intéressés dans la société, firent acte, d'adhésion, en apportant de faibles offrandes. Bref, le 10 mars 1849, une somme de 229 fr. 50 c. ayant été réalisée, l'association fut déclarée constituée.

Ce fonds social n'était pas même suffisant pour l'installation et pour les menues dépenses qu'entraîne au jour le jour le service d'un atelier. Rien ne restant pour les salaires, il se passa près de deux mois sans que les travailleurs touchassent un centime. Comment vécurent-ils pendant cette crise? Comme vivent les ouvriers pendant le chômage, en partageant la ration du camarade qui travaille, en vendant ou en engageant pièce à pièce le peu d'effets qu'on possède.

On avait exécuté quelques travaux. On en toucha le prix le 4 mai 1849. Ce jour fut pour l'association ce qu'est une victoire à l'entrée d'une campagne : aussi voulut-on le célébrer. Toutes les dettes exigibles étsuit payées, le dividende de chaque sociétaire s'élevait à 6 fr. 61 cent. On convint d'attribuer à chacun 5 fr. à valoir sur son salaire, et de consacrer le surplus à un repas fraternel. Les quatorze sociétaires, dont la plupart n'avaient pas bu de vin depuis un an, se réunirent avec leurs femmes et leurs enfants. On dépensa 32 sous par ménage. On parle encore de cette journée, dans les ateliers, avec une émotion qu'il est difficile de ne pas partager.

Pendant un mois encore, il fallut se contenter d'une paye de 5 fr. par semaine. Dans le courant de juin, un boulanger, mélomane ou spéculateur, offrit d'acheter un piano payable en pain. On fit marché pour 480 francs. Ce fut une bonne fortune pour l'association. On eut du moins l'indispensable. On ne voulut pas évaluer le pain dans le compte des salaires. Chacun mangea selon son appétit, ou, pour mieux dire, selon jl'appétit de sa famille 5 car les sociétaires

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